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L’hiver dernier, le litre de lait était encore vendu à plus de 55 centimes le litre. Cet été, il était à 52 centimes. Or six mois plus tard, il se négocie à seulement 35 centimes, soit une diminution de 33 %, une perte équivalente à un tiers du prix. Les producteurs produisent donc à perte car le coût réel, avant le paiement du salaire, se situe entre 40 et 43 centimes le litre. Au-dessus de ce montant, le producteur gagne de l’argent. En dessous, il en perd, et c’est largement le cas pour l’instant.
Dans son exploitation du Brabant wallon, Frédéric Huens possède des vaches blanc-bleu-belge mais aussi une cinquantaine de laitières. « Elles ont une moyenne de 30 litres par vache donc ça représente 1.500 litres de lait quotidiens », calcule Frédéric.
Tous les deux jours, sa coopérative vient donc chercher 3.000 litres. À 35 centimes le litre, cela lui rapporte 525€ par jour. Soit 10€ pour le lait de chaque vache. « Pour le moment on est limite. Vu mes investissements, je suis limite donc il ne faut plus que ça baisse », témoigne Frédéric.
Impact sur les jeunes producteurs
Sur un an, ça représente potentiellement une perte de plusieurs dizaines de milliers d’euros par exploitation. Mais c’est surtout pour les jeunes exploitants que cette situation pose problème, selon Frédéric : « Un jeune qui démarre aujourd’hui, qui a investi quasi un million d’euros dans une nouvelle étable avec des robots pour traire une centaine de vaches, et qui se retrouve avec un prix du lait à 35 centimes aujourd’hui, je ne sais pas comment il fait, je ne veux vraiment pas être à sa place. »
« C’est surtout les jeunes qu’il faut plaindre aujourd’hui. Les gens qui, comme moi, arrivent tout doucement vers la fin de carrière, et voient le bout du tunnel au niveau des amortissements, peuvent le dos rond quelques mois », poursuit-il.
« Mais oui, cette situation m’inquiète, parce qu’on vient de 50 centimes du litre, et maintenant on arrive à 35, donc on n’a plus de repère quelque part », dénonce Frédéric.
Des pronostics qui varient
Tous espèrent que les prix vont recommencer à monter pour dépasser au moins les 42 centimes, le minimum pour que cela redevienne rentable.
« Ce n’est pas évident, parce qu’il ne faut pas oublier qu’on doit traire la vache tous les jours. On ne peut pas juste décider de fermer le robinet le temps que le prix redevienne correct. On espère que ça va s’arrêter, mais les pronostics ne sont pas bons apparemment », déplore Frédéric.
Une information que confirme Catherine Bauraind, en charge de la filière lait au Collège des Producteurs : « Certains disent qu’on devrait avoir un certain retour à la normale pour le second trimestre 2026, donc une hausse des prix. D’autres parlent plutôt d’une crise plus structurelle », avec donc des prix bas durant une longue période.
La maladie de la langue bleue
En cause, plusieurs facteurs : « On a eu la maladie de la langue bleue (fièvre catarrhale, qui impacte les moutons et les bovins, ndlr), qui a provoqué un certain retard dans les naissances. Ce qui a entraîné un pic de production vers la fin de l’année 2025 », explique d’abord Catherine Bauraind. « À côté de ça, on a eu une année très bonne au niveau des fourrages, de l’herbe », les vaches ont donc été bien nourries, donnant ainsi plus de lait.
Pour finir, « il y a aussi un troisième facteur qui est en fait une augmentation vraiment très importante de la production de lait. On parle de plus 4 % à l’échelle de tous les bassins laitiers producteurs de lait, qui exportent. Donc il y a beaucoup plus de lait qui se retrouve sur le marché mondial », affirme Catherine Bauraind.
En 2015, lors de la dernière crise majeure du lait, l’Europe avait débloqué 500 millions d’euros pour réguler le marché. Dix ans plus tard, rien de concret n’a encore été mis en place.












