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Plusieurs pays d’Europe au bord de la « faillite hydrique » ? « La Belgique n’est pas encore concernée, mais… »

par RTL info avec Christophe Deborsu
Bill François, docteur en physique, conférencier spécialiste européen en matière d’eau douce, et auteur du livre « Eaux Douces : L’Histoire extraordinaire de nos fleuves » était l’invité du RTL info Signatures. Selon lui, plusieurs pays européens sont confrontés à une « faillite hydrique », ce qui ne serait pas encore le cas de la Belgique.

Le professeur Kaveh Madani, directeur de l’Université des Nations Unies pour l’eau, une autorité mondiale en la matière, a alerté sur le fait que nous risquions ce qu’il appelle « une faillite hydrique », c’est-à-dire une pénurie d’eau potable à l’échelle du monde. Autrement dit : plus de possible de boire, d’arroser les cultures, etc.

Nous sommes donc confrontés à un vrai problème : « Faillite, le mot est fort, mais il est bien choisi parce que le système de l’eau c’est vraiment comme une économie où on puise à la fois dans les liquidités et puis dans les réserves, dans l’épargne », explique Bill François. Ce spécialiste de l’eau douce compare les nappes phréatiques – où est stockée la grande majorité de l’eau douce utilisable sur Terre – à un compte épargne dans lequel on puise sans fin.

Une fausse impression d’abondance

« L’eau douce, ça paraît abondant parce qu’on voit des fleuves partout, mais en fait c’est juste que les humains vivent à proximité de ces fleuves, donc c’est une ressource qui nous semble être omniprésente mais qui est extrêmement rare à la surface de la planète », poursuit Bill François.

Une ressource tellement rare au point que « si l’on regroupait toute l’eau douce liquide à la surface de la planète – donc celle qui est dans nos corps, qui alimente nos champs, qui lave nos voitures, qui coule dans nos robinets, dans nos fleuves, dans nos lacs, etc. – dans une seule goutte, celle-ci ne ferait que 56 km de diamètre. Il faut bien imaginer la sphère qu’est la Terre et à côté cette sphère de 56 km. On en fait le tour en voiture en une heure même pas », illustre Bill François.

Désaliniser l’eau des océans

Face à ce problème, on peut être tenté de se demander ce qu’il en est des stocks d’eau de mer, puisque la surface de la Terre est également composée de beaucoup d’océans.

Sur ce point, Bill François est clair, c’est une solution possible, mais pas souhaitable : « On peut évidemment désaliniser l’eau de mer, mais c’est extrêmement coûteux en énergie et ça rendrait l’eau tellement coûteuse que ce serait un monde inimaginable. L’eau deviendrait une ressource vraiment extrêmement précieuse et coûteuse, encore pire que le carburant. »

Quant à savoir si la Belgique fait partie des pays concerné par cette « faillite hydrique », le spécialiste est nuancé : « La Belgique, heureusement, fait partie des pays où les précipitations ne réduisent pas trop, comparé à d’autres pays comme typiquement la France. Pour vous dire à quel point ça se joue à peu de chose près puisque certains de nos plus proches voisins sont en problème de faillite hydrique. La Belgique, pas trop. »

Précipitations et imperméabilité des sols, un problème belge

Bill François alerte néanmoins sur le fait que les précipitations qui tombent sur notre pays deviennent de plus en plus irrégulières, et ce n’est pas sans conséquence : « C’est-à-dire qu’on a des sécheresses en été de plus en plus fréquentes. On l’observe depuis des dernières années. Et puis, à l’inverse, parfois la pluie va tomber en masse, mais les sols ne sont pas adaptés pour stocker cette pluie. »

Les sols belges n’ont, selon lui, jamais vraiment été très perméables, d’une part. Et d’autre part, « parce qu’on a beaucoup artificialisé les sols en Belgique. Toute l’ingénierie de l’eau est faite pour que l’eau s’écoule le plus vite possible vers la mer et qu’elle soit donc le plus vite possible perdue au lieu d’être stockée », souligne Bill François.

« Tout ça fait qu’avec le changement climatique, même si actuellement la Belgique n’est pas en faillite hydrique contrairement à d’autres pays, il pourrait y avoir des problèmes à venir » conclut-il tout de même.

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