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« À partir du 1er janvier 2026, la Maison des langues de Louvain-La-Neuve n’accueillera plus de public. Les formations en langues seront désormais organisées sur d’autres sites. Pour toute question en lien avec nos formations en langues, nous vous invitons à contacter notre service clientèle », peut-on lire dans les avis Google lorsqu’on tape « Maison des langues de Louvain-la-Neuve » dans la barre de recherche. Une nouvelle qui ne réjouit guère Bénédicte, qui nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous.
« Rien ne l’indique sur internet », regrette-t-elle. En effet, sur le site du Forem, l’Office wallon de l’emploi, qui dispensait des formations de langues à destination des chercheurs d’emploi au sein même des locaux de la Maison des langues, il n’existe plus aucune trace du centre. En appelant directement le Forem, une responsable nous confirme la nouvelle : « Il n’existe plus de formations de langues dans cette structure. L’activité qui concerne le Brabant wallon est aujourd’hui principalement donnée à Nivelles. »
Du côté de l’UCLouvain, qui y propose également des masters à destination des étudiants, le son de cloche est différent : « Le bâtiment est toujours utilisé par l’université. Les auditoires ont même été entièrement rénovés en début de l’année », explique Isabelle Decoster, porte-parole de l’université. Si la Louvain School of Traduction & Interpretation y propose toujours son offre de masters en traduction et interprétation, comment expliquer cette fermeture aux chercheurs d’emploi ?
Un partenariat « unique »
La Maison des langues de Louvain-La-Neuve avait pourtant été inaugurée en grande pompe en avril 2023, en présence de la ministre de l’Enseignement supérieur de l’époque, Valérie Glatigny (MR), et un représentant de la ministre wallonne de l’Emploi, Christie Morreale (PS). Une photo type « rentrée des classes » pour sceller la collaboration naissante entre le Forem et l’UCLouvain. « La Maison des langues est le fruit d’une collaboration unique entre l’UCLouvain et le Forem, dont les publics, même s’ils diffèrent, partagent un objectif commun : s’insérer durablement sur le marché de l’emploi », se félicitaient à l’époque l’université et le Forem.

Un projet qui avait commencé, sous l’impulsion de l’université louvainiste, dès 2014, suite à l’attribution, par le décret Paysage, de l’organisation de masters en traduction et interprétation à l’UCLouvain. Accueillir ces nouveaux étudiants nécessitait la construction de nouveaux locaux pour assurer un enseignement de qualité.
Et puisque l’UCLouvain voulait, dans un même temps, construire un lieu dédié à l’apprentissage des langues chez les demandeurs d’emploi, c’est ainsi que le Forem a rejoint l’aventure en 2016. Cette même année, les deux organisations signent une convention afin d’inscrire leur coopération dans la mise en place du projet de Maison des langues. Sept ans plus tard sonnait la fin des travaux, et l’accueil des premiers étudiants et chercheurs d’emploi dans les nouveaux locaux.
Un bâtiment de 2.000 mètres carrés
Pour celles et ceux qui connaissent bien Louvain-la-Neuve, difficile de passer à côté de cet imposant bâtiment au coeur de la cité universitaire. Installée dans un bâtiment de 2000 m² répartis sur quatre niveaux, la Maison des langues dispose de deux salles informatiques et sept salles de cours dédiées à l’organisation des masters de l’UCLouvain.
Quant au Forem, il proposait, jusqu’à janvier 2026, dix-sept modules de formations en anglais et en néerlandais, organisés en présentiel et/ou à distance. Ainsi que des tests pour évaluer son niveau linguistique et des événements de sensibilisation. S’appuyant sur les nouvelles technologies, la Maison de langues sert également de « laboratoire pédagogique » pour les formateurs en langues du Forem.
Une enveloppe de six millions d’euros
« C’est de l’argent public gâché », s’insurge Bénédicte. D’un coût total de six millions d’euros, le centre dédié aux langues a été financé à hauteur de deux millions par la Fédération Wallonie-Bruxelles, un million par l’UCLouvain et trois millions par la Région wallonne. Le Forem a versé une contribution pendant dix ans en échange d’une occupation d’au moins 25 ans de la moitié de la superficie de l’immeuble.
La priorité de la Maison des Langues est de développer des outils de formations aux langues.
À y comprendre de plus près, la collaboration entre le Forem et l’UCLouvain, qui devait durer 25 ans, n’aurait pas passé le cap des trois ans… « Ce n’est pas vrai », explique Thierry Ney, porte-parole du Forem. « La priorité de la Maison des Langues est de développer des outils de formations aux langues. On revient aujourd’hui à cette mission première : développer des outils de formations en ligne, et notamment la plateforme ’Parlez pro’. »
Parlez pro est le nouvel outil qui devrait bientôt remplacer la plateforme gratuite Wallangues, fermée le 1er janvier dernier. Wallangues proposait, jusqu’alors, des cours de langues en ligne pour tous les Wallons et Wallonnes dès 15 ans.
Un pôle de référence
Thierry Ney indique, en outre, que cette évolution est liée à un cadre règlementaire entré en vigueur le 1er janvier dernier. Le gouvernement wallon a en effet décidé d’adopter une nouvelle stratégie en ce qui concerne les compétences linguistiques. Les moyens devront aller davantage aux formations qui proposent des orientations « métiers », expliquait en juin 2025 le ministre de l’Emploi Pierre-Yves Jeholet (MR). Et c’est dans cette logique que s’inscrit la plateforme « Parlez pro », davantage connectée aux besoins du terrain.
Dans cette mission, la Maison de langues intervient alors comme un « pôle de référence » de ce changement, explique Nicolas Reynders, porte-parole du ministre Jeholet. Exit donc les formations pour demandeurs d’emploi. Désormais, elle regroupe les équipes pédagogiques, les développeurs de contenus linguistiques (dont Parlez pro) et les acteurs du Carrefour des Langues -- un pôle de partenaires actifs dans le domaine des langues.
Aucune rupture de services
Reste à savoir si, malgré la mutation vers un autre centre, l’offre de dix-sept modules est toujours assurée. Nicolas Reynders est formel : « Il n’y a pas eu de rupture de services ! L’intégralité des modules proposés a été transférée au centre de Nivelles », éclaire-t-il.
Aujourd’hui, nul besoin de rappeler à quel point la connaissance d’une ou plusieurs langues étrangères est un atout indéniable sur le marché du travail. En avril 2023 lors de l’inauguration, l’administratrice générale du Forem Marie-Kristine Vanbockestal avait d’ailleurs rappelé ceci : « La connaissance des langues est un puissant levier d’insertion professionnelle au sein de notre pays trilingue et capitale de l’Europe. Grâce à son matériel pédagogique de pointe, la Maison des langues offre des formations multimodales qui permettent à l’ensemble des demandeurs d’emploi wallons de bénéficier des compétences de nos formateurs et d’augmenter ainsi leur chance d’intégrer durablement le marché multiculturel belge du travail. »
Plus de Maison des langues, donc, pour les demandeurs d’emploi qui, comme Bénédicte, souhaitaient se former à Louvain-la Neuve. Les formations ont été mutées principalement au centre de Nivelles et via les applications en ligne. L’offre complète de formations en langues étrangères est consultable sur le site du Forem.















