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Déterrer le corps d’une fillette dans une forêt, récupérer les restes d’un suicidé percuté par un train, retrouver des victimes sous les décombres d’un immeuble effondré ou identifier plus de cent corps après un crash d’avion : tel est le quotidien du Disaster Victim Identification (DVI). « Faire parler les morts pour protéger les vivants » est bien plus qu’une devise pour ces experts de l’identification des victimes. Il s’agit d’une mission humanitaire, essentielle pour les familles plongées dans l’attente et la douleur.
Le travail du DVI commence par une double approche : le contact avec les proches pour récolter des données (photos, descriptions physiques, objets personnels…) et l’analyse post-mortem des victimes. L’objectif est de croiser les informations jusqu’à obtenir des éléments concordants permettant d’identifier formellement les corps.
Invitée ce mercredi 26 novembre dans l’émission « Ils mériteraient d’être dans le journal » sur bel RTL, Patricia Vanderlinden est venue présenter son livre Donner un nom aux morts. Elle y retrace plusieurs missions marquantes, dont celle menée après le crash du vol MH17 de la Malaysia Airlines.
Vol MH17 : une mission internationale hors normes
Le 17 juillet 2014, le vol MH17 de Malaysia Airlines, reliant Amsterdam à Kuala Lumpur, est abattu en plein vol alors qu’il survole l’Est de l’Ukraine. Les 298 personnes à bord périssent. Patricia Vanderlinden, première inspectrice principale au sein du DVI de la police fédérale belge, est appelée en renfort. Sa mission : participer à l’identification des victimes dans un contexte de guerre et de chaos.
« On a dû ouvrir 230 cercueils, mais ce n’était pas 230 corps. Dans certains cercueils, il n’y avait que des fragments humains, dans d’autres, un adulte et un enfant », confie-t-elle à Benjamin Maréchal. L’opération se déroule dans la base militaire d’Hilversum, aux Pays-Bas, choisie pour des raisons de sécurité. Les cercueils y sont rapatriés depuis la zone de crash, où les moyens logistiques sont limités.
Face à l’ampleur de la tâche, les équipes internationales mettent en place une véritable chaîne d’identification. « Chaque pays avait sa propre ligne. À la première table, on prenait les empreintes. À la deuxième, on décrivait le corps et les vêtements. Ensuite venaient les médecins légistes pour les prélèvements ADN. Enfin, les dentistes entraient en scène », détaille Patricia Vanderlinden.
La Belgique, elle, se voit attribuer l’étape du tri. « Nous devions ouvrir les cercueils, sortir les corps des sacs mortuaires, souvent en état de décomposition avancée après plus d’une semaine au soleil », explique-t-elle. L’odeur est insoutenable, les conditions sanitaires très précaires.
Travailler sous menace chimique
Très vite, les équipes découvrent un autre danger : des substances chimiques hautement toxiques, libérées par les débris de l’appareil et les corps en décomposition. « Il y avait de l’hydrazine, utilisée dans les missiles, et du formaldéhyde. On a dû évacuer le hangar dès le premier jour », raconte Patricia Vanderlinden. La suite de l’intervention se fera sous masques chimiques pendant deux semaines.
Le travail peut sembler mécanique, mais il ne l’est jamais vraiment. « Les sacs mortuaires sont remplis de fluides, de décomposition et d’asticots. On utilise un aspirateur professionnel pour aspirer tous les asticots, les milliers d’asticots qui se trouvent dans ce sac mortuaire », explique Patricia Vanderlinden. « Mais ce qui nous accroche surtout à faire notre travail le mieux et le plus correctement possible, ce sont les familles derrière. Chez nous, on dit aux collègues : tu dois essayer de travailler comme tu aimerais qu’on travaille pour toi, si tu étais dans le même cas. Voilà. C’est le mot d’ordre. »
Retrouvez l’émission de Benjamin Maréchal, « Ils mériteraient d’être dans le journal », en streaming sur RTL play et du lundi au vendredi, de 8h30 à 10h, en direct sur bel RTL.


















