Partager:
Donald Trump est omniprésent. Partout, tout le temps. À la saturation médiatique s’ajoute désormais la sidération. Le président américain enchaîne les déclarations chocs, les provocations et les insultes, faisant de la brutalité verbale un véritable mode de gouvernance.
Les sorties racistes ne sont plus exceptionnelles. « Les Somaliens qui viennent de l’enfer, qui se plaignent et ne font que râler. Nous n’en voulons pas dans notre pays », a-t-il lancé à l’automne 2025. Dans un message publié sur son réseau social, il écrit aussi : « J’adore l’odeur des expulsions le matin », détournant une réplique culte du film Apocalypse Now.
Les femmes ne sont pas épargnées. Les propos sont parfois ouvertement sexistes. « Tais-toi, la truie », lâche-t-il à une journaliste lors d’un échange houleux.

Les attaques personnelles deviennent une arme assumée, notamment contre les journalistes. Lorsque l’une d’elles l’interroge sur son âge et sa santé, la réponse est cinglante : « Katie Rodgers du New York Times est une journaliste de seconde zone, moche à l’intérieur comme à l’extérieur. »
Donald Trump entretient pourtant une relation obsessionnelle avec les médias, qu’il ne cesse de vilipender. « Vous êtes qui ? ABC fake news. » « Vous travaillez pour CNN ? Vous travaillez pour les fake news ? Question suivante. » « Quelle question stupide. »
« Il est systématiquement, et c’est toujours son premier réflexe, en train d’instaurer un rapport de force », analyse Gallagher Fenwick, éditorialiste de politique internationale.
Les minorités sont régulièrement ciblées. Le président se moque des athlètes transgenres, banalise insultes et vulgarités, et n’hésite pas à employer un langage cru sur la scène internationale. « On a deux pays, l’Iran et Israël, qui se battent depuis si longtemps qu’ils ne savent même plus ce qu’ils foutent, bordel. »

L’Union européenne n’échappe pas à ses attaques. « L’Union européenne a été créée pour emmerder les États-Unis. » La Colombie est elle aussi prise pour cible : « Le président colombien fabrique de la cocaïne. Il doit faire gaffe à ses fesses. »
Même le président turc Recep Tayyip Erdogan est publiquement humilié : « Les élections truquées, il en sait plus que quiconque », glisse Trump, sourire en coin, devant son homologue.

Donald Trump excelle dans l’art de l’humiliation. Volodymyr Zelensky et Emmanuel Macron sont régulièrement moqués, caricaturés en dirigeants suppliants sur la question des droits de douane. « Tout ce que tu veux, Donald, s’il te plaît… mais ne dis pas la population, je t’en supplie. » Avant de conclure, faussement bienveillant : « Emmanuel, un chic type, mais il n’a pas souvent raison. »
Un sentiment de revanche
Derrière ces sorties répétées, se dessine le portrait d’un président mû par le ressentiment. Un repris de justice animé par l’idée de revanche. « Revanche par rapport à celles et ceux qui étaient dans la boue », explique Gallagher Fenwick. « Et qui ont été responsables de ce qu’il décrivait en campagne comme une chasse aux sorcières. »
La personnalité de Donald Trump intrigue autant qu’elle inquiète. « C’est quelqu’un qui a toujours menti, même quand il était simple promoteur immobilier dans le Queens, à New York », rappelle François van der Mensbrugghe, professeur à l’UCLouvain. « Les gens ne voient plus rien à redire à ces mensonges. Ils sont anesthésiés, asphyxiés. »
Un narcissisme nourri par la conviction d’être investi d’une mission quasi divine. « L’histoire, et même Dieu, est avec lui », poursuit le politologue. « Il s’est comparé à Napoléon pour dire que si c’est bon pour la patrie, alors je peux le faire. »

Quitte à s’inventer un prix de la paix, faute de Nobel, remis par son ami Gianni Infantino, président de la FIFA. Quitte aussi à imaginer un nouveau palais présidentiel, au prix de la destruction d’une aile de la Maison-Blanche.
Un homme sans limite, que rien ni personne ne semble pouvoir freiner. « Ma propre morale, ma conscience, c’est la seule chose qui peut m’arrêter », affirme-t-il. Une phrase qui, à elle seule, résume l’ère Trump.


















