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Installé en Europe depuis plus de 25 ans, Mikhaïl Loshchinin, 48 ans, s’était rendu en Russie l’été dernier pour rendre visite à son père malade. Naturalisé belge, ce séjour familial s’est transformé en détention prolongée. À la frontière russe, il a été arrêté, accusé par les autorités de « haute trahison » et « d’atteinte à la sécurité nationale ».
Selon les éléments connus, les accusations portent sur des échanges de messages et un virement d’argent envoyés à une Ukrainienne. Des faits que le régime de Vladimir Poutine considère comme suspects, dans un contexte de durcissement répressif depuis le début de la guerre contre l’Ukraine.
En attente de son procès, sans soins médicaux
Initialement prévu il y a une semaine, le procès de Mikhaïl a été reporté. En attendant, il reste détenu dans une cellule russe, dans des conditions que ses proches jugent très préoccupantes. « Il explique qu’on ne peut pas imaginer ce que ça fait d’être coupé de tout. Il explique combien c’est difficile. Sa santé n’est pas terrible », rapporte son ami Damien, qui échange avec lui par courrier. « Il doit s’accrocher à des petites choses. J’encourage les gens qui l’ont connu, ou pas, à lui envoyer des messages. Savoir que les gens pensent à lui, c’est très important. »

Darina, la sœur de Mikhaïl, est particulièrement inquiète pour sa santé visuelle : « Il a des taches noires au niveau des yeux, cela entrave sa vue et tous les éléments qu’il est capable de voir. Le temps joue contre nous, car avec une telle maladie, il y a un risque qu’il devienne complètement aveugle. » Malgré ces alertes, aucune prise en charge médicale ne lui aurait été proposée à ce jour.
Toute personne qui s’exprime sur la guerre risque des peines d’emprisonnement en Russie
Pour tenir le coup, Mikhaïl s’appuie sur les nombreux messages de soutien qu’il reçoit via une plateforme en ligne créée par ses proches. Un soutien moral indispensable alors que l’issue judiciaire reste incertaine. Du côté belge, le ministère des Affaires étrangères indique être informé de la situation mais ne commente pas, évoquant un dossier privé.
Une affaire symptomatique d’une répression renforcée en Russie
Le cas de Mikhaïl Loshchinin n’est pas isolé. « Depuis 2022, on voit une répression qui s’aggrave en Russie. De nouvelles lois ont été passées. Toute personne qui s’exprime sur la guerre d’agression risque des peines d’emprisonnement qui sont extrêmement importantes, qui vont jusqu’à 15 ans de prison », souligne Carine Thibaut, directrice d’Amnesty International Belgique francophone.
Et de rappeler : « La situation de ce Belgo-Russe rentre finalement dans un panorama où en Russie, simplement évoquer le mot ‘guerre’ au lieu d’‘opération militaire spéciale’ peut vous valoir la prison. Le régime de Poutine fait tout pour que personne ne puisse s’exprimer, s’opposer ou même parler de ce qui se passe en Ukraine. »















