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« C’est un coup à faire une connerie » : les éleveurs belges craignent l’arrivée de la DNC depuis la France, où 3 millions de vaches ont déjà dû être abattues

Par RTL info avec l’AFP, Benoit Duthoo et Juliette Davletmirzaeva
Les agriculteurs français craignent de voir la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) s’installer durablement et partout dans le pays. Côté belge, pas encore de foyer mais les éleveurs réclament des mesures. Dans les Pyrénées-Orientales, un éleveur raconte la violence de l’abattage préventif lié à cette maladie.

En Belgique, les éleveurs croisent les doigts pour que la maladie n’arrive pas. Le gouvernement fédéral annonce une campagne de vaccination. Pour la Fédération de l’agriculture, cela ne suffit pas. Elle demande une interdiction d’importation des bovins français.

Sébastien Desmarescaux, éleveur des Pyrénées-Orientales, témoigne du choc psychologique vécu par ceux qui, comme lui, ont subi l’abattage de leur troupeau frappé par la DNC. « C’est brutal, complètement brutal. »

Si une vache est contaminée, on abat l’ensemble du cheptel

Seize vaches de l’éleveur de Corneilla-de-Conflent ont été abattues le 3 novembre dernier, alors qu’elles étaient parquées en contrebas de l’estive de la Carença pour être vaccinées. En cause, un nodule détecté sur l’une d’elles lors d’une palpation. En raison de la contagiosité de la maladie, si une bête présente un symptôme, on abat l’ensemble du cheptel.

Pour l’éleveur de 34 ans., cette épreuve a commencé par huit jours d’attente insoutenable. « Pendant une semaine, on montait leur donner à manger, deux heures de trajet depuis chez moi, en sachant qu’elles seraient abattues », dit-il plus de deux mois après l’élimination de ses bêtes. « Des vaches saines, qui n’ont aucun signe apparent, on ne nous laisse même pas dix jours pour voir ce qu’il va se passer ».

La DNC a suscité une importante mobilisation des agriculteurs cet hiver. Les éleveurs dénoncent les abattages préventifs et systématiques, réclamant davantage de transparence sur la contagiosité réelle de la maladie.

Cette mise à mort était l’une des premières du Sud-Ouest, après la Savoie et le Doubs. Depuis l’apparition de la dermatose, 117 foyers de la maladie ont été détectés, essentiellement dans l’Est et désormais le sud-ouest de la France. Trois millions de bêtes ont été abattues

Sa fille de 8 ans se demandait pourquoi il pleurait tous les jours

Le jour de la mise à mort de ses vaches, Sébastien Desmarescaux n’a pas pu rester. « Quand les vétos sont arrivés, je suis parti », dit-il simplement. À la maison, sa fille, âgée de 8 ans, lui demandait pourquoi il « pleurait le soir ». Pendant des semaines, il lui a caché la mort du troupeau.

Sa deuxième estive, où paissaient ses autres bêtes adultes, lui a permis d’épargner 23 vaches. Pour « en sauver le maximum », elles sont aujourd’hui divisées en cinq lots distincts, explique-t-il, alors qu’autour de lui, quelques-unes profitent du soleil hivernal.

Parmi les 16 bêtes tuées figuraient « 10 vaches prêtes à vêler » et « 6 génisses, les premières velles que j’ai vu grandir », raconte l’agriculteur, qui s’est installé il y a seulement deux ans. « Toutes les vaches ont un nom, on les connaît toutes », explique-t-il. « La plus vieille avait 17 ans. 17 ans qu’elle allait à la même montagne. »

Une avance de 2.100 euros par bête... alors qu’une vache en coûte 3.000

Pour compenser cette perte, l’État a versé une avance de 2.100 euros par animal, en attendant une expertise finale. « La perte financière, je ne l’ai pas trop calculée, mais quand on voit aujourd’hui qu’une vache coûte dans les 3000 euros, le calcul est vite fait », déplore Sébastien Desmarescaux. « Heureusement que j’ai ma femme et mes filles. Les gens qui sont tout seuls, qui n’ont pas de famille. Il y a des agriculteurs qui se suicident. Je pense que c’est un coup à faire une connerie. »

La Mutuelle sociale agricole (MSA), qui assure la couverture sociale de l’ensemble de la population agricole, a rapidement activé un accompagnement sur les départements du Sud-Ouest touchés. « Quelques jours après l’abattage, ils nous ont appelés », raconte Sébastien Desmarescaux, qui a lui-même décliné l’offre. Un « dispositif bien rodé » a été mis en œuvre pour « libérer la parole », explique Sylvie Robin, présidente de la MSA Midi-Pyrénées Sud, avec des appels, des rendez-vous, des cellules psychologiques ou encore des groupes de parole, ouverts à tous.

Une angoisse permanente chez l’ensemble des éleveurs
Sabine Delbosc-Naudan, présidente de la MSA Midi-Pyrénées Nord

« Il y a vraiment une angoisse chez l’ensemble des éleveurs, et elle est permanente », poursuit Sabine Delbosc-Naudan, présidente de la MSA Midi-Pyrénées Nord et elle-même éleveuse.

Si les vaches de Sébastien Desmarescaux sont toutes vaccinées, le « stress » demeure. En mars, les saillies l’obligeront à regrouper ses bêtes, les exposant à un risque d’abattage total si un cas venait à se déclarer. « On a demandé une vaccination au printemps, avant de monter en estive », dit l’éleveur qui redoute, dans le cas contraire, de devoir « vivre une estive angoissante ».

Sur l’estive de la Carença, cinq éleveurs ont été touchés par la DNC, perdant plus de 120 bêtes au total. « On s’est retrouvés tous dans la même merde, obligés de se serrer les coudes », témoigne le trentenaire. Un soutien mutuel précieux, mais insuffisant face au choc psychologique.

Pour l’heure, dans la petite vallée, les veaux nés depuis novembre gambadent autour de leur mère. « Il y a eu une semaine dure » après l’abattage, confie M. Desmarescaux, soulignant que désormais, « les veaux naissent, il faut se remettre dans le bain, le cycle recommence ».

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