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Dans l’effervescence du carnaval, c’est un cadeau que les spectateurs espèrent recevoir l’après-midi du Mardi Gras. À Binche, les oranges sont un vrai symbole de la fête et du bonheur qu’on se souhaite. Chaque année, quelques jours avant les festivités, les Gilles viennent s’approvisionner.
« Il nous faut quatre cartons. On avait réservé les classiques, les oranges sanguines et les Copal » : lance Kiefer Danneels au vendeur. Dimanche après-midi, ce Gille pour la société « Les jeunes indépendants » est venu récupérer 60 kilos d’oranges pour lui et ses amis. « Ça représente un moment du Mardi Gras, du cortège de l’après-midi. C’est une offrande, c’est un cadeau qu’on donne à tous les touristes qui viennent, aux enfants, etc. », explique-t-il.
Des tonnes d’oranges
Durant le carnaval, chaque Gille distribue en moyenne 25 kilos de ces oranges rougeâtres, dites sanguines. Au total, cela représente 31 tonnes. Ces fruits, en provenance de la région de Valence en Espagne, sont commandés plusieurs semaines à l’avance. Le prix est proche des 1,15€ par kilo.

Plusieurs sortes d’oranges existent : « J’ai des Copal. À Binche, on préfère cette orange-ci, parce qu’elle est bien calibrée. On n’a jamais de problème. J’ai réussi aussi à avoir des oranges un peu plus colorées. Et alors ici, vous avez un beau deuxième choix aussi », montre Rosario Calderone, maraîcher.
Durant tout le week-end, les Gilles vont apporter les oranges dans les différents lieux de rassemblement pour mardi. Kiefer remplit déjà ses sacs à dos. Deux personnes portent les oranges pour chaque Gille.
« C’est un cadeau, pas un projectile »
La suite se passe dans le cortège comme l’explique bien Kiefer : « Le lancer parfait, c’est de bien l’avoir en main. Et après, c’est comme un lancer de boule de neige. Il faut partir de bien loin, bien dérouler, et envoyer, tout simplement. Après, ça reste une offrande, c’est un cadeau, pas un projectile donc il ne faut pas faire mal », rappelle-t-il.
À Binche, ces oranges sont donc censées porter bonheur à toutes celles et ceux qui les recevront.
Une tradition carnavalesque qui a évolué au fil du temps. En effet, les oranges ont remplacé les pommes et les oignons qui étaient placés dans des paniers en métal auparavant.
Une tradition dont l’histoire a évolué
« Dès les années 1860, on passe à un panier en osier où on va distribuer des oranges. Alors pourquoi les oranges ? Parce que c’est un fruit précieux qui vient d’Espagne et qui était acheminé en train. Le chemin de fer s’installe à Binche en 1847. Et forcément, ça coûte cher à l’époque. Donc ça montre l’embourgeoisement de la ville de Binche », dévoile Clémence Mathieu, directrice du Musée du Masque et du Carnaval, à Binche.
Mardi, le long du cortège, vous ferez peut-être partie des heureux spectateurs qui recevront ces oranges. Certains passionnés les collectionnent et les conservent eux-mêmes plusieurs années durant.
















