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Des libraires et épiciers ABUSÉS par une arnaque redoutable sur les cartes prépayées

Des libraires et épiciers ABUSÉS par une arnaque redoutable sur les cartes prépayées
© RTL INFO

Suivant un scénario particulièrement élaboré, des escrocs parviennent à convaincre leurs victimes qu'ils sont des employés du fournisseur de cartes prépayées et qu'il faut leur remettre les codes de celles-ci. Daniel et son épouse, commerçants à Strée, ont été piégés. Les fournisseurs appellent à la prudence et répètent qu'aucun code ne doit jamais être communiqué par téléphone.

Une fraude frappe en ce moment les libraires, gérants de station-service ou épiciers qui vendent des cartes prépayées utilisées pour téléphoner ou faire des achats sur internet (jeux, musique, etc.). Croyant être appelés par le fournisseur de ces cartes, ils sont abusés par des malfaiteurs qui les convainquent de leur transmettre le code d'une ou plusieurs cartes. Ce code permet ensuite de dépenser sur internet le montant de la carte. Deux fournisseurs majeurs de ces cartes en Belgique, Alvadis et Conway (le second étant sur le point de reprendre le premier) mettent en garde sur leurs sites internet et rappellent à leurs clients qu'il ne faut jamais donner ces codes par téléphone.

Mais Daniel et sa femme qui tiennent un mini-market à Strée dans la commune de Beaumont (Hainaut) n'étaient pas au courant. Et le samedi 27 avril, ils ont été dépouillés de 250 euros. Ces victimes nous ont contactés via le bouton orange Alertez-nous. Nous les avons rappelées. Comment l'arnaque s'est-elle déroulée ?

Vous avez des cartes de jeux, des Neosurf de 250 euros. Il faut les sortir de l'appareil car elles deviennent invendables

La première partie de l'escroquerie a démarré le matin. "Un client a demandé une carte de téléphone de 20 euros. Il s'est aperçu qu'il n'avait que 10 euros. Donc, il a redemandé une carte de 10 euros et nous avons dû annuler celle de 20€. Pour cela, nous devons appeler notre fournisseur qui est la firme Conway depuis deux ans. Comme c'était samedi, on a eu un répondeur et nous avons laissé un message. Il était 10h30 du matin", se rappelle Daniel.

La deuxième phase est enclenchée cinq heures plus tard. Le téléphone sonne. "À 3h30 de l'après-midi, on reçoit un appel d'un monsieur qui dit qu'il a bien eu notre message et qu'il va annuler la carte de 20 euros. Il nous dit qu'il annule. Nous, on ne sait pas le vérifier, on ne pourra le faire que dans notre relevé de fin de journée", commence le commerçant. Le malfaiteur passe à l'étape cruciale, celle du vol. "Tant que je vous ai en ligne, amorce-t-il, nous avons quelques modifications à faire dans l'appareil. Vous avez des cartes de jeux, des Neosurf de 250 euros. Il faut les sortir de l'appareil car elles deviennent invendables", invente-t-il. Les cartes prépayées Neosurf sont parmi les plus utilisées sur internet pour jouer ou faire des achats en ligne (voir la vidéo ci-dessous).

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Ces cartes constituent aussi une des formes d'argent préférées des arnaqueurs en tout genre sur internet.

Ça a donné confiance à ma femme

"Mon épouse est un peu réticente. Elle lui dit 'Mais monsieur, on ne vous connait pas'. Il insiste. Vous avez bien appelé ce matin, je vous rappelle, je suis bien de la firme. Elle lui répond qu'elle n'a pas contrôlé son numéro d'appel", relate Daniel. L'homme rappelle. Daniel et son épouse notent le numéro. C'est celui de leur ancien fournisseur, Alvadis, qu'ils ont abandonné il y a deux ans pour le fournisseur Conway. "Ça a donné confiance à ma femme", reprend Daniel. La méfiance se relâche et le couple suit désormais les instructions du faux employé d'Alvadis. L'épouse de Daniel sort une première carte Neosurf et communique le code de la carte. 250 euros viennent d'être subtilisés.

Devant notre refus, il se fâche, il nous menace de bloquer notre appareil si on ne fait pas ce qu'il nous demande

Mis en appétit, l'escroc tente de doubler la mise et demande de sortir une 2e carte. Mais son audace n'est pas payante, elle réveille les proies: les habitants de Strée n'obtempèrent plus. "Nous disons 'Stop! Ca ne va plus, ce n'est pas normal'. Devant notre refus, il se fâche, il nous menace de bloquer notre appareil si on ne fait pas ce qu'il nous demande. Nous lui répondons que nous verrons cela lundi. Puis il nous rappelle encore que nous devons avoir confiance, que nous voyons bien que le numéro d'appel est bien celui du fournisseur de cartes." Mais la femme de Daniel raccroche.


Ne jamais donner le code d'une carte par téléphone

Lundi matin, Daniel et sa femme décrochent leur téléphone. Ils appellent leur fournisseur Conway. La firme était bien fermée le week-end et la demande de suppression de carte, laissée sur le répondeur, n'a pas encore été traitée. Les commerçants téléphonent vite à Alvadis au numéro avec lequel ils ont été appelés samedi après-midi. La confirmation de leur crainte tombe: ils ont été abusés. En effet, aucun employé d'Alvadis ne les a appelés samedi.

Ils ne sont pas les premiers. "Notre interlocuteur nous a indiqué de faire attention parce qu'ils avaient déjà eu plusieurs clients victimes de cette fraude, dont un qui avait perdu 3000 euros. On nous a indiqué que nous ne devions jamais donner le code PIN d'une carte par téléphone", rapporte Daniel.

Sur son site internet, Alvadis met en garde contre cette fraude. "Depuis peu on nous signale que des escrocs appellent nos clients en se faisant passer pour Alvadis (ou son support). Le numéro de téléphone apparaissant sur l’écran suggère être le nôtre. Il s’agit d’une fraude. Veuillez en aucun cas communiquer un pincode par téléphone ou tout autre moyen de communication", informe l'entreprise.

fraude-alvadis

Le fournisseur actuel de Daniel, Conway, est également au courant des tentatives de fraudes. Il multiplie les messages d'avertissement à ses clients. Avec un message martelé partout: ne jamais communiquer le code PIN d'une carte prépayée par téléphone. "Tous les deux ou trois mois, on envoie une communication rappelant de ne jamais communiquer de code par téléphone. Lors du placement du terminal, notre technicien informe également le client de ce processus", nous détaille la direction. Le même appel à la prudence apparait sur l'écran du terminal du client (voir photo ci-dessous) quand il imprime le code et il est aussi mentionné sur le contrat, ajoute la direction.

conway-terminal

Une question brûle les lèvres: comment font les arnaqueurs ? Comment ont-ils su que Daniel avait appelé son fournisseur ? "Je peux vous confirmer que notre réseau informatique n’a pas été piraté et que nos collaborateurs n’ont rien à voir avec ces fraudeurs", assure la direction de Conway qui nous confie le modus operandi


Comment les malfaiteurs ont-ils su que Daniel devait recevoir un appel de son fournisseur ?

L'hypothèse la plus vraisemblable consiste en la présence à l'intérieur du magasin de l'un des escrocs. Le client qui a demandé l'annulation de son achat, en prétextant qu'il ne disposait pas de la somme nécessaire ? C'est tout à fait plausible. Le voleur sait que le commerçant doit appeler son fournisseur pour une annulation. Et soit il sait que les services de Conway ne sont pas joignables un samedi et que le libraire laissera un message sur répondeur. Soit un escroc se trouvait dans le magasin et entendu l'appel du libraire. Connaissant cela, le ou les escrocs onts passé à l'étape de la mystification, appelant Daniel quelques heures plus tard.


Comment les malfaiteurs ont-ils connu et utilisé le numéro de téléphone du fournisseur ?

Pour être plus précis, il s'agissait du numéro de l'ancien fournisseur de Daniel (la société Alvadis, bientôt reprise par Conway). La direction de Conway suppose que ce numéro de téléphone devait être lisible quelque part dans le magasin. "Le fraudeur n’était pas au courant que le magasin avait fait un switch de fournisseur (d’Alvadis vers Conway). Sinon, il aurait certainement utilisé notre numéro", estime Conway.

Quant à faire apparaître ce numéro et gruger ainsi la victime, il n'y a rien de plus facile. On peut facilement télécharger des applications qu'on installe sur son smartphone et qui permettent d'afficher n'importe quel numéro comme étant son propre numéro, celui avec lequel on appelle.

Tout cela, Daniel et sa femme ne le savaient pas. Et demain, d'autres nouvelles arnaques sophistiquées apparaitront sans doute. La meilleure arme reste celle serinée par les fournisseurs: ne jamais donner les codes par téléphone.

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