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« La menace est sérieuse » : face à l’incursion de drones en Belgique, le pays va-t-il invoquer l’article 4 de l’OTAN ?

par RTL info avec Belga
Des drones de grande taille ont survolé l’aéroport de Bruxelles, ravivant les craintes d’une menace hybride. La Défense suspecte une ingérence étrangère, évoque la Russie en coulisses et accélère ses mesures de sécurité face à ce danger inédit.

Les services de sécurité belges ont peu de doute sur le fait qu’un «acteur étatique», plus que probablement la Russie, se trouve derrière les intrusions de drones qui se sont répétées ces derniers jours et semaines, a-t-on appris à bonne source mercredi à l’occasion d’une réunion préparatoire à la réunion du Conseil national de sécurité prévue jeudi matin.

« La menace est sérieuse, il faut en être conscient », a averti mercredi le ministre de la Défense, Theo Francken, en commission de la Chambre à la suite des intrusions de drones qui se sont répétées ces dernières semaines.

Une nouvelle étape a été franchie mardi soir avec le survol par des drones de l’aéroport de Bruxelles-National. Il s’agissait d’appareils de grande taille, qui ont volé en formation. « Un citoyen lambda ne peut pas faire ça, cela correspond aux techniques hybrides que l’on a vues dans d’autres pays », a souligné M. Francken. « Un drone de cette taille qui passe devant la tour de contrôle, ce n’est pas un hasard. Ce qu’on a vu hier, un amateur ne peut pas le faire. »

Ces intrusions se déroulent de manière « coordonnée dans le temps et dans l’espace », en général à la tombée du soir, avec l’objectif d’avoir un effet « disruptif ». Le contrôle à distance de ces engins ne passe pas par les fréquences radio classiques mais par les réseaux 4G ou 5G, ce qui complique les interventions. Pour contrer la menace, un NASC (National Air Security Center) « 2.0 » doit être aménagé à Beauvechain. L’ambition de la Défense est d’accélérer son implémentation, a indiqué le général Van Strythem, chef de la task force « Drones et innovation ».

Des contacts ont été pris avec les pays voisins. Des actions ont déjà été entreprises, que ce soit pour assurer une coordination avec les autorités locales, sensibiliser les quartiers militaires à la menace et mieux les sécuriser, ou répondre par des moyens militaires à cette menace. Un plan d’urgence, d’un montant de 50 millions d’euros, doit être approuvé par le conseil des ministres pour renforcer sérieusement les moyens de détection, d’identification et de neutralisation de ces engins. Il se heurte actuellement à l’Inspection des Finances, a-t-on appris à bonnes sources. Un plan plus vaste, de quelque 500 millions, est en préparation.

« Nous disposons de deux systèmes pour neutraliser les drones sans dommage collatéral : des ‘jammers’ (qui perturbent le signal utilisé par les drones) et des ‘shotguns’ pour les abattre. Nous pouvons aussi installer des missiles mais ce que nous tirons en l’air doit retomber quelque part », a fait remarquer le colonel Comhair.

La Belgique n’est pas le premier pays européen à connaître ce genre d’intrusion. Qui en est l’auteur ? La Russie est pointée du doigt mais, en séance publique de la commission, le ministre et les militaires qui l’assistaient n’ont pas donné de détails. « La recherche des auteurs est une procédure complexe et chronophage qui nécessite une analyse approfondie avant de tirer des conclusions », a affirmé M. Francken.

En coulisses, c’est pourtant bien le régime de Vladimir Poutine qui est visé. La Belgique est une place diplomatique internationale, elle a abrité ces derniers mois des réunions d’opposants russes. Elle est en outre mise sous pression en raison des avoirs russes gelés chez Euroclear, une institution financière installée à Bruxelles. Pourrait-elle invoquer l’article 4 de l’OTAN après l’intrusion de ces drones, comme l’avait fait la Pologne ? Devant les députés, le ministre a d’abord indiqué que cette possibilité était étudiée, avant de préciser qu’il ne demandait pas qu’une telle initiative soit prise, et que de toute façon, elle ne relevait pas de lui mais du Premier ministre et du Conseil national de sécurité.

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