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« Ça crée un sentiment de honte » : qu’est-ce que la sexomnie, ce trouble du sommeil méconnu ?

Par RTL info
Vous vous demandez peut-être chaque matin au réveil, si vous avez réellement bien dormi. Et lorsque ce n’est pas le cas, vous cherchez à comprendre pourquoi. Albert Lachmann, somnologue, était l’invité du RTL info 13h. Ce spécialiste du sommeil démystifie les « parasomnies ».

Nous allons parler de ce qu’on appelle parasomnies. C’est un nom un peu barbare, mais qu’est-ce que ça veut dire ?

Les parasomnies regroupent toutes les sensations ou tous les comportements qui se passent la nuit et qui ne devraient pas s’y trouver. Et ce sont des sensations ou des comportements qui ne se passent que dans le sommeil. Les plus courants, ce sont les éveils confus, les terreurs nocturnes, le somnambulisme, les prises alimentaires inconscientes, la sexomnie ou autre. On ne parle pas ici d’apnée du sommeil, ça n’a rien à voir. Et alors ces comportements sont inconscients, sauf si on réveille le dormeur pendant l’action.

On dit toujours que si un proche est somnambule et qu’on le voit dans une crise de somnambulisme, il ne faut surtout ne pas le réveiller. Est-ce que c’est vrai ?

Effectivement, parce que ces comportements se passent dans le sommeil profond et personne n’aime être réveillé pendant le sommeil profond, on peut devenir agressif. Donc il faut protéger la personne qui a ce comportement, la ramener dans le lit, la toucher le moins possible, lui parler le moins possible, juste s’assurer de sa sécurité. C’est très courant chez les enfants, et souvent les parents ont bien compris ce qui se passe. Ils ferment les portes, ils protègent l’enfant et puis ne s’en préoccupent plus. Et plus tard, nous, les spécialistes, on voit les gens arriver à l’âge adulte quand ils se mettent en couple et souvent alors le conjoint est effrayé et vient nous consulter avec le dormeur.

Est-ce qu’on peut faire quelque chose pour lutter contre des crises de somnambulisme ?

Oui, on peut déjà expliquer ce qui se passe. Comprendre c’est déjà une part de l’action. Prendre des mesures, comme je l’ai dit, de protection. Il y a des éléments qui déclenchent les parasomnies, notamment la privation de sommeil, c’est le principal, donc il faut que ces gens dorment suffisamment. Et on voit ça par exemple chez vos enfants qui vont en camp scout, où ils vont dormir moins avec d’autres personnes. Ils peuvent donc être très gênés, voire avoir de la honte de leur comportement. Donc c’est intéressant d’enlever les facteurs déclenchants comme la privation de sommeil, le stress, certains médicaments peuvent aussi déclencher ça.

On parle aussi d’une autre parasomnie, la sexomnie. Un phénomène qu’on ne connaît pas bien et pourtant vous voyez des personnes qui sont touchées par ça dans vos consultations, expliquez-nous un petit peu ce que c’est.

Dans ma pratique, des gens viennent me consulter parce qu’ils ont des comportements d’ordre sexuel inconscient pendant leur sommeil. Alors souvent ça met très longtemps avant de le déclarer, parce que ça crée un sentiment de honte très important. Mais ça pose des problèmes sociaux, familiaux considérables, et donc c’est important de les repérer, d’expliquer au patient mais aussi à son conjoint, voire à l’entourage ce qui se passe, pour prendre des mesures de protection, voire des traitements médicamenteux.

Des comportements sexuels individuels ou parfois sur d’autres personnes qui sont dans le lit ou qui sont dans la chambre à côté, et complètement inconscient ?

Tout à fait inconscient, ça peut être des attouchements, des masturbations, voire des pénétrations, et évidemment le conjoint doit immédiatement réveiller le dormeur, doit protéger les enfants s’il y a des enfants pas loin. Et il faut prendre des mesures très strictes par rapport à ça.

Et oser venir consulter, j’imagine que c’est compliqué aussi pour les personnes touchées de venir ?

Toujours, mais on n’est pas dans le jugement en tant que médecin, on est là pour aider les gens, leur expliquer ce qui leur arrive, et les aider à résoudre le problème.

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