Partager:
Depuis l’attentat de New York le 31 octobre 2017, Halloween est un jour que Marion Van Reeth, 62 ans, préfère éviter. L’Anversoise a perdu ses jambes lorsqu’un terroriste a foncé sur des piétons et cyclistes. Huit ans plus tard, elle retourne sur le lieu où sa vie et celle de sa famille ont été bouleversées. « Je veux revoir le médecin qui m’a sauvé la vie », confie-t-elle.
« En général, ça va, mais octobre reste un mois difficile, surtout autour de la date de l’attaque », explique Marion, d’une voix calme et chaleureuse. « Je viens de marcher deux heures avec mes prothèses, comme chaque jour, et ça fait du bien. » Elle aimerait les porter toute la journée, mais une lésion de la moelle épinière limite son équilibre et rend impossible de garder les prothèses plus longtemps.
Alors qu’elle prépare ses affaires avec son mari, Aristide Melissas, 54 ans, et confie leur chien d’assistance à une garderie, Marion se prépare à un retour chargé d’émotions : celui à New York, le jour exact où leur famille a survécu à l’attaque.
« New York, jamais plus »
Le 31 octobre 2017, la famille était à New York pour le « sweet sixteen » de leur fils Daryl et de leur neveu Timothy. Quelques secondes après une dernière photo de leur balade à vélo le long de l’Hudson River, un terroriste a foncé dans la foule. Marion a perdu ses deux jambes, Aristide a été grièvement blessé à la tête, et leur fils Daryl a souffert d’une hémorragie cérébrale. Une jeune mère belge, Ann-Laure Decadt, est décédée, ainsi que sept autres personnes.
« Je ne me souviens de rien de l’attaque, j’étais immédiatement dans le coma », raconte Marion. À son réveil deux semaines plus tard, sa famille lui apprend que ses jambes ont été amputées. « Au moins, ce n’étaient pas celles de mes enfants », souligne-t-elle. Pour Aristide, qui a assisté à l’attaque, la date reste encore plus émotionnelle. « Il revit sans cesse les images dans sa tête, ça reste très difficile pour lui. »
Nous pouvons enfin le supporter
Pendant des années, la famille a refusé de participer aux commémorations annuelles. « On recevait une invitation du FBI pour une marche, mais j’ai toujours dit : ‘New York, jamais plus’. On n’en avait pas besoin, surtout en pleine rééducation », explique Marion. Aujourd’hui, avec le procès terminé et le terroriste condamné à perpétuité, le moment semble plus approprié. « Nous pouvons enfin le supporter. »
Regarder dans les yeux
En 2023, la famille est déjà retournée à New York pour le procès. « C’était spécial. On réalise alors vraiment l’ampleur du drame et la chance qu’ont eue ceux qui ont survécu », se souvient Marion. Elle a même confronté le terroriste pendant le procès : « Je voulais le regarder droit dans les yeux. Je ne peux pas accepter qu’il pense avoir eu raison. »
Cette fois, ils ont été sur place le 31 octobre à 15h04, au pied du lieu de l’attaque où une photo et une plaque commémorative ont été installées. « Ce sera très émouvant. Je penserai à Ann-Laure, aux deux Américains et aux cinq amis argentins qui ont perdu la vie », dit-elle. « Certaines familles n’ont même pas les moyens de venir. Je veux leur rendre hommage. »
Rester positive
À l’hôpital Bellevue, sa vie a tenu à un fil. Trois fois, les médecins ont prédit qu’elle ne survivrait pas. Mais elle s’est battue et a passé 42 jours à l’hôpital. « Je reviens aussi pour revoir le médecin qui m’a sauvée. Même si c’est lui qui a amputé mes jambes, je le considère comme un sauveur », explique Marion. Elle espère également revoir le policier qui l’a conduite à l’ambulance après l’attaque. « Il sait que je suis vivante, et c’est spécial pour lui aussi. »
Aujourd’hui, Marion reste positive. Elle marche quotidiennement, conduit sa voiture et travaille à temps partiel comme marketing manager chez Brussels Airlines. « Les contacts sociaux sont essentiels. Voir des amis, travailler, penser à autre chose… ça aide à avancer », confie-t-elle.
Un autre soutien important est l’organisation « Together Stronger », qui réunit des victimes d’attentats autour d’événements sportifs. Le 13 juillet, Marion et Aristide ont escaladé le Mont-Dore en France avec 85 participants de quatre continents. « Nous avons créé un lien très fort, presque familial. Cela nous donne de l’énergie positive et nous voulons continuer à nous engager », conclut Marion.
« Garder espoir »
Pour Aristide Melissas, autre victime belge de ces attentats, c’est également un moment particulier. « C’est très important de commémorer et de venir. Cela nous aide parce que ça nous permet, nous et toutes les autres victimes d’actes terroristes, de mesurer à quel point nous arrivons à quand même se relever et à nous sortir de nos puits. Nos puits qui peuvent être très profonds et où il n’est pas toujours facile de trouver les bonnes cordes afin d’en sortir. Cela nous permet, de nous reconstruire et il faut que l’on continue toutes ces commémorations et ça nous permet aussi de garder espoir et ça c’est très important », raconte Aristide.


















