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Arménie: après le triomphe populaire, un nouveau gouvernement à trouver

L'Arménie va devoir se chercher un nouveau gouvernement et désigner son chef, après la démission de l'ancien président Serge Sarkissian, nommé Premier ministre il y a moins d'une semaine et chassé par la contestation populaire.

Sa démission doit maintenant être suivie par celle de tout le gouvernement, les différents partis siégeant au Parlement ayant sept jours pour proposer leurs candidats au poste de Premier ministre.

La bataille politique n'est sans doute pas terminée, le Parlement étant dominé par une coalition menée par le "Parti républicain" de Serge Sarkissian, qui dispose de 65 sièges sur 105.

"Fier citoyen d'Arménie, tu as gagné! Et personne ne peut te priver de cette victoire. Je te félicite, peuple victorieux!", a déclaré lundi le député et chef de l'opposition Nikol Pachinian, qui a mobilisé pendant onze jours consécutifs des milliers de personnes pour réclamer le départ de Serge Sarkissian.

Sur la place de la République, au coeur d'Erevan, où est situé le siège du gouvernement arménien, des milliers de personnes étaient réunies après l'annonce de la démission du Premier ministre, brandissant des drapeaux arméniens, s'embrassant et dansant.

"C'est une nouvelle vie qui commence aujourd'hui!", a assuré à l'AFP Goar Badalian, étudiante de 21 ans.

Dans plusieurs quartiers d'Erevan, les propriétaires de petits commerces installaient des tables dans la rue et ouvraient des bouteilles de vin, invitant les passants à trinquer à l'avenir du pays, selon une journaliste de l'AFP.

- "Je me suis trompé" -

L'annonce surprise de la démission de Serge Sarkissian est intervenue lundi quelques heures après la libération de Nikol Pachinian, interpellé la veille lors d'une manifestation. Il avait aussitôt rejoint les protestataires dans les rues d'Erevan, lançant: "Tout le monde a déjà compris que nous avons gagné!"

"Je quitte le poste de dirigeant du pays", a laconiquement déclaré Serge Sarkissian dans un communiqué annonçant son départ. "Nikol Pachinian avait raison. Et moi, je me suis trompé", a ajouté M. Sarkissian, élu Premier ministre par les députés après avoir été dix ans président.

"Le mouvement de la rue ne voulait pas que je sois Premier ministre. Je satisfais votre demande et je souhaite paix et harmonie à notre pays", a-t-il précisé, une nouvelle accueillie sur la place de la République par des cris de joie et des applaudissements.

L'ex-président a ajouté qu'il n'avait pas souhaité recourir à la force pour disperser les manifestations, assurant: "ce n'est pas dans ma nature".

Depuis le 13 avril, les manifestations se succédaient pour exiger la démission de Serge Sarkissian, accusé par les contestataires de s'accrocher à tout prix au pouvoir et de n'avoir rien fait pour améliorer la vie de ses compatriotes.

Après dix ans à la tête de l'Etat, il avait fait voter une réforme constitutionnelle donnant des pouvoirs renforcés au Premier ministre et laissant au président un rôle essentiellement honorifique.

- "Mentalité soviétique" -

"Serge Sarkissian est un dirigeant qui a une mentalité soviétique. Et le monde d'aujourd'hui exige qu'on manifeste une approche nouvelle face aux problèmes", a déclaré à l'AFP un étudiant manifestant de 23 ans, Karen Khatchatrian.

Avant la démission du Premier ministre, le président du Parlement Ara Babloïan, le premier vice-Premier ministre Karen Karapetian et le ministre de la Défense Viguen Sarkissian ont appelé au "dialogue" entre les manifestants et les autorités.

"Je ne veux pas qu'un Arménien se batte contre un autre Arménien", a déclaré le ministre de la Défense lors d'une conférence de presse.

Le Kremlin suit "attentivement la situation en Arménie", un "pays extrêmement important" pour la Russie et son "très proche allié", a déclaré à Moscou le porte-parole du président Vladimir Poutine, Dmitri Peskov, en prenant soin de souligner que ce mouvement de protestation était "une affaire intérieure arménienne".

Les manifestants reprochent également à M. Sarkissian, un ancien militaire de 63 ans, de n'avoir pas su faire reculer la pauvreté et la corruption, alors que les oligarques ont toujours la haute main sur l'économie du pays.

Dimanche matin, une tentative de négociations entre M. Pachinian, ancien journaliste et opposant de longue date, et Serge Sarkissian, réunis devant les caméras de télévision dans un grand hôtel de la capitale arménienne, avait échoué après une brève et acrimonieuse discussion entre les deux hommes.

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