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Dans une enquête menée auprès de 650 jeunes âgés de 12 à 17 ans, Testachats explore l’impact des réseaux sociaux sur leur quotidien, entre addiction, influence des créateurs de contenu et exposition à des dangers concrets. Invitée du RTL info 13H, Julie Frère, porte-parole de l’association, décrypte les résultats.
Cette enquête, sur quoi portait-elle et pourquoi une telle enquête sur les jeunes ?
On a mené cette enquête pendant l’été, en juillet, auprès de 650 jeunes âgés entre 12 et 17 ans. Pourquoi ? Parce qu’on parle de plus en plus de mesures de protection des jeunes qui utilisent Internet et les réseaux sociaux. On parle notamment d’une interdiction de l’utilisation des réseaux sociaux en dessous d’un certain âge. Il y a beaucoup de débats autour de cette question. Mais en fait, on entend très peu les jeunes sur cette thématique-là. On a voulu, via cette enquête, leur donner la parole.
Combien de temps d’abord passe les jeunes en ligne ?
C’est plus de 3 heures par jour, 3 heures et 6 minutes en moyenne. Il y a même un jeune sur cinq qui passe plus de 4 heures par jour en ligne. Et on voit que souvent, les jeunes en situation financière difficile passent plus de temps en ligne que les autres. Alors ils y font énormément de choses. Ça va de s’informer à passer des appels téléphoniques vidéo, utiliser les réseaux sociaux… On voit qu’ils l’utilisent aussi, par exemple pour créer des contenus et les partager en ligne, ce sont 68 % des jeunes qui le font.
Presque tous les jeunes utilisent les réseaux sociaux ?
Oui, tout à fait. Presque tous les jeunes utilisent les réseaux sociaux et 80 % d’entre eux sont actifs sur au moins quatre plateformes du style Tiktok, Snapchat, Facebook, etc. On voit qu’il y a quand même un impact sur la santé mentale. Il y a 37 % des répondants qui indiquaient se sentir anxieux dès qu’ils ne recevaient pas de notifications ou de messages pendant un certain temps. Autre fait intéressant révélé par notre enquête : normalement, l’âge minimal pour utiliser les réseaux sociaux, c’est treize ans. Mais on voit en fait que la majorité des jeunes l’utilisent avant cet âge-là. Il y a plus d’un jeune sur quatre qui a menti sur sa date de naissance pour pouvoir utiliser les réseaux sociaux avant l’âge de treize ans.
On parle beaucoup des créateurs de contenus, des influenceurs et vous avez noté qu’ils avaient énormément de succès auprès des jeunes ?
Tout à fait. On voit qu’il y a 71 % des sondés qui suivent un influenceur ou une influenceuse, avec aussi une influence directe sur leur comportement. 69 % des jeunes ont déjà acheté quelque chose sur base de la recommandation d’un influenceur. D’où l’importance évidemment de contrôler en amont ce qui est raconté sur ces réseaux sociaux, ce qui est malheureusement loin d’être le cas aujourd’hui.
Quels sont les dangers auxquels les mineurs font face concrètement ?
54 % des jeunes ont été confrontés à une situation potentiellement dangereuse. Il y a plusieurs types de danger. Etre contacté par un inconnu, la question du harcèlement en ligne, la menace de partage de contenus intimes, etc. Ce sont des situations très concrètes auxquelles la majorité des jeunes ont déjà été confrontés.
Les parents prennent-ils des mesures ?
Alors on voit qu’il y a quatre 89 % des jeunes qui ont un contrôle parental. Là aussi, on voit une différence entre les jeunes. dans une situation financière plus aisée, là c’est 93 %, les situations financières moins aisées, on tombe à 83 %. Alors, ce contrôle parental, ça va du fait d’être ami avec son parent sur les réseaux sociaux, à l’interdiction d’installer certaines applications sur ce téléphone ou la restriction des demandes d’amis. Fait marquant : seul un tiers ont un temps d’écrans limité. C’est relativement peu.
Les jeunes eux-mêmes se rendent compte qu’il y a des choses qui ne vont pas. Ils demandent des mesures pour mieux les protéger. Vers qui se tourner alors ?
Ils se tournent principalement vers leurs parents, mais aussi vers les plateformes, beaucoup plus que vers le gouvernement. Donc, ils estiment par exemple que des mesures comme le floutage dans certains contenus inadaptés pour leur âge, doit être mis en place par les plateformes. On voit aussi qu’ils demandent par exemple des canaux spécifiques pour pouvoir dénoncer certains problèmes. Et on voit aussi qu’ils sont assez favorables au fait d’avoir une restriction d’âge sans que cet âge ne soit encore défini.
Vous avez organisé une table ronde sur la question. Sur la base des résultats de l’enquête, comment ça s’est passé ? Quels sont les enseignements que vous en avez retiré ?
Effectivement, on a organisé une table ronde avec des acteurs de haut rang, dont la ministre en charge du numérique, Vanessa Matz, qui, elle, plaide vraiment pour qu’on ait des outils beaucoup plus efficaces aujourd’hui de contrôle de l’âge. On l’a vu, les treize ans, ce n’est pas du tout respecté dans la pratique. Donc elle plaide pour une authentification numérique du type itsme. L’âge est à définir et elle veut organiser un large débat de société auquel on a justement contribué avec cette enquête. Elle veut aussi qu’on puisse utiliser des outils qui existent déjà. On a un fameux règlement au niveau européen, le DSA qui permet déjà de porter plainte contre les plateformes qui ne protègent pas suffisamment les mineurs en ligne. On avait aussi invité une classe d’élèves de quatrième secondaire pour qu’ils et elles puissent donner leur avis et réagir. Donc c’était très intéressant. On voit qu’il y a des choses qui sont en train de bouger, il y a des débats au niveau européen sur une éventuelle interdiction et il y a aussi toute une série d’enquêtes. Il faut rappeler que la Commission européenne a déjà ouvert des enquêtes contre Meta qui détient Facebook et Instagram, mais aussi contre TikTok. Et en France, il y a même une enquête pénale pour mise en danger de la vie d’autrui. Donc on n’a pas fini d’entendre parler de ce sujet.


















