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Née une quinzaine d’années après la Seconde Guerre mondiale, benjamine d’une fratrie de cinq enfants, Myriam Spira a grandi dans l’ombre du passé de ses parents, survivants des camps. Un passé qu’elle décrit comme un « héritage très lourd ». « Ça l’a été pour chacun de nous cinq. Mais en même temps, nous n’en étions pas conscients, c‘était notre normalité », confie-t-elle. Chez elle, chaque geste du quotidien ravivait la mémoire des camps. « Chaque chose évoquait les camps, n’importe quoi. »
Elle se souvient notamment de son père, qui conservait le moindre petit objet. « Quand il est décédé, on a vidé sa cuisine. On a trouvé tous les petits liens qui ferment le sac quand on achète un pain en supermarché (…) Il y avait un tiroir rempli de petits liens. Il les gardait tous. » Un exemple parmi d’autres d’une vie marquée par la privation.
Des souvenirs omniprésents
Autour de la table familiale, les récits revenaient inlassablement. « Pendant le repas dominical, c’était classique. Tous les dimanches (…) un de nos parents se lançait : ‘tu te rappelles ci et ça’. » Si un enfant ne terminait pas son assiette, la remarque tombait : « ‘Tu te rends compte ? Moi à l’époque, ça pouvait sauver une vie.’ »
J’allais chez mes copines et je voyais que c’était complètement différent
Une culpabilité ? « Non, je ne dirais pas une forme de culpabilité. Mais c’est très difficile. » Elle explique avoir mis des années à identifier ce poids. « J’allais chez mes copines et je voyais que c’était complètement différent. On jetait à la poubelle de la nourriture. Mais nous, jamais. » Aujourd’hui encore, jeter un aliment la renvoie à ses parents. Écrire « L’envol de la mémoire » lui a permis de « déposer ces choses-là » et de « se délester en quelque sorte ». « Je trouve que notre vie a été biaisée par rapport au vécu de nos parents », analyse-t-elle.
Protéger sa fille
La question de la transmission s’est posée lorsqu’à 5 ans, sa propre fille, scolarisée dans une école juive à Bruxelles, a été confrontée à la commémoration de la Shoah. Ce jour-là, une sirène d’une minute retentit dans l’établissement, comme en Israël. Le soir même, sa mère lui rapporte une scène qui l’émeut encore aujourd’hui. « Ma maman me dit : tu sais ce que ta fille m’a demandé aujourd’hui ? (…) Elle lui a dit : ‘raconte-moi ta Shoah’. »
Sa réaction est immédiate. « J’ai dit ‘maman, je t’interdis de lui en parler’. Et en fait, je lui ai dit ‘je te promets qu’elle saura, mais en âge, pas maintenant’. » Pour Myriam Spira, transmettre la mémoire est essentiel. Mais elle doit se faire au bon moment, pour ne pas devenir à son tour un poids trop lourd à porter.

















