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« J’ai vu la mort », « Il m’a traité de macaque » : Adam et Karim ont été attaqués par des hooligans de Bruges à la sortie du stade, « ils étaient au moins 20-30 »

par Donatella Ruolo
Adam (prénom d’emprunt) et Karim ne retourneront sans doute jamais au stade Jan Breydel de Bruges après l’expérience traumatique qu’ils ont vécue. Les deux hommes, d’origine maghrébine, racontent avoir été agressés par des hooligans brugeois juste après le match de Ligue des Champions opposant le Club de Bruges à l’Olympique de Marseille. Des actes racistes, selon eux, dont ils affirment ne pas avoir été les seules victimes.

Les hooligans brugeois n’en sont pas à leur coup d’essai… et pourtant. À l’issue de l’incroyable victoire du Club de Bruges 3-0 face à l’Olympique de Marseille en Ligue des Champions, certains supporters ont décidé de célébrer la victoire en agressant des spectateurs d’origine étrangère. Selon nos informations, deux groupes ont cherché la confrontation en dehors du stade.

Adam, qui nous a contactés via le bouton orange Alertez-nous, raconte : « C’est la première fois que j’allais à Bruges, j’ai été invité par un agent de joueurs (Karim, ndlr). En sortant du stade, on marchait sur l’avenue Léopold III pour retrouver la voiture quand un homme est apparu et nous a insultés. Il nous a traités de sales macaques en néerlandais. On ne portait rien de distinctif, mais on est d’origine maghrébine et ça se voit. »

À partir de là, tout dégénère très vite : « Il m’a donné un coup de poing, puis une autre personne est arrivée, puis une autre… Ils étaient plusieurs dans la rue, certains cagoulés. »

« Jamais vu ça »

Karim poursuit le récit : « Quand ils ont mis le premier coup à mon ami, je l’ai vu voler. Ce ne sont pas des enfants de chœur, ils frappent pour faire mal. Ils étaient au moins 20-30. J’ai un œil au beurre noir et des contusions, pourtant je suis assez costaud. Je ne peux m’empêcher de penser que si une femme ou un adolescent avaient été à notre place, ils ne seraient peut-être pas là pour le raconter. »

Agent de footballeurs, Karim est un habitué des stades de football. « Je n’ai jamais vu quelque chose comme ça, une haine pareille », regrette-t-il.

J’ai vu qu’ils s’attaquaient à d’autres étrangers
Adam (prénom d’emprunt)

« J’ai vu des matchs réputés chauds mais jamais au grand jamais je n’ai vu des supporters agresser gratuitement quelqu’un qui va chercher sa voiture… », continue-t-il. Notre interlocuteur regrette qu’il n’y ait pas plus de présence policière dans cette rue adjacente au stade : « Je sais qu’ils ne peuvent pas quadriller toute la ville mais nous n’étions vraiment pas très loin du stade dans une rue très passante. »

Dans l’agitation, les deux hommes sont séparés. Adam raconte avoir couru en direction du stade en voyant que toute l’avenue était occupée par des hooligans hostiles : « J’ai vu la mort. Je me suis adressé aux policiers à proximité du stade qui m’ont conseillé de rester là. J’ai repris mes esprits pendant une trentaine de minutes mais je devais retourner à la voiture », dit-il. « J’ai fini par mettre ma capuche et me fondre dans la foule en espérant qu’ils ne me reconnaissent pas. En passant, j’ai vu qu’ils s’attaquaient à d’autres étrangers ».

La police n’a pas signalé d’affrontements majeurs

Les deux hommes se sont finalement retrouvés près de leur véhicule : « On est partis le plus vite possible de là ! » Karim s’en sort avec quelques contusions et Adam est blessé au genou. Ils n’ont pas porté plainte mais témoignent pour « éveiller les consciences sur ce qu’il se passe à Bruges ». « Et en plus ils ont gagné, imaginez s’ils avaient perdu », ironise Karim.

Contacté, le Club de Bruges ne communique pas sur ces incidents : « Tout est resté calme dans le stade et la police n’a pas signalé d’affrontements majeurs en dehors », nous dit-on.

« Pas étonnant »

Nous avons fait part de ces témoignages à Manuel Abramowicz, coordinateur du site RésistanceS et spécialiste de l’extrême droite. « Le foot est un moment sportif dont certains profitent pour s’adonner à la violence. Parmi ces gens, il y a aussi des racistes qui vont choisir d’exercer cette violence à l’égard des personnes étrangères. »

Les hooligans du Club de Bruges sont notoirement proches de l’extrême droite. Pour autant, pour le spécialiste, cette histoire qui n’est « pas étonnante » n’est pas propre à Bruges : « C’est un phénomène mondial. »

Il continue : « Il y a toujours eu de la violence en marge des matchs de football. Avant, cela se passait dans les stades. Depuis le drame du Heysel, on a énormément renforcé les contrôles mais on n’a pas travaillé sur les causes de cette violence. Elle est donc toujours présente, mais s’est déplacée en dehors des enceintes. »

Selon notre interlocuteur, quand vous additionnez cette violence au noyau d’extrême droite et à l’effet de groupe, cela donne des récits comme celui d’Adam et Karim. Il évoque un incident similaire avec des hooligans brugeois dans les rues de Molenbeek en marge de la Coupe de Belgique contre Anderlecht en mai dernier.

Dernière fois

Adam se rendait au stade Jan Breydel pour la « première et dernière fois », conclut-il de cette histoire. Même son de cloche pour Karim : « Je ne suis pas sûr que j’y retournerai un jour, même pour le travail. » Après cette histoire, ce dernier dit avoir appelé le directeur sportif du Club de Bruges : « Il m’a dit qu’il était au courant des agissements de certains supporters et qu’il était désolé. »

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