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« Ils ont dû fuir littéralement le pays » : comment le faste des Shahs en Iran a précipité la chute de la monarchie

par RTL info
Alors que certains Iraniens évoquent aujourd’hui un possible retour de la monarchie, le nom des Pahlavi refait surface. Derrière les images d’opulence et de modernité, la dynastie déchue traîne aussi une histoire de répression, de fracture sociale et de drames familiaux.

Depuis plusieurs semaines, des voix s’élèvent en Iran pour réclamer un changement de régime, certains allant jusqu’à appeler au retour de la monarchie. Plus de quarante ans après la révolution islamique, le fils du dernier Shah, Reza Pahlavi, nourrit toujours l’espoir d’un retour. Pourtant, l’histoire de la dynastie Pahlavi ne se résume pas à l’image dorée d’un trône perdu.

Une dynastie née d’un coup d’État

L’histoire commence en 1925 avec Reza Shah Pahlavi. Militaire ambitieux, il gravit les échelons jusqu’à devenir ministre de la Guerre puis Premier ministre. Cette année-là, il fomente un putsch qui renverse le pouvoir en place et fonde une nouvelle dynastie autour de lui. « Le Parlement va soutenir ce renversement », explique Nicolas Fontaine, rédacteur en chef d’Histoires royales.

Le titre de « Shah », qui signifie roi en vieux perse, s’impose alors comme symbole de cette nouvelle ère. Mais c’est son fils, Mohammad Reza Pahlavi, qui marquera durablement l’histoire du pays.

Monté sur le trône en 1941, Mohammad Reza Pahlavi ambitionne de faire de l’Iran une puissance moderne et occidentalisée. À partir des années 1950, la nationalisation des ressources pétrolières permet au pays d’engranger d’importantes richesses.

La famille Pahlavi s’enrichit considérablement. Palais somptueux, bijoux, réseau d’entreprises et d’institutions tentaculaires : la monarchie affiche un luxe éclatant. « Mohammad Reza Pahlavi a voulu faire de son pays une vitrine incroyable de l’opulence, ce que ne vivait pas le peuple qui vivait une extrême pauvreté », souligne Thomas de Bergeyck, spécialiste des monarchies.

Persépolis : le banquet de tous les excès

Le point culminant de cette démonstration de prestige intervient en 1971, lors des célébrations des 2.500 ans de l’Empire perse à Persépolis. Au milieu du désert, un immense village de tentes luxueuses est érigé pour accueillir chefs d’État et dignitaires du monde entier. « Chaque chef d’État avait sa tente, une chambre pour son personnel, une cuisine, une salle de bains », raconte Thomas de Bergeyck.

Le traiteur parisien Maxim’s orchestre un dîner fastueux : paons farcis au caviar, bouteilles de champagne rares, décors reconstitués jusque dans les moindres détails, avec arbres replantés et oiseaux installés pour l’occasion.

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Parmi les invités figurent notamment Haile Selassie, Baudouin, Fabiola ou encore Nicolae Ceaușescu. Une mise en scène spectaculaire, mais vivement critiquée dans un pays où une partie de la population vit dans des conditions précaires et reste profondément attachée à la foi.

Farah Diba, une Shahbanou engagée

Après deux mariages sans héritier, le Shah épouse Farah Diba, une étudiante en architecture de vingt ans sa cadette. Elle devient la première épouse d’un souverain iranien à recevoir le titre de « Shahbanou », l’équivalent féminin de Shah. « C’est un fait exceptionnel et d’autant plus dans cette région du monde où les femmes avaient très peu la parole », souligne Nicolas Fontaine.

Investie dans les domaines social et culturel, Farah Diba incarne une volonté d’ouverture et contribue à promouvoir un rôle accru des femmes dans la société iranienne.

Une répression sanglante

Derrière l’image d’un Iran moderne, la réalité est plus sombre. Si des réformes ont été engagées, beaucoup dénoncent un système autoritaire où la liberté d’expression reste limitée. Un contraste qui nourrit la contestation et fragilise le pouvoir du Shah.

« On ne peut pas faire un pas de travers en Iran sans avoir un procès, voire même bien pire. On a beaucoup accusé la dynastie Pahlavi d’avoir tué des opposants, d’avoir été trop loin dans la répression. Elle a été sanglante par moments. Un Iranien, sous la dynastie Pahlavi, n’est pas libre », affirme Thomas de Bergeyck.

Un climat de tension qui conduira à la chute du régime.

Le 11 février 1979, la révolution islamique menée par Ruhollah Khomeini renverse le Shah. Après 54 ans de pouvoir, la dynastie Pahlavi s’effondre.

Contraints de fuir, le Shah et sa famille entament une longue errance à travers le monde. « Ils ont dû fuir littéralement le pays. Commence alors une vie d’errance pour le Shah, son épouse et leurs quatre enfants », explique Thomas de Bergeyck.

L’exil marque profondément leurs enfants. Leila Pahlavi, en proie à des troubles alimentaires, met fin à ses jours dans une chambre d’hôtel à Londres en avalant des barbituriques. Dix ans plus tard, son frère Ali Reza Pahlavi se suicide à Boston d’une balle dans la tête. Dépressif, il supporte difficilement son statut d’héritier sans royaume. « Pour la Shahbanou, c’est terrible. Elle a perdu ses racines avec l’exil, son mari d’un cancer et deux de ses enfants. C’est une femme brisée à vie. Le déracinement est total », ajoute l’expert des monarchies.

Un possible retour ?

Aujourd’hui, dans un Iran dirigé par la République islamique, certains établissent une comparaison avec l’époque des Shahs. Reza Pahlavi affirme vouloir, en cas de retour au pouvoir, organiser des élections et un référendum afin de laisser le peuple décider de l’avenir du pays.

Il est par ailleurs décrit comme proche de Donald Trump, ce qui alimente les spéculations sur un éventuel soutien international en cas de changement de régime.

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Dans un contexte de contestation accrue à Téhéran, certains imaginent qu’un retour de la monarchie pourrait constituer une alternative. D’autres rappellent les zones d’ombre d’un règne marqué par les inégalités et la répression.

Retrouvez les épisodes de Place Royale, en streaming sur RTL play et chaque samedi à 19h40 sur RTL tvi.

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