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« Ils roulaient vraiment comme des cowboys » : les policiers adoptent-ils des comportements dangereux sur nos routes ?

par RTL info avec Julie Duynstee et Catherine Vanzeveren
Il y a un mois, un piéton a été percuté par une voiture de police à Ixelles. Le jeune homme a perdu la vie. Ce dramatique accident remet en cause les pratiques policières. Les policiers prennent-ils trop de risques sur la route ? Sont-ils formés à la conduite ? Et quelles sont les règles lors des missions urgentes ?

Ces accidents à l’issue parfois tragiques suscitent des questions. Les risques pris par les policiers sont-ils justifiés ? Notre enquête débute à Ixelles. Il y a un mois, un jeune homme s’engage sur un passage pour piétons avant d’être percuté.

« Une première voiture s’est arrêtée pour le laisser passer et c’est à ce moment-là que le véhicule de police a dépassé cette première voiture et est entré en collision avec ce piéton qui a été propulsé à une vingtaine de mètres », raconte Sophie Feyder, chargée de mission chez Heroes For Zero, une association citoyenne qui dénonce la banalisation de la vitesse au sein des forces de l’ordre.

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Cette collision mortelle suscite beaucoup de réactions. Un automobiliste nous a notamment envoyé des images filmées en Wallonie. Deux voitures banalisées le dépassent sur une bande. Une conduite qui semble dangereuse. Il s’agit d’une unité de protection de la police fédérale, la DAP.

Pour notre enquête, un ancien agent de cette unité justifie cette pratique. Selon lui, c’est une technique habituelle qui respecte les règles : « Les policiers de la DAP sont sélectionnés, raconte-t-il. On suit une formation spécifique de conduite avec un examen. Quand nous effectuons des escortes en voiture, nous suivons les techniques enseignées ».

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Mais peu de policiers suivent une telle formation. Et plusieurs accidents récents interpellent. Comme à Ganshoren, où Fabian, âgé de 11 ans, est décédé.

Depuis 2017, au moins 12 personnes ont perdu la vie à Bruxelles, lors d’une collision avec une voiture de police. Soit plus d’une victime par an.

« Il faut prendre tous ces cas dans leur ensemble et constater qu’il y a un véritable problème structurel », estime Sophie Feyder.

Des victimes et des familles marquées à vie

Ce genre d’accident réveille de douloureux souvenirs chez Stéphane. Il y a 10 ans, il échappe de peu à la mort. Il est environ 5h du matin lorsque ce Bruxellois est percuté par une patrouille de police.

Stéphane explique que l’impact a été « plus que violent ». La voiture, qui roulait selon lui entre 60 et 80 km/h, l’a percuté alors qu’il se trouvait sur un passage piéton. « J’ai fait un vol plané de trois mètres », raconte-t-il.

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Les conséquences ont été graves : il est resté six semaines dans le coma, ce qui a affaibli toutes ses défenses immunitaires. « J’ai été en chaise roulante pendant plus d’un an », précise-t-il, ajoutant qu’il « ne savait plus bouger [son] cou ». « J’ai été très très mal, vraiment. »

Sa famille a également vécu un cauchemar. « Mes parents, ma sœur ont eu très peur pour moi », confie-t-il, avant d’avouer qu’« ils ont cru un moment que j’allais mourir ».

Selon lui, les policiers avaient utilisé les feux bleus, mais pas la sirène. Pour une raison bien précise.

« La police se rendait pour un cas de home jacking, raconte Stéphane. Le malfrat se trouvait encore dans l’habitation dans laquelle il se rendait. Il ne fallait pas mettre de sirène pour ne pas les faire fuir ».

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Lors d’une mission prioritaire, les feux bleus doivent être allumés pour alerter les autres usagers. Mais le policier ne peut pas enfreindre le code de la route.

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Lors d’une mission prioritaire et urgente, gyrophares et sirènes sont nécessaires. Une dispense à certaines règles est alors accordée au policier.

Vincent Gilles, président du syndicat de police SLFP, explique qu’un conducteur peut « par exemple franchir un feu rouge et donc entrer dans un carrefour ». Cependant, il souligne que « les conditions d’exécution sont très précises et décrites dans le code de la route ». « C’est bien sûr la prudence qui prime », insiste-t-il.

Il précise également que cette manœuvre ne doit « pas mettre en danger des usagers faibles », ni « des usagers comme les conducteurs et conductrices d’autres véhicules ».

Mais qu’en est-il sur le terrain ? Hors caméra, plusieurs policiers nous confirment des abus. Un agent de la police fédérale, qui souhaite rester anonyme, dénonce « un manque de cadre clair pour la conduite prioritaire ». Selon lui, « on laisse un libre arbitre au policier », ce qui place les agents « sous une pression énorme » pour exécuter les ordres.

Un règlement flou et une pression émanant de l’échelon supérieur, c’est ce que déplore également le principal syndicat de police.

« Un manque de cadre clair pour la conduite prioritaire »

Vincent Gilles, président du syndicat de police SLFP, souligne que « tout repose finalement sur les épaules du chauffeur du véhicule ». Il interroge : « Quant au choix de ce qui est raisonnable ou proportionnel en regard de la mission, est-ce vraiment une mission urgente ? » « Qu’est-ce qu’une mission urgente ? », poursuit-il, estimant que « la question mérite d’être posée », car « le concept n’existe pas juridiquement ».

Autre grief épinglé : une formation lacunaire voire inexistante

Un agent de la police fédérale s’interroge : « Ces cours de conduite prioritaire ne sont pas obligatoires », alors que les véhicules utilisés sont « de plus en plus puissants ». « Moi-même, j’ai vu des policiers sans réelle formation qui roulaient vraiment comme des cowboys », confie-t-il.

Nous avons vérifié cette information à l’école de police de Jurbise, dans le Hainaut. Les jeunes recrues y sont formées, mais la formation à la conduite prioritaire est uniquement théorique.

Walter Bilanzola, commissaire de police à l’académie de police du Hainaut, explique que « la théorie est intégrée au niveau de la formation, avec l’ensemble des cours de circulation routière ». En revanche, « tout ce qui est pratique n’est pas prévu dans la formation de base », précise-t-il.

Une formation pratique est possible pour les agents déjà opérationnels. Walter Bilanzola souligne que « c’est une démarche volontaire ». À l’Académie de police, « nous sensibilisons en tout cas les différentes unités Hennuyères avec lesquelles nous travaillons », précise-t-il. Cependant, « il n’y a pas d’obligation de suivre cette formation pour être opérationnel sur le terrain », ajoute-t-il.

La police fédérale refuse tout commentaire

Cette semaine encore, nouvel incident lors d’une course-poursuite à Huy. Ces accidents impliquant des véhicules de police sont-ils fréquents ? Difficile d’évaluer l’ampleur du phénomène. Malgré de nombreuses sollicitations, la police fédérale refuse tout commentaire et ne communique aucun chiffre.

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