Partager:
Le front commun syndical s’est dit satisfait de la journée de grève dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Les quelque 120.000 enseignants étaient appelés à croiser les bras pour dénoncer les économies planifiées dans le secteur par la majorité MR-Les Engagés.
« La mobilisation a été assez forte dans toutes les régions, on voit que le problème est pris au sérieux par nos affiliés », a déclaré Luc Toussaint, président de la CGSP-Enseignement.
Un constat partagé par Roland Lahaye, secrétaire général de la CSC-Enseignement. « Nous sommes satisfaits de cette journée de mobilisation. Il ne faut pas oublier qu’au-delà des actions qui ont rassemblé quelques milliers de personnes, d’autres enseignants ont débrayé sans prendre part aux actions ».
Dans plusieurs villes de Wallonie et à Bruxelles, les acteurs du monde de l’enseignement ont participé à la « veillée funèbre » de l’école.

« Ce sont les équipes régionales qui ont choisi ce format », explique Roland Lahaye. « La décision n’est pas venue du niveau communautaire. C’est donc révélateur de l’état d’esprit des enseignants qui assistent lentement mais sûrement au déclin de l’école ».
Plus d’un millier de manifestants – 250 selon la police – s’étaient rassemblés, par exemple, place Surlet de Chokier, à Bruxelles, devant le siège de la FWB. Parmi eux, principalement des enseignants, mais aussi des élèves venus dénoncer les réformes portées par la ministre Glatigny.

La mobilisation a pris une dimension symbolique avec le dépôt d’une gerbe de fleurs au pied de la statue de la Brabançonne, « en mémoire des collègues sacrifiés par les mesures décidées par le gouvernement ». En fin de rassemblement, la police a chargé les manifestants encore présents en raison du blocage de la circulation. Ces derniers indiquent n’avoir reçu aucune information ni sommation avant la charge.
Une délégation syndicale a également été reçue en fin de matinée par la ministre de l’Enseignement, Valérie Glatigny (MR). À l’issue de la réunion, celle-ci a évoqué « une réunion très constructive où on a pu se dire les choses. Les syndicats ont pu exprimer l’émotion des enseignants, moi, j’ai pu dire que je regrettais les pertes d’apprentissage pour les élèves en ce jour de grève », a-t-elle indiqué à l’agence Belga.
La ministre de tutelle a rappelé la situation budgétaire de la FWB. « Ce ne sont pas des économies qu’on fait de gaieté de cœur, c’est évidemment parce qu’on veut retrouver la maîtrise de notre situation budgétaire pour réinvestir dans l’école », a-t-elle ajouté. Valérie Glatigny a également souligné qu’un budget de 200 millions d’euros avait été débloqué pour de nouvelles politiques.
Les réactions syndicales étaient, pour leur part, mitigées. « Certains soufflent un tout petit peu après avoir appris qu’il n’y aurait pas d’autres surprises durant la législature. Mais pour d’autres, il n’y avait pas grand-chose de neuf. Beaucoup de « bla-bla », mais les profs devront travailler plus sans gagner plus : belle promotion du travail gratuit par un parti qui se dit être le parti du travail », a réagi un responsable syndical.

D’autres actions étaient également prévues dans plusieurs villes wallonnes. Des milliers d’enseignants se sont rassemblés dès 10h00 à l’appel du front commun syndical liégeois. Le cortège a démarré devant l’Université de Liège, place du XX Août, avant de se diriger vers la cathédrale Saint-Paul, où une cérémonie funéraire s’est déroulée afin « d’enterrer symboliquement les mesures gouvernementales ». Le parcours est ensuite passé par les bureaux du MR avant de se terminer devant l’Opéra royal de Wallonie, en écho aux mesures touchant l’accès à la culture.
Une « veillée funèbre » a également été organisée place Saint-Aubain à Namur, où un millier de personnes s’étaient rassemblées. Les participants avaient été invités à s’habiller en noir et à apporter une fleur, un dessin ou une bougie, mais aussi un souvenir de ce que l’enseignement représentait pour eux avant les mesures mises sur la table par la majorité MR-Les Engagés.
Dans le Brabant wallon, les enseignants grévistes se sont retrouvés au pied de la Butte du Lion de Waterloo avant d’organiser une opération « escargot » jusqu’à Nivelles. À Mons, une chaîne de solidarité a été organisée en milieu de matinée sur la place Roosevelt.
« Contrairement à ce qui se raconte, ce n’est pas un jour de congé, c’est un jour de grève. On est au début du combat ; on l’a déjà entamé lorsqu’elle, Valérie Glatigny, s’est attaquée à l’enseignement qualifiant. Ici, elle en remet une couche : on nous annonce déjà un catalogue des horreurs. Cela fera 1.500 postes en moins. Quand le gouvernement dit que c’est faux, il faudra qu’on m’explique : quand on donne des heures en plus, on les retire à quelqu’un d’autre », a dénoncé Fabrice Pinna, permanent bruxellois de la CSC-Enseignement.
Le 10 octobre dernier, à l’issue de son conclave budgétaire, l’exécutif piloté par Elisabeth Degryse avait annoncé diverses mesures d’économie dans l’enseignement obligatoire dès l’an prochain, pour un total de 86,7 millions d’euros.
Charge horaire augmentée de 10 % sans compensation salariale pour les enseignants du secondaire supérieur, réduction des indemnités en cas de maladie, restrictions pour les départs à la retraite anticipée : les raisons du courroux syndical sont nombreuses.
Ces griefs s’ajoutent au mécontentement généré par d’autres projets de réformes annoncés l’an dernier par le gouvernement, dont la fin programmée du statut de fonctionnaire pour les nouveaux enseignants au profit de contrats à durée indéterminée.
Une réunion entre syndicats est prévue mercredi afin d’évaluer les actions de ce lundi mais aussi envisager de futures actions, en fonction du retour des affiliés.
Les syndicats de l’enseignement de la Fédération Wallonie-Bruxelles appellent leurs affiliés à suivre le mot d’ordre de grève les 24 et 25 novembre, dans le cadre des trois journées d’actions syndicales programmées en fin de mois pour dénoncer diverses réformes de l’Arizona.
« Nous sommes engagés dans un processus qui sera long, puisque les réponses du gouvernement ne vont pas dans notre sens. C’est une bataille qui se jouera dans l’opinion publique, avec un mode de lutte un peu différent, avec des arrêts de travail ou des actions plus originales pour conscientiser la population », a déclaré Luc Toussaint, de la CGSP-Enseignement.


















