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Trouble de la motricité, de l’équilibre... cette substance dangereuse prisée des jeunes « détruit des vies » : la police ne peut pourtant rien faire

par RTL info avec Emmanuel Dupond , Arnaud Toussaint et Gaelle Vanlangendonck
En France, un jeune homme de 19 ans a perdu la vie après avoir été fauché par un automobiliste de 31 ans. Le chauffeur connu de services de police avait inhalé du protoxyde d’azote avant de prendre la route. Ce gaz hilarant fait l’objet de controverse depuis plusieurs années, y compris chez nous. Car cette substance dangereuse est très difficile à détecter à court terme. Ce tragique accident met aussi en lumière les failles de la législation.

Un jeune Français de 19 ans mortellement fauché par une voiture. Le conducteur était sous l’emprise de protoxyde d’azote. Quels sont les dangers de ce gaz hilarant ? Les contrôles sont-ils efficaces ? Et que dit la loi en la matière ?

Vêtue de blanc, la foule silencieuse traverse les rues de Saint-Omer, dans le nord de la France, où Mathis a grandi. 900 personnes sont venues lui rendre hommage. Le jeune homme est mort quatre jours avant son 20ᵉ anniversaire. Il a été renversé par un chauffeur soupçonné d’avoir consommé du protoxyde d’azote avant de prendre le volant.

« Souvent, dans les soirées étudiantes, on voit souvent des personnes sous protoxyde d’azote dans les voitures, surtout le jeudi soir » témoigne Simon, participant à la marche blanche. « Ça doit être interdit à la vente puisque ça détruit des vies », martèle Tom, ami de Mathis. « Ça nous détruit nous aussi parce qu’on a perdu notre ami, confie-t-il. On est mal, on est en deuil ». Le père de Mathis interpelle les autorités politiques et judiciaires.« Si ça peut nous aider à ce que la justice soit plus ferme, qu’il n’y ait plus de protoxyde d’azote », explique-t-il.

Vendu sous forme de cartouche, ce gaz est utilisé pour les siphons à crème chantilly ou à usage médical comme anesthésiant. Mais depuis quelques années, il est prisé auprès d’un public d’adolescents et de jeunes adultes pour ses effets euphorisants de courte durée. Il est inhalé le plus souvent au moyen de ballons de baudruche. Mais le danger est réel, car cette substance provoque aussi une perte de vigilance, explique Laura Vranken, biologiste au CHU de Liège : « Des troubles de la motricité, des troubles de l’équilibre, une perte des réflexes… Tout ça va amener des comportements qui peuvent être dangereux au volant et vraiment des phénomènes d’accidentologie qui sont assez marqués ».

Difficile de le détecter

Alors que dit la loi ? En Belgique, depuis mars 2024, un arrêté royal interdit l’utilisation détournée du protoxyde d’azote, autrement dit l’usage de gaz hilarant. C’est la police qui, entre autres, est chargée de relever les infractions. Mais dans les faits, elle n’a aucun moyen de l’appliquer. « On n’a toujours pas d’appareils fiables comme le test alcool ou le test de stupéfiants à disposition, malheureusement », regrette Lionel Lheureux, commandant de la police de la route de Namur.

Autre difficulté lors des contrôles, c’est la fugacité du gaz inhalé. « Le protoxyde d’azote ne reste pas assez de temps dans le corps, explique Antoine Régley, avocat en droit routier. On parle de 30 minutes dans le sang. Quelques minutes dans la salive. C’est difficile de le détecter ».

De quoi rendre complexe l’évaluation de la consommation. Mais certaines études montrent l’ampleur du phénomène. « Ce serait dans certains pays, la troisième drogue illégale ou du moins contrôlée, à être utilisée, après le cannabis et la cocaïne, indique Raphael Denooz, toxicologue expert judiciaire CHU de Liège. Donc cette consommation est quand même relativement importante et ne fait qu’augmenter ».

Le conducteur qui a fauché le jeune Mathis a été pris en flagrant délit et risque dix ans de prison. Dans le monde judiciaire, des voix s’élèvent pour réclamer que l’interdiction de conduire sous emprise de protoxyde d’azote soit inscrite dans le droit pénal.

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