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Avec ou sans accord, les affaires vont bon train entre Grèce et Macédoine du Nord

Grèce

Les panneaux à la frontière affichent le nouveau nom "République de Macédoine du Nord". Mais les frontaliers grecs n'ont pas attendu l'accord historique controversé mettant fin à trois décennies de dispute diplomatique pour aller faire leurs emplettes dans la petite république balkanique.

"Pour nous il n'y a aucun changement", reconnaît Michalis, en attendant au poste frontalier d'Idomeni pour entrer en Macédoine du Nord. Comme lui, des milliers d'habitants, en majorité venus de la région septentrionale grecque de Macédoine, empruntent quotidiennement la route à destination de Skopje, comme ils l'ont fait depuis longtemps, pour profiter des prix réduits des soins dentaires, du carburant, ou des casinos macédoniens.

Côté grec, aucun changement pour l'instant: l'appellation "Skopje", capitale du pays voisin, figure toujours sur les panneaux indiquant l'autre pays, que le gouvernement grec a promis de remplacer.

L'accord conclu entre les deux pays qui normalise leurs relations continue de susciter la controverse. Une partie des Grecs accusent leur petit voisin de spolier leur héritage historique.

"Ça me fait mal au cœur. Il n'y a qu'une Macédoine, et elle est grecque. Cet accord est inacceptable", déplore Paskalina, une femme de 45 ans. Mais, en dépit de son amertume, elle est en route, comme Michalis, vers Skopje avec ses trois amies pour faire "des courses".

En janvier, un groupe d'automobilistes grecs avaient arraché les plaques d'immatriculation d'une voiture macédonienne près de Thessalonique, après une dispute sur l'autoroute avec le conducteur.

La question sur le nom de la Macédoine a pris une dimension politique en vue des élections générales en Grèce prévues d'ici à la fin octobre.

Le Premier ministre Alexis Tsipras est vivement critiqué par le principal parti d'opposition de droite, la Nouvelle-Démocratie, qui l'accuse d'avoir signé un accord contre "les intérêts nationaux".

- Hypocrisie -

"Nous allons continuer de les appeler "Skopia" (Skopje ndrl). Cela ne va pas changer. Car eux-mêmes s'appellent Skopiotes et non pas Macédoniens, quand ils viennent faire leurs courses en Grèce", explique Thomas, un bijoutier de 40 ans à Thessalonique.

"Certains vont dans le pays voisin pour s'amuser et puis ils participent à des protestations. C'est hypocrite", estime Stratos Xyloudakis, assis dans un café du village d'Idomeni, à cinq kilomètres de la frontière gréco-macédonienne.

"Le pays voisin s'appelait déjà Macédoine. Pour les deux peuples, il n'y avait pas de dispute", ajoute-t-il.

A côté de lui, Costas Boutas estime que l'accord est "bon", "si c'est en faveur de la Grèce, tant mieux".

Jusqu'ici, Athènes refusait à son voisin de s'appeler "Macédoine" estimant que ce nom appartenait à son patrimoine historico-culturel.

Car la région autour de Thessalonique, métropole du nord de la Grèce à 220 km de Skopje, s'appelle également Macédoine, lieu de naissance d'Alexandre le Grand.

Depuis l'indépendance de l'ancienne république yougoslave de Macédoine en 1991, la Grèce, membre de l'Otan et de l'UE, bloquait l'intégration de son voisin à ces organismes tant qu'un accord sur le nom n'était pas trouvé.

"La Grèce reconnaît le pays voisin sous le nom de Macédoine du Nord et cette appellation va figurer dans toute référence officielle y compris le nom sur les panneaux", a assuré Dimitris Tzanakopoulos, porte-parole du gouvernement grec.

Après la révision de la Constitution macédonienne et la notification du nouveau nom à l'Onu mardi, le nouveau nom est entré officiellement en vigueur.

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