Partager:
Le Texas est un bastion républicain depuis près de 50 ans. Des ranchs, du pétrole, de l’aérospatial. Des longues, très longues routes à travers des contrées arides pour arriver dans des petites villes comme Bandera où l’on se demande où est le saloon et normal : on la surnomme la capitale mondiale des cow-boys. Carrefour historique du commerce de bétail, il y subsiste aujourd’hui une ambiance et un certain conservatisme. Donald Trump y a raflé 80 % des suffrages aux dernières élections.

Pourtant, un an plus tard, certains de ses électeurs ont des doutes. « Il y a des choses avec lesquelles je ne suis pas d’accord, mais il y en a beaucoup, je vois que ça change. C’est devenu plus coûteux, mais je suis juste un fan de Trump, donc je ne veux pas dire rien de négatif », affirme une femme.
Je ne peux pas dire que je suis 100 % d’accord
« Je suis conservateur, j’aime beaucoup ce qu’il fait, mais je ne peux pas dire que je suis 100 % d’accord avec tout ce qu’il fait », explique un homme sous sa casquette.

Mais que reste-t-il de l’enthousiasme des débuts ? Pour un point de vue plus officiel, nous avons donné rendez-vous à Denise. Et pas n’importe où : au « Trump Store ». Denise est présidente des Républicains du comté. Pour notre interview, elle s’équipe de la casquette Trump 2028, même si elle sait qu’il ne peut pas rempiler pour un troisième mandat. « C’est pour embêter les Démocrates », sourit-elle.
Blague à part, un an après, Denise l’affirme : sa vie est meilleure grâce à Donald Trump. « C’est bien et on commence déjà à voir les effets », dit-elle. « C’est un peu plus compliqué au niveau fédéral avec par exemple le prix de l’électricité et des logements mais c’est difficile de dire si c’est la faute de Trump. »
Pas de doute à avoir pour les fans, le bilan est bon. À l’international aussi. Le Venezuela, le Groenland ou l’Iran. Et ceux qui vous disent le contraire, c’est « fake news ».
Les grandes villes sont démocrates
Mais si le Texas est dirigé par les Républicains depuis 1980, les grandes villes texanes sont aux mains des Démocrates. San Antonio, dans le sud de l’État, pas très loin de la frontière mexicaine, a connu des combats plus anciens. Fort Alamo en 1836 : Davy Crockett. Mais en 2026, le combat, il se joue notamment dans un restaurant communautaire où se rassemblent des activistes. Aujourd’hui, c’est distribution de T-shirts en prévision d’une manifestation anti-Trump.

Dans cette ville très latino, la police anti-immigration est devenue le cauchemar de ces Américains, très impliqués dans la défense de leurs droits. « Nous sommes ici pour nous battre de manière pacifique », dit Eva, une activiste. « Nous voulons remettre l’Amérique à l’endroit et qu’elle redevienne un endroit où les gens veulent vivre de nouveau. Où les immigrants sont respectés pour leurs spécificités. Et où nous traitons tout le monde comme des êtres humains. »
Moment de convivialité et d’échange autour d’un burger. Donald Trump reste le sujet de conversation, particulièrement sa politique de refoulement et ses effets directs. À la frontière avec le Mexique, le nombre de candidats a chuté. Ils étaient environ 100.000 en 2025, contre 1.300.000 l’année précédente.

Autre grande ville qui joue la résistance, 500 km plus au nord, Fort Worth, dans la banlieue de Dallas. C’est dimanche, et Sabrina fait du porte-à-porte pour les prochaines élections locales, celles du comté, actuellement aux mains des Républicains.
Elle cible les électeurs démocrates pour leur rappeler qu’il faut aller voter. Depuis un an, elle mène des actions toutes les semaines et constate une prise de conscience. « Ils ont pensé qu’avec Trump ils auraient plus », affirme-t-elle. « Que l’économie s’améliorerait et qu’ils auraient les moyens d’acheter plus de choses. Mais ça ne se passe pas comme ça. Il a la chambre, il a le Sénat. Il consolide le pouvoir exécutif sous sa présidence. Donc ce n’est plus de la résistance. Les gens se réveillent. C’est une rébellion. »

Mais entre les partisans et les opposants de la méthode Trump, peut-on réellement dresser un bilan objectif de cette première année ? La réponse est peut-être à Dallas. Rendez-vous est pris avec un expert politique du Dallas Morning News, quotidien catégorisé de centre-droit. « Il y a une énorme division dans notre pays. Je ne l’ai jamais vu autant divisé », affirme Rudy Bush, journaliste politique au Dallas Morning News. « Au niveau économique, c’est relativement stable. La bourse va bien. C’est vrai que l’essence n’est pas chère, mais on a un sérieux problème d’inflation. Le prix de l’immobilier est un problème dans tout le pays. Les jeunes ne peuvent pas s’offrir un endroit pour vivre, ne peuvent pas fonder une famille. Et à cause de ces divisions politiques, ils ressentent beaucoup d’incertitudes. »

Cette incertitude touche tout le monde, mais une autre concerne les républicains, et elle est de taille. De retour au Trump Store, à 500 kilomètres de là, avec Denise et Tiffany, sa candidate pour les élections locales. À ce niveau, c’est gagné d’avance, mais au niveau fédéral, les choses pourraient changer aux élections de mi-mandat en novembre prochain. « S’il y a un risque de perdre la Chambre ? Oh oui, il y a un risque », soupire Denise. « Notre but, c’est de garder la chambre et le Sénat pour que Trump puisse continuer à appliquer son programme les deux années suivantes. »

Même au pays des cow-boys, le doute s’installe. La cote de popularité de Donald Trump est au plus bas, et les sondages au sein des républicains ne sont pas terribles. Une « fake news » pour les uns, le début de l’espoir d’un changement pour les autres.


















