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« À l’aube de pouvoir vivre dans un monde sans cancers incurables » : la cancérologie face à un nouveau tournant ?

Par RTL info avec AFP
Grâce aux progrès fulgurants de la médecine personnalisée, un monde sans cancers incurables devient envisageable. Mais face à la hausse des cas et aux inégalités d’accès aux soins, le combat contre le cancer reste plus crucial que jamais.

La cancérologie est à un nouveau « tournant » : une « médecine personnalisée et adaptative » pourrait aboutir à un « monde sans cancers incurables », déclare à l’AFP le Pr Alain Puisieux, président du directoire de l’Institut Curie, en amont de la journée mondiale de lutte contre le cancer, le 4 février.

QUESTION : Où en est la lutte contre le cancer ?

REPONSE : « On peut aujourd’hui être réellement optimistes, ce que je n’aurais pas dit il y a dix ans. Nous sommes à l’aube d’une révolution : vivre dans un monde sans cancers incurables. Je ne dis pas du tout sans cancers, ce serait illusoire : ils nous ont précédés, on en a retrouvé des traces sur des dinosaures qui ont vécu 65 millions d’années avant nous… mais je pense possible, dans un avenir pas si lointain, de connaître un monde sans cancers incurables. »

Q : Le nombre de cancers détectés continue pourtant d’augmenter ?

R : « Le cancer est la première cause de mortalité en France, le nombre de nouveaux cas diagnostiqués chaque année a doublé depuis 1990. Au niveau mondial, on devrait passer de 18,5 millions de nouveaux cas diagnostiqués par an aujourd’hui à 30,5 millions en 2050, selon une récente étude scientifique publiée dans The Lancet. Evidemment, c’est inquiétant. Mais 50 % de cette augmentation est liée au vieillissement de la population ; 25 % viennent d’un meilleur dépistage. Seuls 25 % sont dus à l’augmentation de fréquence de certains cancers : du pancréas, du sein ou de cancers digestifs chez des personnes de moins de 50 ans. On incrimine le tabac, la sédentarité, l’alimentation ultra transformée, la pollution… c’est probablement l’addition de ces facteurs de risque. »

Q : Les traitements ont toutefois beaucoup progressé ?

R : « On n’a jamais aussi bien pris en charge les patients atteints de cancer. Au début du XXe siècle, on guérissait moins de 10 % des cancers. Dans les années 1950, le développement des premières approches de radiothérapie et des chimiothérapies a permis d’atteindre 30 % de survie à cinq ans. Et dans les années 1990, en comprenant mieux les mécanismes à l’origine du développement des cancers, on a pu concevoir de nouveaux médicaments qui s’attaquent aux cellules cancéreuses : les thérapeutiques ciblées et les immunothérapies, grâce auxquelles le taux de survie à cinq ans des patients dépasse aujourd’hui 65 %. »

Q : Comment arriver à un monde sans cancers incurables ?

R : « On est à un nouveau tournant : ces dix dernières années, grâce à des avancées technologiques majeures, nous avons pu comprendre comment un cancer évoluait au cours du temps, ce qui permet de mettre en place une approche intégrée en cancérologie. Celle-ci inclut la prévention primaire – éviter d’avoir un cancer –, secondaire – le diagnostic précoce – et tertiaire – éviter rechutes et métastases. C’est ce changement de paradigme qui doit permettre d’arriver à un monde sans cancers incurables. »

Q : Pourquoi une médecine personnalisée et adaptative est-elle l’une des clefs ?

R : « Les cancers sont extrêmement divers et leurs capacités d’adaptation sont à l’origine de la résistance aux traitements. La médecine adaptative s’adapte à chaque personne, elle fait une caractérisation précise de chaque tumeur, permettant de prédire la réponse d’un traitement et le risque de rechute, d’adapter le traitement à l’évolution de la maladie. Ceci nécessite d’intégrer un grand nombre de données, ce que favorisent les outils d’intelligence artificielle. A l’institut Curie, ces nouvelles approches et le développement de traitements visant à bloquer les capacités d’adaptation des cellules cancéreuses permettront une avancée significative dans la prise en charge des patients. »

Q : Mais des inégalités dans l’accès aux soins subsistent ?

R : « Dans tous les pays, c’est très bien démontré, il y a des différences à la fois d’incidence des cancers et de survie, en fonction du niveau social et d’éducation. Il existe des inégalités très significatives dans l’accès aux soins innovants, aux soins les plus adaptés pour chaque patient, mais aussi à la prévention. Bien informer est une problématique majeure, car les ‘fake news’ sont extrêmement délétères. »

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