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On évoque souvent Saint-Valentin sans toujours savoir qui il était réellement. En réalité, trois saints portent ce nom. Mais celui que l’histoire a retenu serait un prêtre romain du IIIᵉ siècle, exécuté le 14 février 270 sur ordre de l’empereur Claude II le Gothique.
À cette époque, l’empereur aurait interdit les mariages, estimant qu’un soldat marié combattait moins efficacement. Valentin, lui, continuait de célébrer des unions chrétiennes en secret. Un acte de défiance qu’il aurait payé de sa vie. « C’est l’un des rares saints morts pour avoir défendu l’amour conjugal », rappelle Thomas de Bergeyck, spécialiste des monarchies
Une légende romantique née en prison
Si l’histoire est marquée par la violence d’une exécution, la légende, elle, apporte une touche plus douce. Selon la tradition, Valentin aurait rendu la vue à Julia, la fille de son geôlier, alors qu’il était emprisonné.
La veille de sa mort, il lui aurait adressé un mot signé « de ton Valentin ». Pour beaucoup, il s’agirait là de la toute première carte d’amour de l’histoire.
« Saint-Valentin va devenir l’icône de l’amour au Vᵉ siècle », explique Thomas de Bergeyck. À cette époque, l’Église cherche à christianiser certaines célébrations païennes, notamment les Lupercales, une fête de la fécondité jugée violente.
« L’Église voulait remplacer quelque chose de très sanglant et agressif par quelque chose de plus doux », précise le spécialiste des monarchies. Peu à peu, la figure du martyr romain s’impose comme un symbole d’amour et de tendresse, bien loin des rites anciens.
Une fête d’abord aristocratique
C’est au Moyen Âge que la Saint-Valentin change véritablement de dimension. La date du 14 février s’impose progressivement dans les cours royales européennes, notamment en Angleterre et en France, comme un moment dédié à l’amour… et à la descendance. « Elles veulent une fête pour célébrer l’amour et la reproduction », explique Thomas de Bergeyck. « Parce qu’il faut quand même se souvenir que sans héritier, point de pouvoir. Et ça vaut encore aujourd’hui dans nos dynasties. »
Dans l’imaginaire médiéval, le 14 février correspondrait au début de la saison des amours chez les oiseaux. Une croyance qui inspire les élites : si les oiseaux choisissent leur partenaire ce jour-là, pourquoi pas les humains ?
Dans les cercles aristocratiques, on tire alors au sort son Valentin ou sa Valentine pour l’année à venir. Les châteaux voient circuler billets doux, poèmes et rubans, tandis que les troubadours chantent l’amour courtois. Bien avant les vitrines des fleuristes, la Saint-Valentin est d’abord une affaire de palais.
Une tradition popularisée au XIXᵉ siècle
Il faut attendre le XIXᵉ siècle pour que la Saint-Valentin se démocratise véritablement. Grâce à l’essor de l’imprimerie, les cartes illustrées se diffusent largement et les présents deviennent une habitude. Peu à peu, la célébration sort des palais pour s’installer dans les foyers.
Souvent perçue aujourd’hui comme une fête commerciale, elle repose pourtant sur un héritage bien plus ancien. « C’est une fête née dans les palais, nourrie par la poésie, recyclée par l’Église et adoucie avec le temps. C’est un mélange très européen, très royal », résume Thomas de Bergeyck. Avant de conclure : « Aujourd’hui, on célèbre l’idée que l’amour mérite d’être honoré, d’être protégé aussi, parfois même défendu, au risque de tout perdre. »
L’histoire royale de Thomas de Bergeyck est à retrouver chaque samedi sur bel RTL, et en podcast à tout moment.















