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Le gouvernement part à la chasse des malades longue durée : « Encore faut-il trouver des médecins-conseils »

par RTL info avec Laxmi Lota et Juliette Davlet Mirza Eva
Pour alléger les dépenses sociales, le gouvernement vise le retour au travail de 100.000 personnes en incapacité longue durée. Mais les modalités concrètes restent floues, et les professionnels de terrain s’interrogent sur la faisabilité d’un tel objectif. Nous avons rencontré un médecin-conseil.

C’est l’une des mesures phares du budget fédéral : remettre au travail 100.000 personnes parmi les plus de 500.000 malades de longue durée d’ici 2029. Cette politique doit permettre de générer une économie estimée à 2 milliards d’euros. Si l’objectif est clair, les moyens pour y parvenir, eux, restent encore largement à préciser.

Aucune feuille de route n’a été détaillée par le gouvernement à ce stade, mais un durcissement des contrôles semble d’ores et déjà envisagé.

Un rôle de contrôle… mais aussi d’accompagnement

Actuellement, les personnes en incapacité de travail peuvent être convoquées par un médecin-conseil de leur mutuelle. Ces consultations, souvent redoutées par les patients, ne sont pourtant pas menées dans un esprit répressif, assure Julien Distexhe, médecin-conseil chez Partenamut : « Je ne suis pas la police, donc mon rôle comme médecin-conseil, c’est d’évaluer si, oui ou non, on répond encore à la notion d’incapacité de travail. Et deuxième chose, c’est de pouvoir mettre en place tout ce qui peut être mis en place pour un retour au travail. »

Il peut y avoir des contrôles, tous les ans, tous les deux ans, trois ans… c’est à l’appréciation du médecin-conseil

La consultation dure environ 15 minutes, pendant lesquelles le médecin examine le dossier médical, interroge le patient et peut réaliser un examen clinique. Ces contrôles ne sont pas systématiques chaque année. Leur fréquence dépend de la pathologie et de l’évolution du patient. « Ça peut être tous les ans, tous les deux ans, trois ans, cinq ans ou pas. Ça, c’est à l’appréciation du médecin-conseil », explique Julien Distexhe. Les maladies lourdes, comme les cancers, justifient par exemple des intervalles plus longs.

Vers des consultations annuelles obligatoires

Dans le cadre de sa réforme, le gouvernement envisage désormais des consultations de contrôle beaucoup plus régulièrement pour toutes les personnes en incapacité de travail prolongée.

Georges-Louis Bouchez, invité du RTL info 19h, précise : « C’est un plan en 50 points avec diverses mesures. Il y a des mesures de contrôle. Par exemple, on va imposer désormais une visite médicale annuelle à toute personne qui est en maladie de longue durée, sauf celles qui sont reconnues comme étant dans une incapacité structurelle. »

Mais pour Julien Distexhe, généraliser ce type de contrôle à une telle fréquence représente un défi logistique majeur : « Je pense que c’est une grande ambition et qu’il faut mettre sur le terrain les personnes pour pouvoir le faire. Il y a une pénurie de médecins-conseils, comme tout autre médecin, il faut pouvoir les trouver. »

Une réforme qui mise sur la « responsabilisation »

Le plan prévoit également d’autres leviers pour atteindre cet objectif, en jouant sur l’ensemble des acteurs concernés. Georges-Louis Bouchez évoque notamment :

  • La responsabilisation des médecins, avec un contrôle accru sur la fréquence et la durée des certificats médicaux. Des sanctions pourraient être appliquées en cas d’abus.
  • La responsabilisation des entreprises, incitées à faciliter la réintégration de certains travailleurs en maladie.
  • La responsabilisation des travailleurs eux-mêmes, invités à envisager un retour progressif à l’emploi lorsque leur état de santé le permet.

Reste une réalité : la grande majorité des personnes en incapacité de travail sont réellement malades, rappelle le médecin-conseil de Partenamut. Dès lors, une réforme efficace devra veiller à ne pas stigmatiser les patients tout en encourageant une reprise adaptée à chaque situation.

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