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Le traumatisme est immense en Australie. Dimanche dernier, la plage de Bondi Beach est devenue le théâtre d’une tuerie de masse, la pire du pays depuis 30 ans. Si les assaillants, un père de 50 ans et son fils, n’ont pas reçu d’ordres directs de la hiérarchie de l’État islamique (EI), les autorités estiment qu’ils ont agi au nom de son idéologie. Mais comment un groupe, dont le territoire a été éradiqué il y a cinq ans, peut-il encore susciter de tels actes ?
Pour Lorenzo Vidino, directeur du programme sur l’extrémisme à l’Université George Washington, la notion d’attaque « inspirée » est cruciale. Elle diffère des attentats planifiés comme au Bataclan en France, par exemple. « De manière générale, une attaque inspirée par l’EI signifie que le ou les individus qui l’ont perpétrée ont été influencés par la propagande de l’EI, se sont identifiés à l’organisation, à sa mission, à ses objectifs, souvent à ses tactiques, et ont décidé de mener l’attaque pour servir les intérêts de l’organisation. Généralement, cela signifie qu’ils n’avaient pas de lien direct avec le groupe. Ils n’étaient pas dirigés opérationnellement par lui, mais ont simplement suivi son idéologie, ses principes et ses ordres généraux de mener des attaques sans avoir de véritable lien direct avec lui », explique-t-il.
Ils prêtent allégeance à l’organisation avec leur téléphone
L’expert souligne que l’allégeance se fait souvent de manière isolée : « Il n’est pas rare que des sympathisants de l’EI s’enregistrent sur leur téléphone, par exemple, et prêtent allégeance à l’organisation. » Cela suffit pour lier symboliquement l’acte au groupe.
Dans le cas de Sydney, le parcours des suspects aux Philippines juste avant l’attaque intrigue les enquêteurs, suggérant que si le lien hiérarchique est absent, des réseaux de soutien internationaux, en ligne ou hors ligne, restent très actifs. L’idéologie voyage désormais plus vite que les ordres, créant une menace diffuse et difficilement prévisible.
Une organisation qui a muté
Historiquement, l’État islamique a pris racine dans l’Irak post-invasion de 2003, avant de devenir une franchise d’Al-Qaïda puis de s’en détacher pour fonder son propre territoire en 2014.
À son apogée, le groupe contrôlait une zone vaste comme la France. Si ce sanctuaire géographique s’est évaporé sous les coups des coalitions internationales, l’organisation n’est pas morte. Elle a muté. Selon Lorenzo Vidino, nous faisons face à un « Califat virtuel toujours très actif ».
L’EI conserve une présence physique « dans son fief » en Syrie et en Irak – où trois soldats américains ont récemment péri dans une embuscade – ainsi qu’en Afghanistan avec sa branche ISIS-K. Mais c’est sur internet que la présence de l’EI est la plus forte. « Ses organes de propagande produisent des messages très populaires dans certains milieux internet », précise l’expert.
Une propagande décentralisée
Plus inquiétant encore, cette propagande est devenue diffuse, « permettant à des sympathisants de l’EI – surnommés ‘fanboys – de produire leur propre propagande inspirée par l’organisation et de la diffuser sur diverses plateformes. Ainsi, même si le califat autoproclamé est mort en Syrie et en Irak, ce que l’on appelle le ‘califat virtuel’ est toujours bien actif. »
Cela rend donc les messages accessibles à n’importe quel individu radicalisable en Occident.
La force du groupe ne réside plus dans ses frontières, mais dans sa capacité à rester une marque virale. De Moscou à Vienne, en passant par Sydney, la stratégie de l’EI repose désormais sur cette dualité : des cellules dormantes dans ses bastions historiques et une force d’attraction numérique capable de transformer n’importe quel individu radicalisé en soldat de leur cause.


















