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Procès des bourreaux présumés de Valentin: pourquoi Killian Wilmet riait-il lorsqu'il parlait des sévices à ses amis?

La cour d'assises de Liège a débuté l'audition jeudi matin de la juge d'instruction et des enquêteurs qui étaient en charge de l'enquête sur la disparition et l'assassinat de Valentin Vermeesch. Le jeune homme a été tué dans la nuit du 26 au 27 mars 2017. Un enquêteur a mis en évidence que la victime avait déjà été agressée en février 2016, notamment par Alexandre Hart, l'un des accusés dans ce procès.

Les enquêteurs ont également que le 15 avril, le lendemain de la découverte du corps, plusieurs jeunes s'étaient présentés à la police, expliquant que Killian Wilmet leur avait montré des vidéos de sévices infligés à Valentin.


Les révélations de deux jeunes à la police

Les enquêteurs apprennent alors que Killian Wilmet, 16 ans à l'époque, avait évoqué les faits dès le lendemain de l'assassinat, soit le 27 mars. Les jeunes expliquent ne pas s'être présentés plus tôt car ils n'avaient pas cru le récit de Killian Wilmet et n'avaient pas saisi la gravité des actes commis. Ce n'est qu'une fois le corps de Valentin retrouvé et son décès confirmé, qu'ils ont décidé de se confier.

Killian Wilmet © Belga
 

Il ressort de ces auditions le nom d'un ou plusieurs suspects: Killian Wilmet, Alexandre Hart et Belinda Donnay. Le nom de Dorian Daniels apparaîtra plus tard.

Un jeune explique que les faits auraient été commis parce que Valentin aurait dénoncé Alexandre Hart, selon ce que lui a raconté Killian Wilmet. "Alexandre aurait pété une case, Valentin l'aurait dénoncé", témoigne un des jeunes.

Killian aurait dit à un autre de ses amis qu'il avait "fait une grosse connerie et que quelqu'un avait été jeté dans la Meuse".

Les faits étaient parfois racontés par l'accusé en riant. "Ce n'était pas un rire comique, c'était un rire nerveux", a souligné le jeune devant la cour d'assises. Il est désormais âgé de 18 ans, mais était mineur d'âge au moment des faits.


Contradictions dans les explications de Killian Wilmet

Il ressort également des auditions des jeunes que l'un d'eux avait conseillé à Killian de se rendre à la police tandis que l'accusé aurait dit à un autre de se taire. Or, lors de son interrogatoire, Killian Wilmet avait affirmé à la cour d'assises qu'il avait montré les vidéos des sévices infligés à Valentin pour "appeler à l'aide". Son but était, affirme-t-il, qu'on lui dise de se rendre ou qu'on le dénonce.

L'avocate générale s'est dès lors étonnée des auditions des jeunes qui contredisent cette version. Interrogé, Killian a expliqué ne pas s'être rendu à la police parce qu'il "avait peur".

© Belga
 

Ce que les parents de Valentin ont expliqué aux enquêteurs

Après la découverte du corps, les parents de Valentin avaient également été entendus par la police. La mère de la victime avait expliqué que même si Valentin logeait régulièrement chez ses grands-parents maternels, il donnait toujours de ses nouvelles. Elle indique que son fils buvait de l'alcool et fumait des joints. Le père de Valentin raconte lui qu'une de ses connaissances l'a informé de l'implication de Dorian Daniels et d'Alexandre Hart. Cette connaissance aurait obtenu ces informations de Dorian, qui lui aurait avoué avoir frappé Valentin avec Alexandre. Dorian aurait également dit à cet homme qu'Alexandre avait poussé Valentin à l'eau.


Valentin avait déjà été agressé en 2016

En février 2016, Valentin avait porté plainte pour vol avec violences. Le week-end du 8 et 9 février 2016, alors qu'il était avec Philippe Cornelis et Alexandre Hart, ces deux derniers l'avaient menotté. Le premier aurait frappé Valentin Vermeesch et lui aurait tiré dessus avec un fusil à air, qui lançait des projectiles en plastique. Alexandre Hart aurait libéré Valentin de ses liens.


Alexandre Hart © Belga
 

Un baffle, un GSM et une casquette lui ont été volés, des effets "qui ont tous été rendus" à la victime, a affirmé Alexandre Hart.

Valentin avait finalement retiré sa plainte, assurant qu'ils étaient tous redevenus amis. L'enquêteur souligne qu'il est difficile de déterminer ce qu'il s'est passé mais que "Valentin a bien été frappé, volé et certainement moqué, voire humilié".

Un garçon (...) qui éprouve parfois des difficultés à situer qui lui veut du bien et qui lui veut du mal

Dans le cadre de ce procès, des chefs d'accusation de traitement inhumain et de séquestration ont aussi été retenus à l'encontre d'Alexandre Hart pour ces faits de 2016. Des faits "interpellants" selon l'enquêteur, qui révèlent également la personnalité de la victime, "un garçon (...) qui éprouve parfois des difficultés à situer qui lui veut du bien et qui lui veut du mal. Il revient vers des gens qui ne lui veulent pas du bien", a-t-il déclaré. Il se base sur l'enquête de personnalité effectuée dans le cadre de l'assassinat du jeune de 18 ans, qui souffrait d'un léger handicap mental.

Ces événements de 2016 étaient connus de Dorian Daniels et Belinda Donnay, ont affirmé les deux accusés.

"Ce n'est pas anodin", a souligné Me Alexandre Wilmotte, qui représente les parties civiles.


Les vidéos des sévices seront diffusées à huis clos

La cour d'assises de Liège a ordonné jeudi matin, dans le cadre du procès de l'assassinat de Valentin Vermeesch, le huis clos pour le visionnage prévu dans l'après-midi des vidéos sur lesquelles on voit la victime subir les sévices infligés par les cinq accusés. Les bourreaux de Valentin, 18 ans et assassiné en mars 2017, avaient en effet filmé une partie des sévices qu'ils avaient infligé au jeune homme.

La cour d'assises a ainsi accédé à une demande émise mercredi par Me Alexandre Wilmotte, avocat des parties civiles, afin de préserver la mémoire de Valentin. L'avocate générale avait également estimé qu'il serait "inopportun d'infliger une humiliation post-mortem à Valentin". Lors de la diffusion des vidéos, qui avaient été retrouvées sur la tablette de Killian Wilmet, le plus jeune accusé, le public et la presse devront sortir de la salle d'audiences. Alexandre Hart (21 ans), Belinda Donnay (22 ans), Dorian Daniels (22 ans), Loïck Masson (23 ans) et Killian Wilmet (18 ans, 16 ans au moment des faits) sont accusés d'assassinat, torture, traitement inhumain, viol, attentat à la pudeur, séquestration et menaces de mort, et coups et blessures sur la personne de Valentin Vermeesch. Les cinq Hutois avaient infligé une série de sévices à Valentin Vermeesch dans la nuit du 26 au 27 mars 2017 avant de le jeter dans la Meuse, les mains attachées dans le dos.

RAPPEL DES FAITS

Valentin Vermeesch, un Hutois âgé de 18 ans souffrant de handicap mental, avait été tué la nuit du 26 au 27 mars 2017 à Wanze, lors d'une très longue scène de violences et de tortures avant d'être précipité dans la Meuse, où il s'était noyé. Son cadavre avait été retrouvé le 14 avril, les mains menottées dans le dos et un essuie de vaisselle noué autour du cou. L'enquête avait mené à plusieurs de ses connaissances à Huy.

La veille des faits, en soirée, il avait été invité dans un appartement du quartier de Statte, où il avait subi des gages et des moqueries. La scène avait ensuite dégénéré et, dans une dynamique de groupe, les cinq accusés lui avaient porté des coups et infligé des tortures. Le dossier évoque des scènes de sévices sexuels, des traitements inhumains et dégradants et des faits de coups puissants. Valentin Vermeesch avait aussi été menotté dans le dos. Après plusieurs heures de violences, les bourreaux de Valentin lui avaient fait croire qu'il pouvait s'échapper. Mais ils l'avaient rattrapé avant de l'attacher à une barrière et de lui imposer de nouvelles tortures. Finalement, il avait été jeté vivant à l'eau pour que les jeunes se débarrassent de lui et qu'il ne les dénonce pas. Les agresseurs avaient de plus filmé le calvaire subi par le jeune homme. La tablette numérique du plus jeune d'entre eux, âgé de 16 ans, contenait les images des sévices. Quatre accusés étaient majeurs au moment des faits. Un cinquième était mineur d'âge mais le juge de la jeunesse a prononcé un dessaisissement pour le renvoyer devant la cour d'assises de Liège.

L'avocate générale Pascale Schils soutiendra à l'encontre des cinq accusés des chefs d'assassinat, de torture, de traitements inhumains, de viol, d'attentat à la pudeur, de séquestration et de menaces de mort et de coups sur une personne dont la situation de vulnérabilité était connue des auteurs des faits.

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