Partager:
On pensait logiquement que la première crise que devrait affronter le gouvernement Lecornu, viendrait de l’extérieur. Elle est arrivée de l’intérieur.
Hier, autour de 20 heures, selon un rituel classique, le secrétaire général de la présidence a annoncé depuis l’Élysée la composition du gouvernement. Une liste de 18 ministres avant la nomination des secrétaires d’État dans quelques jours. Rien de surprenant dans la nouvelle équipe, qui ressemble beaucoup à l’ancienne. Une grosse dizaine sont reconduits (Retailleau, Darmanin, Valls, Borne, Dati…), il y a des revenants (Le Maire, Lescure, Woerth), et deux nouveaux : Naïma Moutchou et Mathieu Lefèvre, complètement inconnus du grand public.
Dès l’annonce, l’opposition s’en est donné à cœur joie, sur le thème de « tout ça pour ça ». C’est vrai qu’après 27 jours de consultation, la quasi reproduction de l’équipe Bayrou a de quoi décevoir. C’est à se demander si le Premier ministre n’a pas voulu éviter de perdre du temps avec les passations de pouvoirs.
Immédiatement, la gauche mais aussi le Rassemblement national ont annoncé qu’ils allaient voter une motion de censure après la déclaration de politique générale mardi. Jusque-là rien d’étonnant, le Premier ministre était prêt à affronter l’orage, persuadé qu’il arriverait à éviter la censure en proposant quelques réformes. Et puis patatras ! À 21h20, le ministre de l’intérieur, Bruno Retailleau, a menacé de claquer la porte, et comme il est aussi le patron de son parti, les Républicains, cette démission entraînerait forcément, un éclatement de la coalition. Le nombre de députés soutenant le gouvernement passerait de 210 à 160, sur 577, ça ne fait pas beaucoup pour diriger la France.
Premier conseil des ministres ce lundi
Alors pourquoi cette crise de nerfs ? Parce que Bruno Retailleau estime que le chef du gouvernement lui a caché la nomination de certains ministres, et surtout le retour d’un poids lourd, Bruno Lemaire, nommé ministre des Armées. Or, les Républicains détestent Lemaire pour deux raisons. D’abord, il les a abandonnés pour rejoindre Macron en 2017, et ensuite, il a été longtemps ministre de l’économie et des finances, la droite lui reproche aussi l’état actuel de la dette française. Bruno Retailleau a donc annoncé qu’il « convoquerait ce matin le comité stratégique des Républicains » pour décider de leur maintien au gouvernement. Quelques portefeuilles supplémentaires pourraient peut-être calmer leurs ardeurs, les secrétaires d’État, c’est fait pour ça. En attendant, Emmanuel Macron présidera à 16 heures le premier conseil des ministres du nouveau gouvernement… Un premier qui pourrait être le dernier !


















