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Deux chercheurs ont analysé des dizaines d’échantillons de terres prélevés un peu partout en Wallonie. Les résultats sont sans appel : 78 % des sols agricoles sont contaminés aux néonicotinoïdes, des insecticides utilisés pour protéger des cultures des insectes nuisibles.
« On s’est rendu compte notamment que cette contamination durait très longtemps dans le temps. La molécule se dégrade très peu, elle reste très longtemps dans les sols », explique Maxime Buron, doctorant au Earth and Life Institute de l’UCLouvain.
Un autre constat a surpris les chercheurs : 62 % des sites qui n’ont jamais été traités avec ce type d’insecticides sont malgré tout contaminés eux aussi. C’est la conséquence probable de la circulation des particules d’air et du ruissellement de l’eau.
« Cela amène un déclin »
« Le problème, c’est que c’est un insecticide, et donc il est neurotoxique, donc il atteint le cerveau des insectes. Des insectes qui sont la cible de cet insecticide, mais aussi des insectes qui ne sont pas la cible et c’est le cas notamment pour les pollinisateurs », note Yannick Agnan, professeur à la Faculté des bioingénieurs de l’UCLouvain
Les abeilles sont parmi les victimes de ces néonicotinoïdes, expliquent les auteurs de l’étude. Virginie Pissoort analyse l’impact des pesticides sur la biodiversité : « Ça provoque la mort par paralysie de ces insectes. En plus, cela produit toute une série de dysfonctionnements et de perturbations dans leur fonctionnement, leur recherche d’aliments. Et donc ça amène un déclin qui a été tout à fait documenté de la population des pollinisateurs. Il faut savoir que les pollinisateurs sont des acteurs majeurs pour la sécurité alimentaire aujourd’hui. Ce sont eux qui permettent d’avoir des productions de fruits aussi importantes que celles qu’on a actuellement. »
Notre alimentation directement impactée
Cette experte en pesticides est aussi convaincue des répercussions de cette pollution des sols sur la santé humaine.
« À partir du moment où cet insecticide se promène dans notre environnement, il impacte nécessairement toute la production agricole. Et la production agricole, c’est notre alimentation. Et l’alimentation, c’est la source première des impacts toxiques des pesticides sur notre santé ».
Les néonicotinoïdes sont en grande partie interdits depuis plusieurs années en Europe, mais avec cette nouvelle étude, les chercheurs veulent sensibiliser les autorités politiques.
« La destruction de l’environnement »
« Les pesticides vont participer à la destruction de l’environnement, de la biodiversité, précise Maxime Buron. La plupart des molécules qui sont mises sur le marché tous les ans aujourd’hui, on ne connaît pas leur capacité à disperser dans les environnements, à contaminer les écosystèmes. Et donc, il y a vraiment une nécessité d’être plus prudent. »
Ils demandent en outre aux agriculteurs de prendre des mesures de précaution en limitant par exemple les pulvérisations.
















