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Le franquisme, du nom du dictateur Francisco Franco, a tenu l’Espagne d’une main de fer pendant 36 ans. Mort il y a un demi‑siècle, Franco avait pris le pouvoir à la fin des années 1930, dans le sillage de la guerre civile qui a ravagé le pays entre 1936 et 1939. Ce conflit opposait les républicains de gauche aux nationalistes de droite et d’extrême droite, menés par le général Franco.
La victoire de son camp, scellée lors de la prise de Madrid, installe définitivement son autorité. Le régime impose alors un système conservateur et autoritaire, fondé sur un parti unique, l’armée et l’Église.
Des centres de rééducation pour « remettre les femmes dans le droit chemin »
Cinquante ans après la disparition du dictateur, les témoignages d’anciennes victimes se multiplient, notamment ceux de femmes contraintes, à l’époque, de rejoindre des centres catholiques de rééducation morale. Ces établissements, gérés par l’État et contrôlés par l’Église, ont enfermé près de 50.000 jeunes filles : des mères célibataires, des orphelines ou encore des adolescentes jugées trop rebelles, souvent dénoncées par leur entourage.
Consuelo Garcia, qui y a passé un an, se souvient d’un quotidien marqué par la peur et la discipline extrême : « Horrible. Horrible. Épouvantable. C’était pire qu’une prison. C’était horrible. Un endroit complètement sinistre, avec un endoctrinement religieux extrême. La vie se résumait à travailler, à frotter et à prier. »
Pilar Dasi raconte, elle aussi, avoir été enfermée pour correspondre aux attentes du régime : « Pour être une femme conforme aux critères du régime, c’est-à-dire une femme au foyer, on m’a enfermée dans cet établissement. L’argent que je gagnais était même gardé par les religieuses. »
Violence psychologique
Aujourd’hui âgée de 67 ans, Maria Je Lopez se remémore les humiliations subies durant son enfance : « Si vous dites à une fille de cet âge qu’elle ne vaut rien, qu’elle est anormale, idiote, maladroite, mauvaise, lorsqu’elle atteint l’adolescence, son esprit est complètement brisé. »
L’automutilation était une chose courante
Le centre de Peñagrande, à Madrid, était considéré comme le plus redouté du pays. Les mères célibataires y envoyaient leurs enfants avec crainte, redoutant la maladie et ses conséquences. Paca Blanco se souvient : « Quiconque montait à l’infirmerie n’en revenait jamais. Les bébés étaient donnés à d’autres familles, vendus ou que sais-je. Nous ignorons ce qu’ils sont devenus, on nous a dit qu’ils étaient morts. »
Près de 50.000 jeunes filles auraient été « remises sur le droit chemin » au nom d’un ordre moral imposé sous le franquisme. Une réalité que souligne Maria Je Lopez : « Ce fut la pire chose qui soit arrivée dans ce pays contre les femmes, en raison de son étendue géographique et de sa durée jusqu’en 1985 en pleine démocratie. »
Un traumatisme profond et durable
Consuelo Garcia Del Cid confie : « Tout ce que je voulais, c’était me suicider. Penser au suicide était une chose courante, l’automutilation aussi. Je pleurais tellement que mon corps demandait une douleur physique pour masquer ma souffrance psychologique pendant au moins quelques jours. »
Une cérémonie de pardon doit prochainement être organisée par la Confédération des religieux. Mais pour les survivantes, le geste ne suffit pas : elles réclament désormais la vérité, la reconnaissance officielle d’un système qui a marqué des générations de femmes en Espagne.


















