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Le casting du gouvernement bruxellois est connu. Côté francophone, au MR, le bourgmestre d’Uccle Boris Dilliès est nommé ministre-président du gouvernement bruxellois et l’actuelle bourgmestre de Schaerbeek, Audrey Henry, devient secrétaire d’État à l’Urbanisme, au Développement territorial et de la Propreté publique. Côté Engagés, Laurent Hublet, entrepreneur bruxellois hérite de l’Emploi, de l’Économie et de l’Économie numérique. Au PS, Ahmed Laaouej entre pour la première fois au gouvernement avec l’Action sociale et Karine Lalieux devient secrétaire d’État au Logement. Les autres ministres néerlandophones sont connus depuis vendredi soir (voir plus bas).
Ce samedi, les ministres prêteront serment devant le Parlement bruxellois, avant de se rendre chez le roi à 10h.
Pour rappel, après 613 jours de crise politique, un accord gouvernemental bruxellois est intervenu jeudi soir. Hier, les négociateurs des sept partis qui formeront la nouvelle majorité (MR, PS, Engagés, Groen, Vooruit, Anders – ex-OpenVLD – et CD&V) ont négocié la répartition des portefeuilles ministériels.
Boris Dilliès (MR) nommé ministre-président du gouvernement bruxellois
Le bourgmestre d’Uccle, Boris Dilliès, a été nommé ministre-président. L’annonce a été faite ce samedi matin par son président de parti, Georges-Louis Bouchez. « J’ai appris la nouvelle à 7h ce matin, a dit Boris Dilliès, interrogé par notre rédaction à sa sortie de prestation de serment au Parlement bruxellois. Je ne m’y attendais pas. J’ai pris le temps de la réflexion, je suis serein, mais je mesure le poids d’une telle responsabilité ». Boris Dilliès a été parlementaire avant d’être bourgmestre d’Uccle depuis 2017.
Uccle 2e commune la plus grande de la région « Fort de son expérience de bourgmestre, il connaît parfaitement Bruxelles et a démontré ses grandes capacités de chef d’équipe », a estimé Georges-Louis Bouchez.

Audrey Henry (MR) devient secrétaire d’État
Par ailleurs, l’actuelle bourgmestre de Schaerbeek Audrey Henry devient secrétaire d’État à l’Urbanisme, au Développement territorial et de la Propreté publique, a ajouté Georges-Louis Bouchez.

Laurent Hublet (Les Engagés) sera le ministre bruxellois de l’Économie et de l’Emploi
C’est l’un des premiers noms à avoir été confirmés. L’entrepreneur et philosophe Laurent Hublet sera ministre de l’Emploi, de l’Économie et de l’Économie numérique pour le compte des Engagés.
Laurent Hublet est une figure de la tech belge. Il s’est fait connaître en 2018 en cofondant BeCentral, un campus numérique installé au cœur de la Gare Centrale à Bruxelles. Il est enseignant à la Solvay Business School et directeur du bureau de consultance Roland Berger. Il a également siégé au conseil d’administration de la RTBF avant de démissionner en septembre 2025.
En 2023, Laurent Hublet a lancé la plateforme citoyenne « I am Brussels » qui avait accouché de propositions pour Bruxelles. La question de son entrée en politique avait alors été posée. « Avec Laurent Hublet, nous faisons le choix de la compétence, de l’innovation et de l’impact concret. Bruxelles a besoin d’un leadership capable de créer des ponts entre l’économie, la formation et l’emploi. Notre ambition est claire : remettre davantage de Bruxellois au travail et faire de notre Région un moteur d’opportunités pour tous », a souligné le président des Engagés, Yvan Verougstraete.

Ahmed Laaouej (PS) sera ministre de l’Action sociale et des solidarités
À 56 ans, le socialiste Ahmed Laaouej entre pour la première fois dans un gouvernement, après l’accord intervenu jeudi soir entre sept partis pour diriger Bruxelles. Il sera le nouveau ministre de l’Action sociale et des solidarités, en charge des Pouvoirs Locaux, de l’Égalité et du Soutien scolaire.
Ce spécialiste des questions financières et budgétaires, habile débatteur, a été l’un des acteurs principaux de la longue crise qui a secoué les institutions régionales. Cet adversaire résolu de la N-VA ne voulait pas d’une Arizona bis à Bruxelles. Il a obtenu ce qu’il voulait depuis le lendemain des élections : l’exclusion des nationalistes flamands d’une majorité. Considéré comme proche d’Elio Di Rupo, Ahmed Laaouej et l’ex-président socialiste ont une histoire commune : un père qui a émigré en Belgique pour travailler dans les mines. Né dans une famille marocaine originaire du Rif et installée à Beyne-Heusay, en région liégeoise, Ahmed Laaouej est le cinquième enfant d’une fratrie de six.
Cet ancien inspecteur de l’Inspection spéciale des impôts (ISI) se fait rapidement remarquer sur les bancs de l’opposition par sa connaissance pointue des questions fiscales. En avril 2016, il reçoit la présidence de la commission spéciale et d’enquête « Panama Papers ». En décembre 2017, il est désigné chef du groupe socialiste à la Chambre, succédant à Laurette Onkelinx.
En juin 2024, cet habitué du parlement fédéral prend la tête de la liste PS pour la Région bruxelloise. Il ne peut empêcher le MR de remporter les élections après 20 ans d’opposition. Les socialistes sortent deuxième, devant un PTB en plein essor. Durant les longs mois de l’année suivante, le chef de file du PS bruxellois jouera un rôle quasiment incontournable sur l’aile gauche de l’échiquier politique dans les tentatives vaines de formation d’un gouvernement bruxellois, face au MR tenté par la constitution d’une majorité la plus à droite possible.

Karine Lalieux (PS) sera secrétaire d’État en charge du Logement
L’ancienne ministre fédérale des Pensions, Karine Lalieux, se verra confier, en qualité de secrétaire d’État, le Logement, le secteur des Taxis et les Infrastructures sportives. L’Anderlechtoise de 61 ans aura également à sa charge les Crèches, la Santé, la Fonction publique et le Budget de la Cocof.
Originaire d’Anderlecht, âgée de 61 ans, cette criminologue maître de conférences à l’ULB est engagée dans la lutte contre l’exclusion, mais c’est dans les dossiers économiques et dans la défense des services publics qu’elle s’investit au parlement, s’inscrivant dans les pas de Charles Picqué, ministre de l’Economie, au début de sa carrière. Elle est entrée en politique en 1999, année au cours de laquelle elle se présente pour la première fois à la Chambre. Elle remplace Charles Picqué, nommé ministre dans le gouvernement fédéral. À la Chambre, elle a marqué de son empreinte certains dossiers comme le service universel bancaire, le renforcement de l’accès au logement, l’observatoire des prix ou, sur un plan sociétal, le choix du nom de famille. Attachée à la défense de la laïcité, elle milite en faveur de la sortie de l’avortement du Code pénal.
La Fédération bruxelloise du parti socialiste a proposé Ahmed Laaouej et Karine Lalieux en les présentant comme un « duo d’expérience et d’engagement » choisi après un vote unanime des militants, vendredi soir, en faveur de la participation du PS au gouvernement régional.

Dirk De Smedt (Anders) rempile en tant que ministre du Budget et des Finances
Dirk De Smedt restera ministre bruxellois du Budget dans la nouvelle majorité. Il hérite également des Finances. Le libéral flamand a connu une première expérience ministérielle singulière : il n’a rejoint le gouvernement régional qu’en octobre 2025, alors que ce dernier était en affaires courantes depuis plus d’un an déjà.
Pour lui, il s’agissait d’un premier poste politique sous les projecteurs. Mais on le connaît en coulisses depuis des décennies, certainement à Bruxelles. Il a longtemps collaboré avec Guy Vanhengel, alors chef de file bruxellois de l’Open Vld, qu’il a suivi comme chef de cabinet au fédéral quand celui-ci était ministre du Budget dans le gouvernement Leterme de 2009-2011.
Il a également participé aux négociations au sujet de la loi spéciale de financement, dans le cadre de la sixième réforme de l’État, centrale dans la formation du gouvernement suivant, avant d’être placé début 2012 à la tête de l’administration bruxelloise en charge de la fiscalité. Il y est resté 13 ans et s’est construit une réputation de patron intelligent, volontaire, à forte personnalité. À l’issue des négociations fédérales de fin 2011, la presse rapportait également des traits de personnalité observés par d’autres négociateurs : il est décrit comme colérique et idéologue.
En octobre 2025, il est choisi par l’Open Vld, devenu depuis « Anders », pour remplacer dans l’exécutif bruxellois Sven Gatz, qui a fait un pas de côté pour raisons de santé. Il évoque dès sa prestation de serment une situation « grave » dans la capitale, sur le plan budgétaire entre autres. En tant que tout nouveau ministre des Finances et du Budget d’un gouvernement bruxellois en affaires courantes, qui roule alors aux douzièmes provisoires, il se fait très rapidement une place dans les pages des quotidiens en affirmant de manière répétée que Bruxelles risque un « shutdown » dans les mois qui suivent.

Elke Van den Brandt (Groen), la force tranquille, rempile à la Mobilité et aux Travaux publics
Elke Van den Brandt, cheffe de file du premier parti néerlandophone en Région bruxelloise, Groen, a naturellement conservé sa place dans le nouveau gouvernement régional, où elle garde la compétence sur les domaines qui lui sont chers et sur lesquels les écologistes peuvent marquer des points : Mobilité, Travaux publics, Sécurité routière.
Elle hérite en outre cette fois aussi le Bien-être animal exercé par Bernard Clerfayt depuis 2019, et du Budget ainsi que des Allocations familiales à la Commission communautaire commune.
L’écologiste de 45 ans a étudié la communication à la VUB. Elle participe aux Parlements bruxellois et flamand. Dans le gouvernement « Vervoort III », elle devient ministre de la Mobilité, des Travaux publics et de la Sécurité routière. Elle parvient à instaurer plusieurs changements déterminants, comme le 30km/h qui devient la « règle » en janvier 2021, l’installation de dizaines de kilomètres de piste cyclable supplémentaires, tout en encadrant le développement du réseau de transports en commun. La mise en œuvre du plan Good Move, qui modifie la circulation locale dans de nombreux quartiers, lui donne en revanche des sueurs froides, avec à certains endroits de vives protestations nourries entre autres par l’opposition, qui poussent des autorités communales à faire marche arrière. À la suite des élections de 2024, Elke Van den Brandt est sans surprise « formatrice » du côté néerlandophone, mais la tâche s’avérera particulièrement ardue. La coalition finalement mise en avant en ce mois de février correspond cependant à ce qu’elle-même avait suggéré aux côtés de Christophe De Beukelaer après leur mission d’information début 2025.

Ans Persoons (Vooruit) conserve le Patrimoine et hérite de l’environnement
Âgée de 46 ans, Ans Persoons conserve, dans le nouveau gouvernement bruxellois, ses compétences en matière de Patrimoine. Elle ouvre aussi un nouveau chapitre au gouvernement bruxellois en endossant l’Environnement et le climat, la Rénovation urbaine, ainsi que la politique liée à l’image de Bruxelles.
Ans Persoons a fait son entrée au gouvernement bruxellois en juin 2023. Elle était alors échevine à la Ville de Bruxelles quand elle a été désignée pour remplacer dans l’exécutif régional le secrétaire d’État Vooruit à l’Urbanisme, Pascal Smet, emporté par la polémique de l’accueil d’une délégation iranienne à Bruxelles. Une « femme forte », avait alors assuré le président de parti Conner Rousseau, qui avait appris à la connaître des années plus tôt au service communication du sp.a.
Ans Persoons devenait du même coup la figure de proue des socialistes flamands à Bruxelles, elle qui n’était pourtant pas originaire de la capitale. Sur sa page personnelle sur le site bruxellois de Vooruit, elle se décrit d’ailleurs comme une « Anversoise pur jus ». Mais elle a ensuite vécu dans d’autres villes, à Gand pour étudier l’histoire, à Paris pour décrocher un diplôme en Sciences politiques, avant de trouver refuge à Bruxelles, à Laeken plus précisément dans la dernière décennie. Mère de deux filles, elle indique apprécier le côté international et multilingue de Bruxelles : elle parle d’ailleurs anglais à la maison, son partenaire étant Britannique.
Aux élections locales de 2018, elle ose un pari risqué : emmener une « liste citoyenne » sans dénomination partisane, « Change.Brussels ». Pari réussi, elle est élue comme unique candidate de sa liste, et redevient échevine, aux côtés cette fois du bourgmestre Philippe Close.

















