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« On se met la société à dos » : Martin, chauffeur TEC, préférerait travailler pendant les jours de grève nationale… mais il craint des représailles

par RTL info avec Samuel Ledoux, Vincent Jamoulle et Julien Raway
Transports, enseignement, services publics, entreprises privées… Une grève de trois jours paralyse une partie du pays. Mais que faire lorsque l’on veut travailler et que l’accès à son entreprise est bloqué ? Nous avons rencontré des employés du TEC qui disent subir la situation.

Depuis ce lundi, une grève nationale de grande ampleur perturbe plusieurs secteurs clés. Les transports publics sont particulièrement touchés, notamment le TEC, où des milliers de chauffeurs sont concernés. Pourtant, tous ne souhaitent pas suivre le mouvement.

« À mon avis, on est quand même sur un 50/50 », estime un employé qui a préféré garder l’anonymat. « Il y a beaucoup de collègues avec qui je discute qui seraient d’accord de reprendre le travail et de ne pas faire cette grève. » Mais pour ces volontaires, il est parfois tout simplement impossible de se rendre sur leur lieu de travail, en raison de piquets de grève bloquants.

Piquets autorisés, mais…

Le piquet de grève est légal, rappelle Amandine Boseret, juriste chez Acerta, mais il doit respecter certaines règles : « Un piquet de grève est tout à fait permis dans la loi, mais il doit rester pacifique. En gros, un syndicat ne peut pas interdire un travailleur de travailler s’il le souhaite. »

Ainsi, si un employé se rend sur son lieu de travail, l’employeur ne peut pas lui imposer un jour de congé s’il n’a pas pu travailler pour des raisons indépendantes de sa volonté. Il doit être autorisé à exercer son activité et être rémunéré normalement.

Pressions sur les non-grévistes

Dans les faits, la situation est souvent plus complexe. Entre blocages physiques, pression sociale et risques professionnels, certains travailleurs se disent contraints de suivre le mouvement, malgré eux. Martin, lui aussi chauffeur et également sous anonymat, témoigne : « On pourrait porter plainte, mais le problème c’est qu’on se met la société à dos. On fait face à des menaces de ne pas évoluer, de rester chauffeur toute sa vie ou, dans le pire des cas, être licencié. C’est déjà arrivé aussi. On me l’a clairement dit. »

Pour les employés non-grévistes empêchés de travailler, les recours sont limités. Si l’entreprise ferme ses portes à cause de la grève, l’employeur n’est pas considéré comme fautif. Laura Merodio, avocate en droit du travail, précise : « Si l’entreprise est fermée, on peut éventuellement envisager un recours contre l’employeur pour obtenir le travail et le paiement de la rémunération. Mais ce sont des recours qui ont peu de chances d’aboutir puisque l’employeur est également victime de la situation de grève. »

Une compensation syndicale souvent insuffisante

Pour les grévistes affiliés à un syndicat, une indemnité de 40 euros par jour est versée. Mais ce montant reste inférieur à une journée de salaire classique. À l’approche des fêtes de fin d’année, de nombreux travailleurs hésitent à sacrifier plusieurs jours de revenus.

Entre blocages, manque de communication claire sur les droits et peur des répercussions, de nombreux travailleurs se sentent pris au piège, contraints de subir une situation qu’ils ne contrôlent pas. Si le droit du travail encadre la grève, les réalités du terrain montrent une application souvent floue.

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