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L’accord de libre-échange UE-Canada « plutôt positif » pour la Belgique : « C’est assez surprenant quand on se souvient des risques qu’on nous martelait » 

Par RTL info avec Guillaume Wils et Corentin Simon
En 2016, le traité CETA, accord de libre-échange entre l’Union Européenne et le Canada, avait été l’objet d’une vive opposition, notamment des agriculteurs. On craignait notamment une arrivée massive de viande bovine qui ne répond pas à nos normes. Un peu moins de 10 ans plus tard… quel bilan peut-on en tirer ? Était-il bon pour mauvais pour l’Europe et la Belgique ? Et les craintes se sont-elles matérialisées ?

Lors des hivers glacials en Amérique du Nord, des poêles à bois wallons permettent de réchauffer les habitations canadiennes. Depuis 2017, ils connaissent un vrai succès. Grâce au CETA, accord de libre-échange avec le Canada, l’entreprise a multiplié par 5 son activité en Amérique du Nord.

« La suppression des droits de douane a amélioré notre compétitivité sur le marché avec un prix de vente aux consommateurs plus attractif qu’auparavant », affirme Jean-François Sidler, administrateur-délégué de l’entreprise.

Ce marché américain représente désormais 20 % des ventes, contre 5 % avant l’accord. L’entreprise est passée de 100 à 160 employés.

Alors qu’en 2016, lorsque nous avions rencontré les gérants, la collaboration était plus compliquée. « Au Canada, dans le cadre de notre business, ça va être extrêmement difficile. Les procédures administratives sont longues et compliquées », racontait l’un d’eux.

L’entreprise a désormais ouvert une filiale au Canada. La production est partagée entre les deux pays.

« Ça a vraiment permis un développement très rapide de notre activité là-bas, raconte Jean-François Sidler. Ça permet d’avoir un cadre très stable qui nous permet d’être sereins et d’investir sur du long terme ».

Pour la Belgique, l’accord CETA s’est révélé plutôt positif

Cet exemple est représentatif. L’accord CETA est plutôt positif pour l’Europe. Singulièrement pour la Belgique.

Les grands gagnants :

– Le chocolat (+132 %) ; – Les produits pharmaceutiques (+65 %) ; – Le sucre (+120 %).

Au total, les exportations de biens et services belges sont passées de 687 millions en 2016 à plus d’1 milliards 68 millions en 2024. Soit une hausse de 55 %.

Sébastien Splingard, conseiller à l’Union des classes moyennes, salue l’ouverture commerciale récente comme une bouffée d’oxygène pour les industries belges. « Cette ouverture permet de faire vivre nos industries, d’exporter le savoir-faire belge », souligne-t-il, avant d’ajouter : « C’est assez surprenant, quand on se souvient des risques qu’on nous martelait à l’époque. »

Pour le conseiller, le bilan est donc clairement positif : « On voit qu’on est plutôt gagnants dans cet accord-là, voire même très gagnants. »

Paul Magnette vent debout contre le CETA

Les craintes à l’époque concernaient surtout l’agriculture. On redoutait notamment une arrivée massive de viande bovine et porcine.

Paul Magnette, alors président du parlement wallon s’était farouchement opposé, jusqu’à bloquer tout le traité pour l’Europe.

« Si vraiment le CETA est bon pour les petites et moyennes entreprises, si le CETA est bon pour les agriculteurs, si le CETA est bon pour les services publics, si le CETA est bon pour la croissance, alors pourquoi faut-il le négocier en secret ? », lançait-il.

Les Canadiens étaient même venus jusqu’au parlement de Wallonie. Des négociations parfois tendues : « Le Canada est déçu. Moi, personnellement, je suis très déçu », déclarait Chrystia Freeland, ancienne ministre canadienne du commerce international.

L’accord a finalement été signé le 30 octobre 2016, avec quelques ajustements qui ont convaincu les wallons.

Aujourd’hui, Florian Poncelet, agriculteur, constate qu’il n’y a pas eu d’afflux de viande canadienne, grâce notamment à des contrôles qui ont fonctionné.

Avec le Canada, il y a une traçabilité. Mais avec le Mercosur, on ne saura pas prouver que le produit n’est pas bon pour le consommateur.
Florian Poncelet, agriculteur et président de la fédération des jeunes agriculteurs

« Les Canadiens ne veulent pas produire avec les normes qu’on a chez nous, constate Florian Poncelet, agriculteur et président de la fédération des jeunes agriculteurs. Et donc, vu que les normes de chez nous sont très strictes, ça ne peut pas rentrer et qu’on ne produise pas ce qu’il faut avoir. Le contingent n’est pas respecté. Elles ont fonctionné les limitations parce qu’avec le Canada, il y a une traçabilité, il y a un cahier des charges. Tout traitement à un bovin est clairement notifié. »

Ces mêmes limitations pourraient-elles fonctionner pour le Mercosur ? Pour les agriculteurs, les deux traités ne sont pas comparables…

« À l’époque, le CETA, c’était 60 000 tonnes de bœuf importé. Le Mercosur, c’est donc 90 000 tonnes de bœuf importé. Mais au niveau du Canada, il y a une traçabilité, donc on sait prouver que c’est bon ou pas bon, explique Florian Poncelet. Concernant le Mercosur, il n’y a aucune traçabilité et donc on ne saura pas prouver que le produit n’est pas bon pour le consommateur ».

Les filières sud-américaines sont aussi plus compétitives que les canadiennes.

Sans limitations claires, tout notre modèle agricole pourrait donc être déstabilisé.

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