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« Pendant les examens, on m’a bloquée dans les toilettes » : harcelée depuis 4 ans, Sophia ne va plus à l’école

par RTL info avec Marwa Sebbahi, Charlotte Simonart, Gaetan Zanchetta et Guillaume Bruwier 
Que peut faire un enfant harcelé ? Quelles solutions s’offrent à lui ? Ce sont les questions que se posent les milliers d’élèves harcelés en Belgique. Certaines écoles font de la lutte contre le harcèlement un axe central de leur projet éducatif

À 13 ans, Sophia (nom d’emprunt) est victime de harcèlement depuis quatre ans. Aujourd’hui en 2ème secondaire, les insultes sont presque quotidiennes.

« On m’a déjà insultée de salope, on m’a déjà mise sous la douche pendant le cours de sport dans les vestiaires. Et cette année, pendant les périodes d’examen, on m’a déjà bloquée dans les toilettes. Quand j’avais été le dire à l’éducateur, il m’avait dit de laisser ça de côté et de faire mon examen », témoigne Sophia.

« J’ai peur que ça se sache »

Vendredi dernier, Sophia et sa mère sont allées porter plainte auprès de la police. C’est la quatrième en deux ans. Les trois premières ont été classées sans suite. Cela fait trois jours qu’elle ne va plus à l’école.

« Je ne veux pas aller à l’école parce que j’ai peur que ça se sache, qu’il y ait des représailles, que ça se répande. En fait, ce n’est pas que j’ai peur, mais chaque matin je me demande, est-ce qu’il va se passer quelque chose ? », confie la jeune fille.

Selon la maman, l’école, au courant de l’affaire depuis plus d’un an, n’a rien fait. Les parents de la dizaine de harceleurs de Sophia n’auraient jamais été convoqués.

Un projet éducatif autour du harcèlement

Face à cette problématique, certaines écoles font de la lutte contre le harcèlement un axe central de leur projet éducatif.

Miky Landrin est éducateur depuis 10 ans. Ces instants dans la cour de récréation sont précieux. C’est là qu’il décèle les premiers indicateurs de comportements inappropriés : « C’est vraiment là où je vais pouvoir observer, discuter, prendre le temps avec eux et eux viennent vers moi. Systématiquement, j’ai des élèves qui viennent me parler pour des petits problèmes, que ce soit avec des professeurs, des élèves, en famille »

Le parrainage

Pour permettre aux élèves de s’exprimer plus facilement, un système de parrainage est instauré. Des élèves de 6ème accompagnent leurs camarades de 1ère secondaire, novices et parfois perdus dans leur nouvelle école.

Enola fait partie des marraines cette année : « J‘ai vraiment envie d’être là comme leur amie, mais surtout une personne plus grande sur qui elles peuvent compter. » Pour Romane, élève de 1ère année, « c’est très rassurant ».

Si certains élèves trouvent les adultes plus difficiles à aborder, ils sont invités à se confier à leurs camarades. Entre jeunes, la communication est parfois plus facile.

« Une personne de confiance »

L’autre solution, c’est le 103, une ligne d’aide gratuite et confidentielle pour les enfants. « Dans tous les appels que nous recevons, souvent, nous demandons aux jeunes s’il y a une personne de confiance avec qui ils peuvent parler. Avec qui parfois ils peuvent même nous appeler. Et comme ça, on va vraiment pouvoir orienter le jeune avec un adulte qui pourra l’accompagner dans les démarches qui ne sont pas toujours évidentes à faire », explique Sylvie Courtoy, coordinatrice du service « Écoute 103 ».

L’objectif est d’éviter à tout prix que l’enfant ne s’isole dans son malheur. Pour éviter d’en arriver là, Michel Meulenijzer a fondé l’ASBL « Sors de ta bulle » avec laquelle il tente de lever le tabou. Grâce à son court métrage, il met les enfants face aux conséquences parfois dramatiques du harcèlement.

Parler du problème

Après avoir rencontré plus de 50.000 élèves, il est aujourd’hui certain que parler du problème fait partie de la solution : « Il n’y a pas de solution miracle, comme je l’explique. Je pense que la solution de la prévention, de la prise de conscience, est la meilleure arme. »

« Chacun, évidemment, va agir différemment selon son environnement social, selon ce qu’il a vécu, des choses pareilles, mais va pouvoir quand même se souvenir de ce qu’il a vécu et de ce qu’il a entendu. Donc au plus tôt, c’est au mieux, c’est », conclut Michel.

Les experts sont unanimes, la clé réside en une seule action, peut-être la plus difficile : parler. Qu’importe l’âge du confident, la personne harcelée doit parler de ses harceleurs.

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