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Cette condamnation en justice est une petite victoire pour Testachats parce que c’est vous qui meniez ce combat contre Ryanair, combat qui dure depuis plusieurs années déjà.
Ce n’est pas une petite victoire, je dirais que c’est une belle victoire pour plus de transparence. C’est ça l’objectif. C’est de faire en sorte que lorsqu’on entame le processus de réservation, tout soit clair. Toute personne qui a déjà essayé ou qui a voulu réserver un ticket auprès d’une compagnie aérienne, et particulièrement chez Ryanair avec son business model très spécifique, a été confrontée à des offres promotionnelles, à du harcèlement sur des promotions, à des détournements d’attention. On essaie de distraire le consommateur de l’offre initiale pour l’orienter vers une offre dont il n’a pas besoin, qui n’est peut-être pas nécessaire. Tout ça fait qu’aujourd’hui, ce type de réservation est très peu transparent. Le principe étant qu’au point de départ, on doit avoir un prix. On sait qu’on a été attiré par ce prix, mais qu’au final, au moment de la réservation et du paiement, ça n’aura plus rien à voir. On aura payé beaucoup plus cher que si on avait pris les prestations individuellement.
L’une des premières victoires que vous obtenez concerne notamment les formules tarifaires groupées. En quoi elle consiste exactement ?
Je dirais même que c’est la victoire principale. La juge, ici en l’occurrence, reconnaît qu’il y a toute une série d’offres groupées. C’est-à-dire qu’il est impossible de connaître le prix des prestations séparément. On constate qu’après calcul, lorsqu’on a opté pour l’une de ces offres, on va se retrouver avec une offre beaucoup plus chère que pour toutes les prestations prises individuellement. La juge reconnaît que cette pratique est totalement illicite. Ça nuit à la transparence et c’est une pratique commerciale déloyale.
L’autre promotion fréquemment utilisée est celle qui consiste à dire au consommateur de se dépêcher car il ne reste plus que quelques sièges à tel prix intéressant et que s’il ne les prend pas, demain, le siège qu’il voudra réserver coûtera plus cher.
C’est simplement un piège. Et ce piège constitue à nouveau une pratique commerciale déloyale. La juge l’a confirmé et a confirmé nos arguments. C’est très important parce que c’est vrai dans le secteur aérien, mais c’est aussi vrai dans d’autres domaines. La pratique qui consiste à dire qu’il n’y a plus que cinq sièges disponibles, c’est ce qu’on appelle une fausse pénurie ou une fausse urgence. Nous avons constaté dans notre dossier – et c’est avec cela que nous sommes allés devant le juge – grâce à des screenshots des offres que nous avons effectués, que quelques jours plus tard, il y avait toujours des sièges disponibles à un prix moins cher. Donc, clairement, c’était trompeur.
Qu’en est-il des fausses réductions, par exemple lorsqu’un prix est barré en rouge pour indiquer que ça vous coûterait moins cher de prendre deux options en plus, etc. ?
La problématique des fausses réductions n’est pas négligeable. À nouveau, c’est le cas dans le secteur aérien, mais d’autres secteurs aussi. En fait, il y a ce qu’on appelle le prix de référence. Il s’agit du prix qui aurait dû être pratiqué pendant une période de 30 jours, qui précède la réduction. Et on a constaté à nouveau, grâce à notre analyse et à notre recherche, que ces prix habituellement pratiqués, donc le prix de référence, soit il n’avait jamais existé, soit il n’était certainement pas le plus bas. Donc, il y avait un réel problème. Donc, à nouveau, fausse réduction promotionnelle. Et on sait, lorsqu’on va sur le processus de réservation qu’on va se retrouver assaillis d’offres promotionnelles en tout genre. Des prix barrés, des prix en rouge. Donc, c’est clairement aussi des pratiques que Ryanair va devoir changer.
Il y a une pratique aussi sur laquelle la juge ne s’est pas prononcée. C’est la question du prix des bagages : les bagages à main, les suppléments, mais aussi lorsqu’il s’agit de pouvoir choisir son siège pour s’asseoir à côté d’un mineur. Ça, ce n’est pas tranché ?
Alors, c’est un peu un jugement de Salomon parce qu’elle s’est déclarée « non compétente » sur ce sujet. C’est-à-dire qu’elle n’a pas déclaré la pratique comme étant illégale. Elle renvoie finalement au développement législatif. Il faut savoir que ce sont des discussions qui sont en cours au niveau européen. Pour le moment, la proposition qui est sur la table, et pour laquelle nous sommes en train de travailler aussi, c’est que les bagages à main de moins de 7 kg devraient être intégrés au prix du billet d’avion. De la même manière, l’accompagnement de mineurs devrait permettre le choix d’un siège gratuit. Là aussi, c’est sur la table du Parlement européen. Donc, on espère que ce sera réglé en dehors des tribunaux. C’est une belle perspective aussi.
Et rappelons que pour tous les jugements qui ont été prononcés, Ryanair a trois mois pour se mettre en conformité sous peine d’astreinte de 5.000 euros par jour. La compagnie n’a pas encore décidé si elle allait faire appel de ce jugement.
Effectivement, c’est trop tôt. On va devoir discuter. Nos conseils vont discuter avec les conseils de Ryanair. On espère parvenir à une solution à l’amiable, qui soit une solution pour les consommateurs et pour davantage de transparence.
















