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Jeudi, l’entraîneur de Portland Chauncey Billups, le joueur de Miami Terry Rozier et l’ancien joueur Damon Jones ont été arrêtés dans le cadre d’une vaste enquête sur un réseau de parieurs qui utilisait des informations de première main venant de l’intérieur des vestiaires, ou incitait des joueurs à feindre des blessures pour influencer leurs statistiques.
En tout, 34 personnes ont été arrêtées à l’issue d’une enquête menée pendant plusieurs années dans onze États américains, ce qui aurait permis de révéler une fraude portant sur plusieurs dizaines de millions de dollars, selon le FBI.
Vendredi, le patron de la NBA, Adam Silver, s’est dit « profondément perturbé » par le scandale. « Il n’y a rien de plus important pour la ligue et les fans que l’intégrité de la compétition », a-t-il assuré.
Rozier suspecté d’avoir feint une blessure

Terry Rozier est suspecté d’avoir feint une blessure au profit de parieurs lorsqu’il était aux Charlotte Hornets. Il a été libéré sous caution jeudi après avoir mis en gage sa maison en Floride, d’une valeur de six millions de dollars. Il a également dû remettre son passeport. Il a nié toute mauvaise conduite et a dit n’avoir « pas peur de se battre », par l’intermédiaire de son avocat.
L’an passé, la NBA avait suspendu à vie un joueur, Jontay Porter, membre du même réseau que celui visé par ce coup de filet. Mais elle avait par contre blanchi Terry Rozier, finalement arrêté jeudi et inculpé. « Nous n’avions rien trouvé malgré les paris anormaux signalés par des entreprises de paris. Terry avait coopéré avec nous, donné son téléphone, répondu à nos questions, mais nous avions conclu à une insuffisance de preuves il y a près de deux ans », a encore expliqué Adam Silver. « Nous avons ensuite coopéré pleinement avec les forces de l’ordre. La justice a un pouvoir d’assignation à comparaître, peut menacer de peines de prison, toutes ces choses que nous ne pouvons pas faire », a-t-il toutefois souligné.
Terry Rozier a été suspendu par le Miami Heat, mais il a reçu le « soutien total » de son équipe après cette inculpation. « En tant qu’équipe, nous sommes là pour lui, soutien total », a déclaré le capitaine du Miami Heat Bam Adebayo avant le match de Miami à Memphis. « On prie pour lui, on continue de l’encourager et on veut gagner des matches pour passer à autre chose. » L’entraîneur de Miami, Erik Spoelstra, n’a pas commenté l’affaire mais a tenu à dire que Rozier était « une personne qui compte beaucoup » pour les membres du Heat.
Parties de poker truquées par la mafia sicilienne pour Billups

Chauncey Billups, l’entraîneur du belge Toumani Camara à Portland, a été libéré sous caution jeudi après son arrestation. Il a pu quitter la prison après avoir comparu devant un juge à Portland. L’ancien joueur, intronisé par la NBA au Hall of Fame, s’est vu imposer des restrictions de voyage par le juge et a dû remettre son passeport. Il a aussi été suspendu par Portland.
Il est soupçonné de participation à un réseau national de parties de poker truquées lié à la mafia sicilienne Cosa Nostra.
Des informations sur la santé de LeBron James pour Jones
Une autre personne impliquée est l’ancien joueur des Miami Heat et entraîneur adjoint de Cleveland Damon Jones. Il aurait divulgué des informations confidentielles à propos de l’état de santé de la star LeBron James, selon les déclarations d’une source proche du joueur à ESPN.

Possible depuis l’ouverture de la NBA aux paris sportifs
La NBA s’est ouverte au secteur du jeu à la recherche de profit, contribuant à créer un environnement dans lequel joueurs et entraîneurs sont particulièrement « exposés », analyse pour l’AFP Luke Clark, docteur en psychologie. « Ces derniers développements ne me surprennent pas », indique M. Clark, directeur du centre de recherche autour des jeux d’argent à l’Université de Colombie-Britannique de Vancouver, vu « la croissance des connexions entre sports et paris » des dernières années.
Après avoir longtemps combattu les paris sportifs, la NBA s’est muée en lobbyiste pour la libéralisation du secteur, notamment par la voix de son commissionnaire Adam Silver, auteur d’une tribune en faveur de la « légalisation » en 2014. Majoritairement interdits depuis 1992 (sauf dans quatre États, Nevada, Oregon, Delaware et Montana), les paris sportifs ont été libéralisés en 2018 aux États-Unis suite à une décision de la Cour suprême qui avait jugé cette loi anticonstitutionnelle. Le Canada a, de son côté, légalisé les paris sportifs en 2021. La ligue a pleinement embrassé cette nouvelle opportunité de business, signant des partenariats avec plusieurs sociétés d’un secteur qui a amassé 13,7 milliards de dollars l’an passé aux États-Unis selon son syndicat.
Un écosystème devenu en très peu de temps saturé par les opportunités de paris
M. Clark évoque la « normalisation des paris dans le milieu du sport », favorisée par les smartphones et la puissance de multinationales du jeu. « On pense à la façon dont les paris affectent les fans. Ce dernier scandale NBA met la lumière sur les sportifs et les coaches, qui ont été négligés pendant cette période de normalisation », note le chercheur.
« Ils évoluent dans un écosystème devenu en très peu de temps saturé par les opportunités de paris. Équipes et ligues signent des partenariats avec des firmes de paris, qui sponsorisent aussi des joueurs. Les cotes sont commentées dans les émissions de sport à la télévision. La recherche montre que les sportifs de tout niveau ont un risque élevé d’addiction aux paris. Joueurs et coaches sont particulièrement exposés. »
Les jeunes joueurs aux contrats précaires particulièrement à risque
En plus de l’influence de l’environnement, M. Clark souligne des facteurs de risque financier et cognitif. De jeunes joueurs aux revenus moindres peuvent être influencés par la comparaison avec leurs pairs multimillionnaires. Jontay Porter, ex-joueur de Toronto au cœur du scandale, avait plaidé coupable en juillet pour avoir truqué plusieurs rencontres. Ce sportif de l’ombre aux contrats courts a dit être entré dans la fraude pour éponger de grosses dettes de jeu.
Pour le risque cognitif, le chercheur en psychologie explique que « les athlètes de haut niveau apprennent très jeune dans leur carrière qu’ils peuvent renverser des situations, changer le cours d’un match ». « Quand vous appliquez cet état d’esprit au pari, cela devient très risqué et peut entraîner l’illusion du contrôle même en cas de pertes. »
M. Clark cite aussi « le harcèlement » subi par les joueurs de la part des parieurs qui crée une « vulnérabilité » pouvant mener « à la manipulation de compétitions. »
Comment résoudre le problème ?
Pour lui, les solutions sont à chercher du côté des programmes éducatifs mais aussi de la régulation, notamment des paris « prop » . Ces mises se concentrent sur un événement précis comme une performance individuelle, plutôt que le résultat d’une rencontre, et ont ainsi « rapproché le pari sportif de la mécanique d’une machine à sous ». M. Clark relève par ailleurs que « les financements pour le traitement, la prévention et la recherche autour de l’addiction aux paris restent loin derrière celles des autres addictions. »
En NBA, joueurs et staffs assistent régulièrement à des présentations pour prévenir des risques autour des paris. « Nos joueurs savent ce qu’ils ont le droit de faire ou non, a assuré jeudi le coach des Warriors Steve Kerr. En réunion on nous explique que si vous dites à un ami qu’un joueur ne jouera pas, et que cet ami prévient quelqu’un d’autre, vous pouvez être tenu responsable ».
L’intégrité du basket n’est pas compromise
« Je pense que nous sommes tous très responsables. L’intégrité du basket n’est pas compromise » assure de son côté la star et meneur des Golden State Warriors, Stephen Curry. « Je pense que tout le monde a conscience de ce qu’il faut faire et de ce qu’il ne faut pas faire, et comprend bien la situation actuelle du sport en général, pas uniquement de la NBA. C’est un terrain inconnu pour tout le monde. Je pense que nous sommes tous très responsables. L’intégrité du basket n’est pas compromise. Et puis, bien sûr, nous laisserons la situation se dérouler, quoi qu’il arrive. Je ne m’inquiète pas trop à ce sujet. »

La NBA a cependant tout à craindre des suites de ce scandale, elle qui débute la première saison de son contrat TV record de 77 milliards de dollars sur 11 ans avec la plateforme Prime Video.



















