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Trudeau ou Scheer? A une semaine des législatives, suspense total au Canada

Trudeau ou Scheer? A une semaine des législatives, suspense total au Canada
Justin Trudeau (à gauche) et Andrew Scheer pendant un débat le 10 octobre 2019Adrian Wyld

A une semaine des législatives canadiennes, Justin Trudeau est en position délicate: incapable de creuser l'écart avec les conservateurs d'Andrew Scheer, menacé par la montée de petits partis, le Premier ministre libéral devra batailler ferme pour décrocher un deuxième mandat le 21 octobre.

Alors que les grands partis se préparent à une dernière semaine de campagne intense, les derniers sondages donnent libéraux et conservateurs dans un mouchoir de poche, dans tous les cas à moins de 35% des intentions de vote. La marge d'erreur rend tout pronostic quasi-impossible.

Dans un tel scénario, aucun des deux grands partis qui alternent au pouvoir depuis 1867 ne serait en mesure d'obtenir une majorité des 338 sièges en lice au parlement fédéral. Le vainqueur devrait composer un gouvernement minoritaire.

"Depuis les années 80, je n'ai jamais vu une campagne électorale où les deux grands partis sont si proches, et où aucun des deux ne réussit à convaincre les électeurs", affirme à l'AFP Christian Bourque, vice-président de l'institut de sondage Léger.

"A 31 ou 32%, les Libéraux sont tout près de leur plancher historique en termes de voix", rappelle-t-il. "M. Trudeau n'est pas capable de convaincre les électeurs progressistes de monter dans le train avec lui. A 32 ou 33%, le chef conservateur est de son côté incapable de convaincre un électeur centriste d'aller voter à droite".

- Au coude à coude -

Elu avec près de 40% des voix et une confortable majorité de 184 députés en 2015 après dix années de gouvernements conservateurs, l'outsider Justin Trudeau avait porté un programme moderne axé sur la défense de l'environnement, des minorités et de la classe moyenne.

Tout au long de sa campagne, le dirigeant libéral, 47 ans, n'a cessé de défendre son bilan: économie prospère avec un chômage au plus bas (5,5%), instauration d'une taxe carbone pour lutter contre le réchauffement climatique, accords de libre-échange avec l'Europe (CETA) ou les Etats-Unis et le Mexique...

Pourtant, usé par quatre années au pouvoir, épinglé par un rapport officiel pour ingérence politique dans une procédure judiciaire et embarrassé par la publication en pleine campagne d'images de lui grimé en Noir ("blackface") dans sa jeunesse, Justin Trudeau a déçu de nombreux électeurs.

Les écologistes ne décolèrent pas depuis qu'il a nationalisé l'oléoduc Trans Mountain, alors que l'environnement est l'un des sujets centraux de cette campagne.

En face, Andrew Scheer, 40 ans, s'appuie sur un programme visant à "remettre l'argent dans les poches des Canadiens", à coups de baisses d'impôts et de coupes budgétaires. Il a promis d'abolir la taxe carbone fédérale s'il parvient au pouvoir.

M. Scheer n'a cessé d'attaquer Justin Trudeau sur sa probité et son éthique, notamment après un rapport accusant le Premier ministre d'avoir fait pression sur sa ministre de la Justice pour qu'elle intervienne en faveur d'une société québécoise poursuivie pour corruption.

"Vous êtes un imposteur et vous ne méritez pas de gouverner ce pays", lui a-t-il lancé lors d'un débat télévisé.

Mais M. Scheer lui-même n'a pas échappé à la controverse. Après s'y être obstinément refusé pendant le premier "débat des chefs", il a finalement admis le lendemain qu'il était opposé à l'avortement "à titre personnel". Tout en assurant qu'un gouvernement conservateur ne remettrait pas en cause ce droit.

Timide, peu à l'aise devant les caméras ou en français, il peine à soulever les foules et pâtit d'une image de père de famille (il a cinq enfants) prudent, sans charisme et aux idées ultra-conservatrices.

- Petits partis -

Si les trois débats télévisés n'ont pas permis aux deux grands partis de faire bouger les intentions de vote, ils ont en revanche donné l'occasion aux dirigeants de deux petites formations de crever l'écran et de grimper dans les intentions de vote.

Jagmeet Singh, le dirigeant sikh aux turbans colorés qui dirige le Nouveau Parti Démocratique (NPD, gauche), pourrait être le "faiseur de roi" en cas de gouvernement minoritaire. Et le chef du Bloc Québécois (indépendantiste) d'Yves-François Blanchet, qui ne présente des candidats qu'au Québec, pourrait coûter des voix aux deux grands partis.

"Plus largement, comme on l'a vu en France lors de l'élection présidentielle, les grands partis traditionnels historiques ont des difficultés à fasciner, inspirer, motiver les électeurs", souligne M. Bourque.

La dernière semaine de campagne s'annonce donc décisive pour MM. Trudeau et Scheer. "C'est là où les chefs tentent de simplifier le message. Chaque parti va le répéter ad nauseam pour motiver les électeurs", prédit l'expert.

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