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Pourquoi les manifestations des agriculteurs ne changeront rien à l’adoption attendue lundi de l’accord avec le Mercosur

Par RTL info avec Laura Van Lerberghe, Elisabeth Wouters et Belga 
Une centaine d’agriculteurs en tracteurs sont entrés dans Paris ce jeudi pour protester notamment contre la probable signature par l’UE d’un accord avec le Mercosur entre l’Europe et plusieurs pays d’Amérique du Sud. Si la France devrait voter contre cet accord, la Commission européenne vient de leur proposer des compensations qui lui permettront normalement d’avoir suffisamment de pays pour finalement voter l’accord. Les manifestations, également en cours ou prévues en Belgique, ne peuvent plus rien y changer.

Des agriculteurs et leurs tracteurs se sont rendus au pied de la Tour Eiffel ou encore sous l’Arc de Triomphe dès 3h30 du matin. Ils sont une centaine à avoir échappé au barrage policier pour entrer dans Paris. Une image forte, symbole d’un coup de force inédit.

« Il y a beaucoup de personnes qui n’ont plus rien à perdre », témoigne l’un d’eux. « Des mecs comme ça ont fait 600 km, 700, 800 km en tracteur. Il y en a qui ne le font même pas en voiture. Rendez-vous compte quand même de la situation. On est au bout, clairement au bout. »

« Ça fait deux ans qu’on manifeste, deux ans qu’on dit que l’agriculture va mal, deux ans qu’on dit que les agriculteurs sont en souffrance et rien ne se passe », explique un autre.

À 3 km de là, la colère éclate. « Les agriculteurs se suicident, Madame ! », lance l’un d’eux à la présidente de l’Assemblée nationale, Yaël Braun-Pivet, venue leur parler brièvement vers 11H00. Huée et insultée par certains dans la cohue réclamant sa « démission », elle a annoncé qu’elle recevrait plus tard les différentes organisations syndicales.

Ces agriculteurs protestent contre la gestion de l’épidémie de dermatose nodulaire, le faible cours du blé, mais ils dénoncent aussi le projet d’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, avec toujours les mêmes craintes. « On va avoir de la concurrence déloyale parce que tous les pays qui vont nous envoyer des produits n’ont pas les mêmes charges que nous », explique l’un d’eux. « On est capables de produire ce qu’on importe et de meilleure qualité », estime un autre.

Vers un vote de l’accord à la majorité qualifiée

Pour apaiser la crise agricole, l’Europe évoque l’augmentation du budget de la future politique agricole commune, des engrais moins chers et des règles plus strictes pour les importations ne respectant pas les mêmes normes. Mais rien n’est encore tranché.

Ces pistes ne font toujours pas passer la pilule de l’accord qu’Ursula von der Leyen prévoit de signer avec le Mercosur au Paraguay lundi prochain. Les ambassadeurs des 27 pays de l’UE doivent se prononcer ce vendredi sur le projet d’accord. La France devrait voter contre, quitte à être en minorité, selon le ministre des Relations avec le Parlement Laurent Panifous, mais la position française définitive sera donnée par le Premier ministre et le Président, selon la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon.

Outre la France, la Pologne, la Hongrie et l’Irlande ont déjà annoncé qu’ils voteront contre, mais cela ne devrait pas être suffisant pour empêcher son vote à la majorité qualifiée vendredi. Il suffira en effet de 55 % des États membres (au moins 15 sur 27), représentant au moins 65 % de la population totale de l’UE, pour que l’accord passe.

La Belgique, elle, n’a adopté sur ce dossier qu’une position d’abstention, les partis des différents gouvernements du pays n’étant pas d’accord entre eux, le parlement wallon ayant voté contre.

Le mouvement étendu à de nombreuses régions de France

Bertrand Venteau, président de la Coordination rurale, deuxième syndicat agricole français, a lui dénoncé sur la chaîne de télévision BFMTV un problème « français » avec des normes trop contraignantes et réitérant la proposition du syndicat, à la fois libéral, souverainiste et localement proche de l’extrême droite dans le Sud-Ouest, de supprimer les agences environnementales.

Le gouvernement « ne laissera pas faire » les actions des agriculteurs en région parisienne qui sont « illégales », a prévenu jeudi Maud Bregeon, sur la radio publique France Info. La préfecture de police avait interdit mercredi les manifestations autour de certaines zones sensibles notamment l’Élysée, Matignon, le Parlement, des ministères, ou le marché de Rungis. Certains convois sont bloqués autour de Paris et de nombreux tracteurs ont été mis en fourrière, selon une source proche du dossier.

Près de Bordeaux (Sud-Ouest), l’accès à un dépôt de carburant est bloqué depuis mercredi soir par une quarantaine d’engins agricoles de la Coordination rurale, a indiqué jeudi matin la préfecture. Une dizaine de blocages routiers ont été recensés, la moitié à Beaune (Centre) mais aussi sur des autoroutes et une zone de fret du Sud-Ouest. Des tracteurs de la CR tentent de bloquer l’accès à Rodez dans l’Aveyron.

Depuis l’hiver 2024, les agriculteurs demandent des simplifications administratives et un allègement des normes, notamment européennes, jugées trop contraignantes et propices à créer une concurrence déloyale.

Des actions aussi en Belgique

En Belgique, entre 150 et 200 tracteurs se sont rassemblés jeudi vers 11h00 à l’échangeur de l’A11 et de l’Aziëstraat, à Zeebruges (province de Flandre occidentale). Les agriculteurs bloquent partiellement cet axe d’accès majeur pour le trafic de marchandises en direction du port. Ils comptent rester sur les lieux jusqu’à ce soir. Ce sera alors au tour des agriculteurs wallons de bloquer des échangeurs autoroutiers en Wallonie à partir de 20h00 et toute la journée de demain.

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