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Marc, Philippe et Olivier, gardiens de prison, décrivent les conditions de travail dans les centres pénitentiaires

Dès ce lundi, et pendant quatre jours, beaucoup de gardiens de prison entameront leur service avec deux heures de retard. Les syndicats ont déposé un préavis de grève pour dénoncer, une fois de plus, le manque de personnel. Ils accusent le ministre de la Justice, Koen Geens, de ne pas avoir tenu ses promesses depuis la grande grève de 2016. Nos journalistes Christophe Clément et Ghislain Federspiel ont recueilli les témoignages de trois agents.

Les témoignages recueillis par nos reporters ne vont pas par quatre chemins. Ils dénoncent la situation dans les centres pénitentiaires. "Nous sommes les oubliés de la société. Tant qu'on ne parle pas des prisons, il n'y a pas de problème en prison", confie Philippe Joannes. Âgé de 46 ans, il est agent pénitentiaire depuis 20 ans.

"On fait rentrer le gars dans la prison, on l'enferme, et il faut qu'il se taise. Mais non, c'est fini tout ça. On a des gens qui sont là, il faut les réinsérer", indique de son côté Marc Peeters. Âgé de 60 ans, il sera pensionné dans quatre ans.

Il y a énormément de drogue qui rentre

Délégués à la prison d'Andenne, tous deux dénoncent le manque de personnel et ses conséquences sur le milieu carcéral. "Parfois on supprime certaines activités des détenus, comme ce que nous on appelle le body. Ou certains cours, ou parfois certains préaux peuvent être supprimés. Le manque de personnel fait qu'on ne sait plus faire notre travail comme il faut, ni assurer la sécurité surtout", explique Marc Peeters, délégué de la CSC.

"Etant donné qu'on ne peut plus fouiller les détenus et fouiller les visiteurs comme on le faisait avant, il y a énormément de drogue qui rentre. Quelle qu'elle soit. Que ce soit des drogues dures ou douces, il y en a beaucoup qui rentrent dans les prisons", s'exprime Philippe Joannes, délégué de la CGSP.

Le gouvernement pense budgétaire et se fout des conséquences

Nous avons aussi rencontré Olivier, agent pénitentiaire à la prison de Namur. En 22 ans de service, il a vu les conditions de travail se dégrader. "Le gouvernement, actuellement, pense budgétaire et se fout des conséquences. On ne peut pas gérer une prison comme on gère une administration. Par exemple, si vous avez moins de fonctionnaires, des déclarations vont attendre un peu. Mais ici les détenus sont tout le temps là, il faut s'en occuper", confie Olivier, également délégué CGSP.


Le radicalisme? "Pas de consigne, rien du tout"

Conséquence: les agents ne parviennent pas à prendre les congés auxquels ils ont droit. Marc doit par exemple encore récupérer 316 jours.

À ces difficultés s'ajoute la problématique du radicalisme. "C'est une grande question posée aux agents. On ne sait pas ce que c'est, à part ce qu'on entend dans les journaux et ce qu'on peut lire dans la presse. Sinon, pas de consigne, rien du tout. 'Faites ce que vous pouvez, merci'", résume Philippe.

En 2016, le personnel pénitentiaire avait fait grève durant deux mois, sans pour autant obtenir ce qu'il voulait. Beaucoup estiment même que la situation s'est encore détériorée depuis lors.

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