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Le café « Le Dante » fait partie du paysage à Tubize. 60 ans qu’on y refait le monde. « Retrouver du travail, ce n’est vraiment pas évident. Ils préfèrent prendre des jeunes », déplore un client. On vide son sac et on remplit les verres au fil des tournées. Les coups durs de la vie, les joies, les peines… Tout y passe.
« Je viens tous les jours, raconte un autre client. On parle de tout avec les amis. On rigole, on raconte des blagues, on boit un verre, deux, trois, quatre… Et après, on retourne à la maison. »
« Tout le monde se connaît, c’est chouette », se réjouit un troisième client.
Moins de cafés, plus de colères dans les urnes ?
Les bars qui tendent à fermer, c’est autant de lieux d’échanges et de lien social qui disparaissent. À Soignies, cinq établissements ont mis la clef sous la porte, indique un habitant. Ces fermetures auraient des répercussions politiques.
Hugo Subtil, chercheur à l’Université de Zurich, observe que la fermeture des bars‑tabacs a un effet sur les comportements électoraux en France : « Quand les bars-tabacs ferment, les clients voient moins de personnes, ont moins d’échanges », explique‑t‑il. Cette diminution de la sociabilité, ajoute‑t‑il, « entraîne à long terme davantage de votes pour le Rassemblement national, pour l’extrême droite française ». Et de préciser : « Ce n’est pas que les gens n’échangent plus du tout, mais la sociabilité se replie dans des cercles plus restreints, comme la famille et les proches. »
À Horrues, village de 2500 habitants dans le Hainaut, « il y avait dans le temps six cafés », indique une riveraine. Aujourd’hui, il n’y en a plus qu’un seul, fermé le jour de notre tournage. La Wallonie a perdu 21 % de ses établissements en dix ans.
Chez moi, qu’est-ce que je vais faire ? Regarder la TV toute la journée ?
Pourrait-on imaginer les mêmes conséquences politiques qu’en France ? Selon Hugo Subtil, une étude menée au Royaume-Uni montre que « lorsqu’un pub ferme, le vote pour UKIP, le parti d’extrême droite pro‑Brexit, augmente ». Il ajoute que les résultats observés sont similaires en Allemagne et estime que la Belgique pourrait connaître « le même type de dynamique sociale ».
« On va au café pour parler à gauche à droite », souligne un habitué du café « Le Dante ». « Chez moi, qu’est-ce que je vais faire ? Regarder la TV toute la journée ? », s’interroge-t-il.
L’étude montre aussi que là où des bars-tabacs ont rouvert en France, le vote de l’extrême droite a diminué.

















