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La Région de Bruxelles-Capitale a été condamnée à suspendre toute urbanisation et imperméabilisation des terrains non bâtis de plus d’un demi-hectare jusqu’à fin 2026, ou jusqu’à l’adoption d’un nouveau plan d’aménagement (PRAS). Un jugement exceptionnel qui, selon la justice, vise à contraindre la Région à intégrer les impératifs climatiques dans sa politique du territoire.
Un verdict à portée inédite
« C’est une victoire d’étape importante », s’est réjoui Jean-Baptiste Godinot, président de l’association We Are Nature. Depuis 2014, cette association milite pour un moratoire sur l’artificialisation des sols bruxellois. Désormais, plusieurs sites emblématiques – la friche Josaphat, le marais Wiels, le Bempt ou encore le bois de Calevoet – sont temporairement protégés. Pour l’avocat des requérants, Me Vincent Letellier, « le tribunal a voulu rappeler que l’aménagement du territoire doit tenir compte du dérèglement climatique ».
Bruxelles doit revoir sa copie
Cette décision, explique notre journaliste Laura Van Leerberghe, bloque concrètement certains grands projets. « Le site du Ban à Forest, où l’Union Saint-Gilloise envisageait de construire son nouveau stade, ne pourra pas obtenir de permis pendant deux ans », précise-t-elle.
Un symbole fort, tant le tribunal insiste sur le caractère « anachronique » du PRAS actuel, adopté en 2001. La Région devra désormais intégrer dans ses plans les impacts climatiques, les zones humides, les capacités de captation de carbone ou encore les effets d’îlots de chaleur.
L’imperméabilisation, un risque climatique
« Dans l’urbanisation, il y a forcément une part d’imperméabilisation : on coule du béton, on scelle les sols », explique Jean-Baptiste Godinot. « Et quand on imperméabilise, on aggrave les effets des épisodes météo extrêmes : les inondations deviennent plus violentes, les canicules plus mortelles, la pollution plus concentrée. » Selon lui, « urbaniser à tout prix, c’est détériorer la qualité de vie et la résilience de la ville ».
Un appel à la concertation
Le collectif We Are Nature espère désormais que la Région ne fera pas appel. « Cette décision est une opportunité », estime son président. « Elle offre un socle clair pour repenser le développement urbain en intégrant la nature comme un pilier de la résilience climatique. » L’association propose la création d’un fonds d’adaptation financé à la fois par des fonds publics et citoyens, sur le modèle des bons communaux d’Etterbeek.
Vers une nouvelle vision urbaine
Pour Jean-Baptiste Godinot, l’enjeu dépasse la seule écologie : « Il faut sortir du narratif toxique qui oppose logement social et espaces naturels. Nous voulons un accès à un logement sain et à une nature saine pour tous. » D’ici fin 2026, Bruxelles devra donc trouver comment construire autrement : sans sacrifier la biodiversité ni la sécurité climatique de ses habitants.


















