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Depuis le 28 décembre, l’Iran est secoué par un mouvement de contestation baptisé « la révolte des bazars ». Ce soulèvement a débuté à Téhéran, déclenché par la colère des commerçants face à une inflation vertigineuse dépassant les 40 % et à l’effondrement de la monnaie locale. Ce type de manifestation n’est pas inédit dans le pays, où la population exprime régulièrement son mécontentement.
« C’est assez courant dans le pays, et tous les 2/3 ans on voit arriver de grandes révoltes nationales ou régionales. », détaille Jonathan Piron, historien et spécialiste de l’Iran du centre de recherche Etopia. Souvenons-nous du mouvement « Femme, Vie, Liberté », né de la mort tragique de Mahsa Amini. Mais cette fois-ci, la population exprime une colère plus généralisée et un désespoir profond, formulant une revendication claire : un changement de régime. Cependant, l’opposition à ce régime est fragmentée, rendant difficile l’émergence d’un leadership unifié.
Une femme et un homme
Deux principaux courants incarnent cette opposition. Les monarchistes, dirigés par Reza Pahlavi, fils du dernier chah d’Iran, basé aux États-Unis, prônent un changement démocratique. Cependant, son image reste associée à l’autoritarisme de l’ancien régime de son père. En parallèle, les moudjahidines du peuple, sous la direction de Maryam Radjavi et établis à Paris, envisagent un Iran moderne. Leur mouvement est néanmoins controversé, notamment en raison de leur passé de soutien à l’Irak de Saddam Hussein.
À l’intérieur du pays, d’autres formes de résistance existent, mais elles sont dispersées. « C’est une diaspora très éclatée, avec des historiques très différents, avec des revendications différentes. Ce qui explique des contestations autour du leadership que voudrait incarner Reza Pahlavi », explique Jonathan Piron. « Il existe des formes d’opposition à l’intérieur du pays, mais avec des mouvements disséminés, pas de plateforme commune, un leadership commun ce qui empêche les manifestants d’enclencher une bascule », poursuit-il.
Un black-out médiatique
Dans ce contexte, la situation sur le terrain reste particulièrement floue. Depuis plusieurs jours, les connexions Internet sont coupées et les journalistes indépendants ne peuvent pas accéder à des informations vérifiables. « Depuis plusieurs jours, les communications sont coupées, ce qui laisse craindre une répression féroce », rapporte l’expert. La désinformation est omniprésente, alimentée à la fois par la propagande du régime et par des acteurs extérieurs poursuivant leurs propres intérêts.

















