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Migrants à la Gare du Nord: comment en est-on arrivé là?

Migrants à la Gare du Nord: comment en est-on arrivé là?

Depuis ce lundi matin, les bus de De Lijn et de la STIB ne s'arrêtent plus à la Gare du Nord, les chauffeurs dénonçant notamment le manque d'hygiène et de sécurité des lieux. Ceux qui empruntent régulièrement la Gare du Nord le savent depuis longtemps: des locataires venus d'ailleurs logent, mangent et vivent dans le sous-sol de la gare. Ce sont pour la plupart des migrants en transit. Une situation loin d'être neuve puisque leur présence date de l'hiver 2016-2017. Retour sur un feuilleton sans fin.

Avant que le débat ne refasse son apparition au cœur de l'actualité ces dernières heures, Chantal, l'une de nos internautes, nous avait écrit afin d'attirer notre attention sur la situation qui se joue aux alentours de la Gare du Nord de Bruxelles. Chantal décrit ce qu'elle y voit quotidiennement: "Dans le bâtiment et ses alentours, il y règne une atmosphère de 'non droit' et une puanteur intolérable. Une bonne centaine de migrants vivent et dorment à même le sol (…). Il est intolérable de respirer ces odeurs pour les navetteurs et les employés qui travaillent aux alentours. Tous ces migrants vivent dans des conditions inhumaines", décrivait-elle via le bouton orange Alertez-nous.

Direction Zeebrugge

Depuis l'hiver 2016-2017, l'endroit est le théâtre d'un véritable imbroglio politique et d’une situation humanitaire et sanitaire catastrophique. Chaque jour, entre 100 et 200 migrants en transit patientent dans le niveau souterrain de la Gare du Nord.

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La grande majorité d'entre eux espèrent rejoindre le Royaume-Uni. "Ils sont pour la plupart originaires de la corne d’Afrique : Érythrée, Soudan, Éthiopie. Ils y restent en moyenne entre 8 à 10 semaines", fait savoir Mehdi Kassou, porte-parole la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés et en contact permanent avec ces migrants en transit.

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Pourquoi la Gare du Nord ? Bernard Clerfayt, bourgmestre de Schaerbeek où se situe la gare, apporte des éléments de réponse: "Certains prennent le train, vont à Zeebrugge, cherchant à avoir un camion (vers le Royaume-Uni, ndlr), puis ils reviennent loger sur place parce que c'est très pratique. Ils y ont le wifi, ils peuvent recharger leur GSM et des ASBL y distribuent de la nourriture."

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Les migrants ne sont pas seuls sur place. Leur présence se mêle à celle de sans-abris venus jouir également de la venue quotidienne d’ASBL qui y distribuent des vivres. Un public toxicomane est également remarqué sur place. Résultat, la présence de ce public mélangé crée chez certains riverains, chauffeurs de bus et navetteurs qui empruntent la Gare du Nord un sentiment d’insécurité. A cela s'ajoute, des conditions d'hygiène déplorables, car l'endroit n'est, forcément, pas adapté à accueillir autant de monde jour et nuit.


La balle renvoyée au Fédéral

Il y a deux semaines à peine, fin avril, le bourgmestre de Schaerbeek, Bernard Clerfayt, était invité par des riverains et commerçants du quartier de la gare à se rendre compte sur place des conditions de vie de ces personnes. Une pétition signée par plus de 500 personnes lui a été remise. Mais si la gare est située à Schaerbeek, la commune n'est pas compétente en matière migratoire. Les ministres fédéraux doivent "assumer les tâches inhérentes à leurs ministères: assurer la sécurité dans la gare pour M. De Crem (ministre de l'Intérieur), et assurer un traitement décent aux migrants pour Mme De Block", implorait une nouvelle fois dans ce feuilleton le bourgmestre de Schaerbeek. La Gare du Nord n'a pas vocation à servir de centre d'accueil pour les migrants et "une occupation intense ne peut mener qu'à la catastrophe", met-il en garde.


Un premier épisode fin 2018

Et le week-end dernier, la présence de ce public a refait surface car les chauffeurs de bus De Lijn ont décidé de ne plus desservir l'arrêt situé sous la gare. La STIB a emboîté le pas dans la foulée. Les chauffeurs de bus craignent notamment des épidémies de gale et de tuberculose, même si l'ONG Médecins du Monde considère que le risque est dérisoire. La position prise par la société de transport flamande n'est pas neuve. Fin 2018, De Lijn avait déjà arrêté une première fois de desservir la Gare du Nord, avant de faire marche arrière après des consultations avec la Ville De Bruxelles et la commune de Schaerbeek. De Lijn pointait déjà les conditions d'hygiène et le sentiment d'insécurité ressenti chez certains de ses chauffeurs.


"Un sparadrap sur une jambe de bois"

Suite à cet épisode, fin 2018, il avait été décidé d'installer des poubelles supplémentaires ainsi qu'un grand conteneur destiné aux déchets après la distribution des repas. Les ordures devaient également être évacuées plus régulièrement à l'intérieur et à l'extérieur de la gare. Des urinoirs ont été mis à disposition pour éviter que les personnes ne se soulagent dans l'espace public. Des équipes de nettoyage devaient intervenir en outre plus souvent, également lors des week-ends. Mehdi Kassou reconnait que ces efforts ont été apportés et que les aménagements annoncés ont été installés. Il remarque toutefois: "Quand 180 personnes y dorment tous les jours, cela devient un lieu de vie commun pour toutes ces personnes-là. C'est un sparadrap sur une jambe de bois. Ce n'est pas les réponses adaptées aux besoins."


Blocage 

Dans ce dossier, les acteurs se divisent en deux catégories.

La première milite pour la création d'un centre d'accueil pour réfugiés sur le territoire belge. En résumé, un endroit où les migrants pourraient être informés et accompagnés, soit vers une procédure d'asile, soit vers un départ du pays. La formule a été adoptée notamment en France suite au démantèlement de la jungle de Calais. Parmi ceux qui souhaitent la création d'une telle infrastructure, on retrouve la Ville de Bruxelles, le bourgmestre de Schaerbeek, la plateforme citoyenne de soutien aux réfugiés, Médecins du monde et de nombreuses autres associations.

Dans la deuxième catégorie, on retrouve le gouvernement fédéral. Il balaie d'un revers de la main cette possibilité depuis le début de la crise. Dans un premier temps, Theo Francken, secrétaire d'État à l'Asile et la Migration et aujourd'hui, sa successeure, Maggie De Block. Florent Baudewyns est le porte-parole de cette dernière. Contacté par nos soins il indique: "La ministre De Block n’a pas l’intention d’ouvrir ou de financer un centre d’accueil et d’orientation pour les personnes en séjour illégal. Il serait d’ailleurs contraire au droit européen de faciliter le passage de ces migrants vers un autre pays." Maggie De Block prend le relai et se justifie: "Je respecte la loi. C’est ce qu’on attend d’un ministre. Chacun a le droit de demander l’asile en Belgique. La loi prévoit alors un accueil par Fedasil ou ses partenaires pendant la procédure. Les personnes qui ne demandent pas l’asile et celles dont la demande a été refusée doivent quant à elles quitter le territoire." 

Résultat, les deux parties campent sur leur position depuis le début de la crise prenant en otage la Gare du Nord depuis plus de deux ans.

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