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L’obésité est un problème complexe, à la fois génétique, environnemental et comportemental. Sa progression inquiète, notamment chez les plus jeunes. Car ce phénomène mondial, reconnu comme une véritable épidémie par l’Organisation mondiale de la Santé, pose de nombreux problèmes de santé. « Les chiffres sont clairement à la hausse », confirme d’emblée le docteur Julien Munck, chirurgien digestif bariatrique. « Ce n’est pas seulement un phénomène américain. En Europe, en Belgique aussi, on constate une augmentation de la prise de poids dans la population. Et ce qui m’inquiète le plus, c’est la progression chez les enfants. À Bruxelles, un enfant sur dix est en surpoids ou en début d’obésité. Cela signifie que le problème commence tôt, et qu’il faut agir rapidement. »
Des causes multiples : génétique, alimentation et mode de vie
Si l’on pense d’abord à l’alimentation ultra-transformée pour expliquer cette hausse, ce n’est qu’une partie du problème. « Il y a toujours une base génétique », rappelle le spécialiste. « On n’est pas tous égaux face à la prise de poids. Certaines familles ont une prédisposition à stocker davantage. »
Mais l’environnement joue un rôle central : « Il y a 200 ans, on ne mangeait pas comme aujourd’hui. L’apport en sucre, en gras, en produits ultra-transformés a explosé. » Il cite un exemple marquant : « Les îles Samoa, dans le Pacifique, sont parmi les pays les plus touchés par l’obésité. Leur population est génétiquement prédisposée à stocker les calories, un avantage dans un environnement hostile il y a cent ans… mais un désastre aujourd’hui avec l’abondance alimentaire. »
Chaque cas est différent, il faut adapter les conseils
À cela s’ajoute un mode de vie de plus en plus sédentaire. « Le manque d’activité physique est une évidence. Le corps a besoin de bouger, de faire circuler le sang, de faire travailler le cœur. Quand je prends en charge un patient, la première étape, c’est toujours : alimentation équilibrée et activité physique. »
Mais adapter une alimentation saine à son quotidien n’est pas toujours simple : « Certains patients sont chauffeurs de taxi ou forains. Ils mangent sur le pouce, souvent mal, et restent assis toute la journée. Chaque cas est différent, il faut adapter les conseils. »
Et quelle est la différence entre obésité et surpoids ? « On utilise l’IMC, ou indice de masse corporelle, pour catégoriser », explique le docteur Munk. « Entre 25 et 30, on parle de surpoids. À partir de 30, c’est de l’obésité. » Le calcul est simple : poids divisé par la taille au carré.
L’obésité, c’est comme un iceberg
Au-delà des chiffres, il faut surtout comprendre les risques : « L’obésité, c’est comme un iceberg. On voit la fatigue, les douleurs, mais en dessous, il y a souvent du diabète, de l’hypertension, des maladies cardiovasculaires… »
Dans le centre où il exerce, le chirurgien organise une journée spéciale appelée Qui se cache derrière ? : « L’objectif est de faire comprendre aux patients qu’ils ne souffrent pas seulement de surpoids visible, mais que d’autres maladies sont peut-être déjà là. »
Au-delà des complications médicales, il y a aussi la souffrance psychologique. « La stigmatisation existe, c’est un fait. Les gens viennent me voir parce qu’ils ne se sentent pas bien, pas parce que la société les juge. Mais il faut le dire clairement : l’obésité est mauvaise pour la santé. Ce n’est pas une question d’esthétique. »
La chirurgie : une solution ?
Quand les régimes et les rééquilibrages ne suffisent pas, la chirurgie peut être envisagée. Mais elle ne s’adresse pas à tout le monde. « Il faut avoir plus de 18 ans, un IMC supérieur à 40, ou dès 35 si des pathologies associées sont présentes : diabète de type 2, apnée du sommeil, hypertension… »
Les techniques les plus courantes aujourd’hui sont la sleeve et le bypass : « La sleeve consiste à retirer une partie de l’estomac. Le bypass, lui, modifie le trajet des aliments dans le système digestif pour limiter l’absorption. » Mais le docteur insiste : « La chirurgie n’est qu’un outil. Elle ne fonctionne que si l’on change ses habitudes. Il ne s’agit pas de faire un régime temporaire. Il faut changer de régime de vie, durablement. »
L’intervention est suivie d’un accompagnement pluridisciplinaire : diététicien, psychologue, médecin. Le but est d’ancrer de nouvelles habitudes.


















