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Le président vénézuélien a été arrêté au nom de la lutte contre le narcotrafic, alors que l’ancien président du Honduras, condamné pour trafic de drogue, est gracié discrètement par la Maison Blanche. Donald Trump a-t-il utilisé un prétexte pour s’emparer du pétrole au Venezuela ? Et surtout à quel prix ?
Nicolás Maduro, le président du Venezuela, est accusé par la Maison Blanche d’être à la tête d’un vaste réseau de narcotrafic. Il risque au moins 30 ans de prison.
Depuis des mois, Donald Trump mène des attaques contre des navires transportant de la drogue au large du Pacifique. « Chaque bateau que nous abattons, en moyenne, permet de sauver 25 000 vies américaines », scande-t-il. Les motivations semblent claires, mais Donald Trump sème le doute, car quelques semaines plus tôt, il décide de gracier l’ancien chef d’État du Honduras. Juan Orlando Hernandez avait été extradé, puis condamné à 45 ans de prison. La justice new-yorkaise l’accuse de faire partie de cartels de drogue et d’avoir envoyé 400 tonnes de cocaïne aux États-Unis. Désormais, il est libre.
La lutte contre le trafic de drogue ? « Pas une priorité »
La lutte contre la drogue est-elle vraiment une priorité de la Maison Blanche ? « C’est très clair que ce n’est pas une priorité, mais c’est plutôt un prétexte, affirme Serge Jaumain, spécialiste des États-Unis (ULB). Et au fur et à mesure que Donald Trump s’exprime, on comprend bien que l’élément essentiel, c’est bien sûr le pétrole et la richesse du Venezuela de ce point de vue ».
Car si Donald Trump veut mettre la main sur le pétrole vénézuélien, c’est bien parce que le pays possède la plus importante réserve mondiale sur la ceinture de L’Orénoque, au sud du fleuve du même nom. Le Venezuela détiendrait 300 milliards de barils, c’est plus que l’Arabie saoudite.
Un pétrole « extra-lourd » et « coûteux »
« Il faut savoir que ce sont des réserves de pétrole brut, donc qui est un pétrole extra-lourd, mais ce pétrole est difficile et coûteux à exploiter », explique Sebastian Santander, professeur de sciences politiques (ULiège).
Et c’est peut-être là le problème, car la production journalière ne dépasse pas les 860 000 barils contre 10 millions pour les Saoudiens. Pour expliquer cet écart, il faut remonter aux années 2000, lorsqu’Hugo Chavez entreprend de nationaliser l’industrie pétrolière.
Depuis la nationalisation, un certain nombre de grandes entreprises américaines se sont retirées
« Depuis la nationalisation du secteur, un certain nombre de grandes entreprises américaines se sont retirées », précise Serge Jaumain. « Vous allez avoir des milliers d’ingénieurs et de cadres compétents de l’entreprise pétrolière vénézuélienne qui vont être licenciés, qui vont être remplacés par des profils politiquement loyaux, mais souvent des personnes qui ne sont pas compétentes », ajoute Sebastian Santander.
Résultat : des infrastructures vieillissantes, mal entretenues et des sanctions américaines qui poussent le Venezuela à livrer son pétrole à bas prix, notamment à la Chine. S’emparer de l’or noir vénézuélien permet à Donald Trump de pénaliser son rival chinois. Le président américain promet d’investir des milliards de dollars, mais selon plusieurs spécialistes, il faudra des années pour relancer la production.













