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« La culpabilité est horrible et elle continue » : les parents d’Elora, maltraitée à la crèche, peinent à se remettre du traumatisme

par RTL info avec Charlotte Simonart et Alexandre D’Haeseleer
Quelques mois après les révélations de maltraitances présumées dans une crèche bruxelloise, les parents de la petite Elora reprennent peu à peu une vie normale. Mais les blessures psychologiques demeurent, alors que l’enquête judiciaire suit son cours.

Elora, 2 ans et demi, a retrouvé le sourire et une nouvelle crèche. L’enfant aurait subi des coups et des faits de négligence grave par la directrice de l’ancien établissement qu’elle fréquentait. Ce sont les puéricultrices qui ont alerté les parents à l’époque.

Aujourd’hui, la famille se reconstruit. Silvia et son compagnon, les parents, peuvent enfin souffler après des mois d’angoisse. « Ça se passe en général super bien parce qu’elle est super excitée d’aller dans son nouveau milieu d’accueil et donc elle est toujours super contente », confie sa mère.

Pour ce couple, reprendre une routine familiale et confier à nouveau leur fille à de nouvelles personnes n’avait rien d’évident. « On fait vraiment confiance à 100 % aux nouvelles puéricultrices, donc ça se passe bien. Mais au début, c’était vraiment ultra-compliqué. On était toute la journée devant notre téléphone à attendre des nouvelles », raconte Silvia. Rapidement, ils constatent une nette amélioration dans le comportement de leur fille : « Il y avait un écart entre l’attitude d’Elora avant et l’attitude d’Elora après, dans son nouveau milieu. »

« Des insultes, des menaces, des coups »

Au mois de mars dernier, ces parents témoignaient pour la première fois à notre micro. Ils venaient d’apprendre que leur fille avait été victime de maltraitances présumées au sein de sa crèche.

« Depuis hier, on s’imagine notre enfant… parce qu’on a des audios où on l’entend crier, hurler et on a pas mal de témoignages. On ne peut pas s’empêcher en tant que parents d’imaginer notre enfant être dans le noir, être frappé », confiait alors Silvia, bouleversée.

Des témoignages internes faisaient état d’insultes et de violences physiques : « J’ai entendu beaucoup d’insultes envers les enfants, des menaces et surtout des coups. Des claques notamment au visage, des fessées », relatait une puéricultrice sous anonymat.

Une culpabilité tenace

Si Elora a pu être replacée dans un autre établissement, la blessure morale reste vive pour ses parents. « La culpabilité est horrible et elle continue. Pour mon compagnon également. Lui, il le vit vraiment comme un échec parental. On veut donner le meilleur à son enfant, le mettre en sécurité et là ce n’était pas du tout le cas », témoigne aujourd’hui Silvia. « En plus, elle a été quand même super longtemps là-dedans et c’est horrible de se dire que pendant aussi longtemps on n’a rien vu. »

Elora a retrouvé sa joie de vivre

Depuis, la famille bénéficie d’un suivi psychologique, notamment via les services de SOS Enfants. Silvia continue ses consultations, tandis que son compagnon se réfugie dans le travail pour tenter d’oublier.

Une procédure judiciaire en cours

L’affaire a depuis été confiée à la justice. Plusieurs autres familles se sont manifestées. En tout, une dizaine de plaintes ont été déposées. Charlotte Purnode, avocate de plusieurs parents, souligne la complexité de ce dossier : « Ce sont des enfants qui n’ont pas encore l’usage de la parole, donc ils n’ont pas pu exprimer à ce moment-là ce qu’il s’est passé. Évidemment, ça va se manifester par d’autres signes qu’on va pouvoir constater, médicalement notamment. »

La question de la responsabilité morale de la directrice pourrait peser lourd. « Il y a eu cette confiance qui a été bafouée. Ça pourrait créer une insécurité générale chez les parents. J’imagine que les magistrats voudront apporter une réponse sécurisante. »

L’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE), qui avait pourtant contrôlé l’établissement à plusieurs reprises, affirme ne pas avoir failli à sa mission. « Il n’y a pas eu manquement en amont dans les contrôles », assure Sylvie Anzalone, porte-parole de l’ONE. « C’était un milieu d’accueil qui était accompagné par l’ONE, tout comme les autres. »

Un procès en correctionnelle pourrait se tenir prochainement. La directrice de la crèche risque une peine de prison. Les parents d’Elora espèrent que justice sera rendue. Quant à la petite fille, « elle a retrouvé sa joie de vivre, comme un enfant de 2 ans devrait avoir », note Silvia.

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