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Après avoir été hospitalisée pour dépression et stress post-traumatique, Elisa avait repris son travail à la police locale de Charleroi au début du mois d’août. Mais elle était inquiète du retour possible de son supérieur, écarté pour des faits de harcèlement et de viol présumé à son encontre.
Elle demande alors à sa maman de l’aider à rédiger une ébauche de courrier à destination de son chef de zone. Nous sommes un peu plus de 2 semaines avant son suicide. « Ma première crainte est de devoir travailler sous ses ordres. Ma deuxième est qu’il nourrisse une idée de vengeance. Ce serait également très difficile pour moi de le croiser dans les couloirs seule. Je souhaiterais également être avertie de la date de sa reprise de fonction », écrit-elle.
« Il va réussir à s’en sortir »
Un mal-être que nous avaient confirmé ses parents lorsque nous les avions rencontrés quelques jours après son décès. « Elle avait des angoisses parce qu’elle a demandé à voir son chef de corps pour parler », confiait Brigitte Peron, maman d’Elisa. « Elle a été reconvoquée suite à la convocation de ce monsieur. Et en sortant, elle m’a dit ‘Tu vas voir, il va réussir à s’en sortir’. »
Selon le parquet de Charleroi, les causes du suicide sont liées à un motif d’ordre privé. Pour Tim T. Stroobandt, psychologue clinicien, victimologue et psychotraumatologue, c’est une erreur de lier une mort volontaire à une cause unique.
« Le passage à l’acte suicidaire est toujours multifactoriel », explique le spécialiste. « C’est une convergence de plusieurs facteurs qui amène le sujet à finalement passer à l’acte. Là où vous entendez la cause, moi j’entends déclencheur. Ce qui a déclenché est en réalité la goutte d’eau qui fait déborder le vase ».
Pour ce psychothérapeute, des difficultés dans la sphère privée accompagnées d’une problématique dans un cadre professionnel peuvent amener à un effondrement complet : « L’intensité du harcèlement moral et sexuel qu’une personne peut vivre en milieu professionnel qui correspond quand même à une grande part de notre vie, peut être suffisante pour être cette goutte d’eau qui fait déborder le vase. Cela aurait pu être évité et permettre à la personne de ne pas passer à l’acte ».
Classé sans suite
Au niveau judiciaire, le suicide semble être classé sans suite mais il pourrait alimenter le dossier harcèlement toujours en cours devant l’auditorat du travail.
« Les éléments du dossier suicide vont être copiés et mis à disposition de l’auditorat », explique Franck Discepoli, avocat des parents d’Elisa. « Les éléments qui y sont repris pourront peut-être être des éléments complémentaires pour asseoir la conviction d’un tribunal et d’un procureur pour confirmer le harcèlement ».
Elisa avait également déposé plainte pour un viol présumé. Un dossier classé sans suite.
Si vous avez besoin de parler ou avez des idées noires, sachez qu’une ligne d’écoute du Centre de Prévention du Suicide existe. Elle est accessible au 0800 32 123. Elle est anonyme, gratuite et disponible 24h/24.


















