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Le procès de Fourniret a débuté: un meurtre pour voler le trésor enfoui du gang des postiches

Le procès de Fourniret débute ce matin: un meurtre pour voler le trésor enfoui du gang des postiches

Michel Fourniret et son épouse comparaissent devant les assises des Yvelines près de Paris. Ils doivent répondre de l'assassinat d'une jeune femme de 30 ans, Farida Hammiche en 1988. C'est un crime crapuleux qui est jugé ici. Il constitue le point de départ du parcours criminel de Michel Fourniret.

Le procès du tueur en série Michel Fourniret, qui comparaît aux côtés de son ex-femme Monique Olivier, jugé pour l'assassinat de la femme d'un ex-codétenu en 1988 afin de lui voler le trésor du "gang des postiches", s'est ouvert mardi devant la cour d'assises des Yvelines. L'"ogre des Ardennes", 76 ans, a commencé, la voix éraillée, par décliner son identité et son ancienne profession, "artisan", avant son incarcération en 2003 pour le meurtre de sept jeunes filles ou femmes. Puis d'évoquer laconiquement son enfance et sa vie de famille, souvent réticent à répondre aux questions du président.

"Lorsqu'il s'agit d'actes inexcusables, rien n'est à dire", a-t-il indiqué, avant que le président ne le coupe pour revenir aux éléments de personnalité. "Je ne saurais vous dire", a répondu à plusieurs reprises Fourniret aux questions sur son enfance ou ses relations avec les trois femmes qu'il a eues, invoquant une mémoire défaillante. Barbe et cheveux blancs, visage émacié, l'accusé s'est pourtant dit à l'entame du procès prêt à répondre aux questions, malgré un problème apparent d'audition. Son avocat Grégory Vavasseur avait souligné avant le procès les problèmes de mémoire de son client, dus à l'âge.

"Je ne pense pas que Michel Fourniret soit diminué intellectuellement" ni "qu'il ait baissé la garde", a estimé Me Richard Delgenes, avocat de Monique Olivier, lors d'une suspension d'audience. "Il a vieilli, mais il est toujours aussi alerte et quand il s'agit de ne pas répondre aux questions ou d'y répondre à sa façon il est toujours présent", a-t-il souligné.

Me Didier Seban, à la fois avocat du mari et de l'amant de la victime, tous deux présents sur le banc des parties civiles, a aussi estimé le couple criminel "attentif, présent au procès" mais tous deux, sont "enfermés dans leur monde aujourd'hui". "Michel Fourniret est un pervers absolu, il voudra s'amuser avec les victimes, avec la cour d'assises", estime l'avocat. "On peut peut-être espérer plus de Monique Olivier qui elle, affiche dans les expertises une certaine honte par rapport à ce qu'elle a commis", mais "plus (la honte) d'être mise en cause publiquement qu'un véritable remords", a-t-il poursuivi.


Le meurtre de Farida Hammiche

C'est une première pour Michel Fourniret. Le tueur et violeur en série français va devoir répondre, à compter de mardi, du seul crime qui lui soit imputé: un assassinat en 1988 qui lui a permis de s'emparer du magot du "gang des postiches". Comparaissant aux côtés de son ex-femme Monique Olivier, l'"ogre des Ardennes" est accusé d'avoir fait disparaître en 1988 la femme d'un ex-codétenu, dont le corps n'a jamais été retrouvé, pour pouvoir s'emparer de l'or amassé par le célèbre gang de braqueurs des années 1980. Farida Hammiche, 30 ans au moment de sa disparition, était l'épouse d'un ex-codétenu de Fourniret, le braqueur Jean-Pierre Hellegouarch, partie civile au procès aux côtés de deux soeurs et d'un amant de la victime. Morte étranglée et à coups de baïonnette près de Clairefontaine (Yvelines), selon les aveux de Fourniret, son corps aurait été enterré non loin mais n'a jamais été retrouvé.


Un trésor enfoui dans un cimetière

Hellegouarch et Fourniret ont été brièvement compagnons de cellule dans les années 1980 à Fleury-Mérogis, en région parisienne, où ce dernier purge à l'époque une peine pour agression sexuelle. En mars 1988, alors que Fourniret a été libéré, Farida Hammiche le contacte, à la demande de son mari, pour qu'il l'aide à déterrer un trésor enfoui dans un cimetière du Val-d'Oise. Elle lui promet 500.000 francs pour ce service. Hellegouarch, toujours en prison, a en effet eu vent de l'emplacement d'une caisse à outils renfermant ce trésor par un ancien codétenu, un Italien qui s'était évadé de prison avec un membre du "gang des postiches" et avait recueilli ses confidences.


"Se servir lui-même"

L'enquête a permis d'établir que cette caisse recelait 20 kg de lingots et pièces d'or, une partie du magot amassé par cette célèbre entreprise criminelle spécialisée dans les braquages de banques et qui opéra à Paris entre 1981 et 1986. Le trésor une fois déterré, Fourniret et Farida Hammiche le cachent au domicile de la jeune femme. Fourniret n'aurait alors rien reçu en échange ou pas assez à son goût. L'"ogre des Ardennes" décide donc "de se servir lui-même", comme il le dit aux enquêteurs en 2005.


Avec l'argent, le couple s'achète un château dans les Ardennes et une maison à Sart-Custinne

Il attire la jeune femme dans un guet-apens et la tue avant de l'enterrer dans un terrain vague. Et il récupère le magot. Une fois converti, cet or permet au tueur et à son épouse d'alors, Monique Olivier - qui comparaît pour complicité et recel - d'acheter notamment le château de Sautou, dans les Ardennes, et une maison à Sart-Custinne (Belgique), ainsi que deux véhicules. Ce qui reste du butin est enterré dans le jardin de la maison de Sart-Custinne. Il sera retrouvé par les enquêteurs. Alors que Monique Olivier, présente lors du guet-apens, "reconnaît l'intégralité des faits qui lui sont reprochés" selon son avocat Richard Delgenes, il n'en est pas tout à fait de même pour son ex-mari. Fourniret reconnaît l'assassinat, mais se dit innocent pour le recel, n'ayant "jamais eu connaissance de l'origine des fonds", assure son avocat Grégory Vavasseur, interrogé à quelques jours du procès.

A l'audience, assure-t-il, son client aujourd'hui âgé de 76 ans "compte collaborer mais dans la limite de ses possibilités. Or depuis quelques temps, sa mémoire est légèrement altérée et les faits sont vieux de 30 ans...", note le conseil. Au grand dam des membres de la famille Hammiche qui n'ont pu donner de sépulture à leur proche, faute de corps, déplore leur avocate Yolaine Bancarel-Lancien. Ce procès sera surtout pour eux une façon de "faire leur deuil". Farida Hammiche fait partie des huit femmes que le tueur a reconnu en 2004 avoir tuées. Il a récemment avoué deux autres meurtres de jeunes femmes.

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