Partager:
Nous sommes au sud de la Cisjordanie en territoire palestinien, mais un drapeau israélien nous dit le contraire. Au côté de notre traducteur, nous pénétrons dans un périmètre sensible déclaré zone de tir militaire depuis les années 80. Une classification qui permet aux autorités israéliennes d’imposer leur loi aux communautés locales.
La situation est très dangereuse
Nous rencontrons Khaled Hamendi, qui observe son ami cultivateur et les alentours. Ce berger palestinien craint pour sa sécurité. « La situation est très dangereuse. Si les soldats viennent maintenant, ils peuvent arrêter n’importe qui sans raison ».
Khaled assure que trois personnes ont été emmenées il y a quelques jours et plus personne ne les a revues. Ce berger habite à Al-Mofagara, un village entouré de barbelés. « Les colons viennent ici à moto pour nous attaquer. Nous mettons ces barbelés pour protéger nos familles et éviter qu’ils blessent nos enfants ».
Comme Khaled, une tribu de Bédouins vit dans abris provisoires ou des grottes. Vu que les constructions sont interdites par l’armée, il faut vivre sous terre. « Cette grotte a été creusée par mon grand-père. Je suis né dans cet abri où je vis toujours. La nuit, à partir d’une heure du matin, les colons nous prennent pour cibles, alors on se réfugie sous terre ».
À 48 ans, Khaled est un berger fatigué qui ne peut plus sortir ses bêtes car ses pâturages sont confisqués par des colons armés. À défaut d’herbe, ses chèvres lèchent des blocs de sel et les plus fragiles ne survivent pas. « Ce chevreau va mourir car sa mère ne peut le nourrir et il est gravement malade », déplore le Palestinien.
Il y a en moyenne deux attaques de colons par semaine
Khaled et les villageois vivent dans la peur. À l’heure du thé, le véhicule d’un colon nous observe. Le berger montre une vidéo prise dans un village voisin avec un extrémiste armé. Une forme courante d’intimidation. « Lorsque l’on appelle la police israélienne pour dire qu’un colon fait manger son troupeau sur nos terres, elle refuse d’intervenir. Les policiers nous disent qu’ils ne se déplacent que si un colon pénètre à l’intérieur de notre maison. Et si on insiste, ils s’énervent et nous avertissent que, si on rappelle, nous irons en prison », assure-t-il.
Le berger s’interroge sur l’avenir des enfants de son village. Ce jour-là, nous croisons également une équipe médicale du Croissant rouge. Depuis deux mois, elle assure des soins réguliers et intervient dans les cas d’urgence. « Il y a en moyenne deux attaques de colons par semaine dans cette agglomération. Nous intervenons pour soigner les blessés, parfois des enfants et nous apportons aussi des médicaments pour les femmes enceintes ainsi que de l’aide psychologique », explique Omar Shrouf, médecin.
Selon une ONG israélienne des droits humains, 94 % des enquêtes de police sur les violences commises par les colons se terminent sans condamnation.


















