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Christiane, 49 ans, enseignante en région liégeoise, pensait avoir retrouvé goût à l’amour après une séparation douloureuse. Sur les réseaux sociaux, elle fait la connaissance de Benoît, un séduisant Français, fraîchement divorcé comme elle. Très vite, le courant passe. Ils échangent jour et nuit sans jamais se rencontrer. « Chaque fois qu’il m’écrivait, j’avais des papillons dans le ventre », confie-t-elle. « J’avais vraiment l’impression d’avoir rencontré l’homme de ma vie. »
Mais derrière les déclarations passionnées se cache un brouteur, un escroc aguerri aux arnaques sentimentales. Il sait comment créer un lien fort avec sa cible grâce à l’effet miroir. « C’est quand l’autre, consciemment ou inconsciemment, parle comme vous, agit comme vous, utilise les mêmes expressions que vous », explique Benjamin Maréchal. Une technique psychologique redoutable pour créer un sentiment de connexion immédiate.
Une manipulation redoutable
Après un mois de romance virtuelle, l’escroc invente un premier prétexte : un vol de portefeuille à Amsterdam. Il dit n’avoir « personne d’autre sur qui compter ». Christiane, touchée, cède. « Il a profité de mes sentiments et de ma vulnérabilité », confie-t-elle aujourd’hui. Très vite, les demandes d’argent s’enchaînent, toujours accompagnées d’un sentiment d’urgence, de détresse. Le piège se referme.
« Ce type d’arnaque repose sur trois ressorts puissants : la culpabilisation, la pression du temps, et le rôle de sauveur qu’on impose à la victime », analyse Benjamin Maréchal. « Quand on agit dans l’urgence, le rationnel s’efface. Et face à une personne qui vous supplie, qui vous fait croire qu’elle n’a que vous, qui peut résister à l’idée d’être celle ou celui qui sauve ? »
Totalement sous emprise, Christiane se met à envoyer des centaines d’euros. Puis elle achète des cartes prépayées, un système parfaitement anonyme prisé par les escrocs. En quelques semaines, elle verse 4.200 euros. Et lorsque l’argent manque, elle va jusqu’à puiser 1.500 euros supplémentaires… sur les comptes bancaires de ses deux enfants.
Rongée par la culpabilité, Christiane peine à se pardonner. « Je me sens honteuse de m’être fait avoir aussi facilement. Je les ai privés de certaines choses, et je me dis que j’aurais pu dépenser cet argent autrement », confie-t-elle, bouleversée.
Malgré l’attachement qu’elle ressent encore, elle trouve la force de mettre un terme à cette relation virtuelle qui dure depuis huit mois. L’escroc, qu’elle n’a jamais rencontré, a pris une place démesurée dans sa vie. « Il avait une emprise énorme. Je n’arrivais plus à me concentrer, même au travail. Je n’écoutais plus mes enfants. J’étais tout le temps dans mes pensées, à me demander ce qui était vrai ou faux. Ça prenait trop de place. Je ne gérais plus rien. C’était devenu invivable. »
Le déclic survient lorsqu’elle reçoit un SMS du supposé voisin de Benoît. Une conversation douteuse où l’homme fait une erreur révélatrice. Christiane comprend enfin l’ampleur de la supercherie.
Comment se protéger ?
Pour Benjamin Maréchal, l’important est de ne jamais culpabiliser. « Les escrocs ont toujours une longueur d’avance. Ce sont eux qui préparent le piège, pas vous. » Il recommande de verrouiller ses profils sociaux, et d’utiliser des outils comme Facecheck.id, qui permet de vérifier si une photo a été utilisée ailleurs sur Internet.
Et si vous avez été piégé ? Mieux vaut rassembler un maximum de preuves : captures d’écran, échanges, transactions. « La justice en Belgique est débordée, donc plus votre dossier est complet, moins elle devra chercher les preuves elle-même », explique-t-il. Une protection juridique peut aussi vous permettre de financer un avocat, voire un détective privé, pour pousser l’enquête plus loin sans frais supplémentaires, au-delà de votre assurance.
Une vigilance d’autant plus nécessaire que ce type d’escroquerie est en plein essor. Les arnaques sentimentales, classées parmi les fraudes à l’amitié, explosent en Belgique : selon le ministère de l’Économie, 1.700 personnes en ont déjà été victimes, pour un préjudice total de 9 millions d’euros.
Retrouvez « Coûte que coûte : le bureau des arnaques », chaque mercredi à 19h50 sur RTL tvi et en streaming sur RTL play.















